)))  LUMIÈRE SILENCIEUSE
        
  de Carlos REYGADAS                 

 

  • Drame - 2007 - Mexique - durée: 2h22 (+ Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 10 juin 2008
  • DOUBLE DVD
    Éditions BAC Vidéo


SYNOPSIS

Johan et les siens sont des mennonites du nord du Mexique.
En contradiction avec la loi de Dieu et des hommes, Johan, marié et père de famille, tombe amoureux d'une autre femme.…

POINT DE VUE
LE MONDE, LA CHAIR ET LE DIABLE
De la contemplation, Carlos Reygadas en a fait la matière première de son cinéma. Après un premier essai un peu bancal (Japon), trop occupé à produire du fascinant pour parvenir à fasciner vraiment, il n'aura fallu à Reygadas que deux films pour passer du statut d'apprenti hypnotiseur à celui de grand magicien.

"Batalla En El Cielo" n'a rendu personne indifférent. Capable d'aborder sérieusement de front de multiples thèmes (questionnement sur l'identité mexicaine contemporaine, la culpabilité, la condition humaine coincée entre diabolisme et sainteté) à travers une forme ambitieuse et singulière (plans séquences complexes en décors naturels, élipses pour le moins étranges, un sens du cadrage insolite), ce film était loin de mériter d'être réduit aux quelques "scènes chocs" qu'il contient. Pour la plupart mal comprises, et bien que pour de mauvaises raisons, ces scènes permirent tout de même au film d'attirer l'attention sur lui. Ne restait plus qu'au spectateur perspicace de comprendre à quel point ces "scènes chocs" faisaient sens avec l'audacieuse réflexion avancée (car croyez-le ou non, chez Reygadas, une fellation en dit cent fois plus sur la lutte des classes que dix ans d'abonnement au journal de FO).

VOIE ROYALE VERS L'INTROSPECTION
Malgré l'homogénéité formelle et thématique de ces deux premiers métrages, il était cependant difficile d'imaginer à quoi allait bien pouvoir ressembler le troisième Reygadas. La réponse se résumerait presque en deux mots : austérité et modestie. Après la bruyante Bataille, place à l'accalmie et à la méditation : "Lumière Silencieuse".
Comme le savait Georges Bernanos, "on ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on admet pas tout d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure" (1). À ce titre, le dernier Reygadas peut-être considéré comme une sorte de voie royale vers l'introspection. Et la salle de cinéma de se faire zone intemporelle où l'on se retire du monde moderne pour prendre le temps d'observer, de réfléchir.

Pour comprendre "Lumière Silencieuse", peut-être faudrait-il retourner aux origines du projet afin de d'entrevoir l'étonnement que fût celui de Carlos Reygadas lorsqu'il rencontre à la fin du tournage de "Batalla En El Cielo" les membres d'une communauté mennonite (communauté protestante anabaptiste fondée au XVIe siècle et vivant de l'agriculture dans la plus complète autarcie) dans le nord du Mexique. Lorsque lui vient l'idée d'introduire la tentation de la chair dans l'existence de ces humbles fermiers.

Pour comprendre "Lumière Silencieuse", sans doutes devrions-nous ranimer notre curiosité pour une poignée de films de Carl Theodor Dreyer (Ordet, en tête) ou de Bergman afin de comprendre l'estime que Reygadas porte à ce cinéma nord européen d'une autre époque (pas si éloigné que ça de nous en terme temporels mais tellement loin de "nos" affligeantes préoccupations contemporaines).
Pour comprendre "Lumière Silencieuse", c'est au bon vieux rationaliste qui est en nous à qui il faut tordre le cou.

CÉLÉBRER L'HOMME LIBRE
Raconter une histoire se déroulant exclusivement au sein d'une communauté mennonite revient à méditer sur l'essence de chaque chose. la simplicité de la vie de ces fermiers nous y invite. La mise en scène de Reygadas nous impose son rythme et les vertus de son regard. Voilà pourquoi ici une affaire d'adultère ne tourne pas au drame ou en interminable pugilat, mais nous donne plutôt l'occasion d'observer de près les mystères et les nombreux pièges que renferme la complexe notion de désir.

Dans notre monde d'hypercommunication marchande, le mot désir est bien souvent un pseudo-indicateur positiviste de vérité : Vous désirez donc vous Êtes (un consommateur potentiel). Chez les mennonites, le désir est d'abord suspecté d'être un piège du malin. Son assouvissement et ses conséquences, ou son rejet, se doivent d'être soigneusement pesé.

Dans "Lumière Silencieuse", ce n'est ni dans les mots, ni dans la surabondance de signes, de symboles ou de métaphores que l'histoire se répand mais à travers une impavide observation du déroulement de l'existence dans ce qu'elle a de plus nu (quitte à passer auprès des idiots pour un type qui filme les pétunias, quitte aussi à frôler parfois de très près l'ennui). La confiance que Reygadas a en ses images, leur capacité à nous parler par delà les mots et les concepts est désormais totale. Il s'agit si peu de raconter une histoire, ou de transmettre un message. C'est un "savoir-regarder" qu'il nous lègue. Sa mise en scène agit comme une révélation, aussi bien dans le sens mystique que pragmatique du terme. Pour sûr, nous sommes bien au cœur du cinéma. Ou plutôt au cœur de ce que devrait être tout film de cinéma : un regard fort, un enseignement inattendu, une brèche vers un monde de sensations nouvelles, vers une expérience singulière et pourtant universellement accessible.

Éloigné du crasseux rationalisme contemporain, mais aussi de tout ésotérisme de pacotille, Carlos Reygadas tente une fois de plus d'évoquer les mystères de la vie terrestre et nos vaines recherches de transcendance. Dans "Lumière Silencieuse", l'amour, la foi, le pardon jouent un rôle prépondérant. Étrangement, on se sent à mille lieux de tout prosélytisme religieux. Son refus de porter tout jugement envers ses personnages et leurs croyances laisse penser que l'essentiel est ailleurs. Que le jugement des autres est encore un signe de pesanteur.
En 1922, Jean Epstein disait déjà "Je n'estime à sa juste valeur une machine que si je peux m'y émouvoir" (2). Avec ce troisième film, Reygadas semble s'être définitivement affranchi de l'emprise et de la lourdeur de la machinerie cinématographique. L'appareil est désormais totalement au service de sa poétique. Au cinéaste de célébrer l'Homme Libre à travers un cinéma libre, d'imprimer fermement la singularité de son cinéma dans une époque vouée au clonage. Une telle démarche et une telle maîtrise de l'outil forcent le respect, qu'elle que soit la manière dont le spectateur ait bien pu appréhender le voyage.

Fabien Thévenot



Notes
(1) Georges Bernanos, La France Contre les Robots, Le Livre De Poche, Paris, 1947
(2) Jean Epstein, La Lyrosophie, Ed. A La Sirène, Paris, 1922

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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DU
MEME AUTEUR

 
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Prix du Jury au Festival de Cannes 2007
    Titre d'origine
    :STELLET LICHT
    Réalisation & scénario
    : Carlos Reygadas
    Image: Alexis Zabé
    Montage:Natalia López

    Interprétation :
    Cornelio Wall Fehr
    Elisabeth Fehr: Mère
    Jacobo Klassen: Zacarias
    Maria Pancratz: Marianne
    Miriam Toews: Esther
    Peter Wall: Père
    Alex Thiessen
    Alfredo Thiessen
    Autghe Loewen
    Daniel Thiessen
    Gerardo Thiessen


  •  LE DVD

    1 DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs

    Image & Son
    :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Format : 1.85
    Son: Version Française & Version originale sous-titrée Dolby Digital 5.1

    Sous-titres: Français


  • DOSSIER DE PRESSE DU FILM
  • BONUS  




    * Making of (23mn52)

    * Scènes coupées(7mn10)
    * Biofilmographie de Carlos Reygadas
    * Bandes-annonces
    * Liens Internet
LES MENNONITES DU MEXIQUE

En Suisse, au XVIème siècle apparaît une dissidence protestante «Anabaptiste» qui prône le baptême comme un choix d’adulte. Menno Simons (1496-1561), un hollandais originaire de la ville de Frise codifie la doctrine en incorporant un pacifisme radical. Ses adeptes sont persécutés sans merci pour leurs prises de position anti-militariste. Ils fuient la Hollande et s’installent en Prusse puis en Russie sous le règne de Catherine II. L’incessante propension de l’Europe à faire la guerre pousse une grande majorité d’entre eux à fuir vers le Canada où ils s’installent en 1873 et vers les États-Unis où des communautés amish et mennonites vivent depuis 1683.
Après la Première Guerre Mondiale, le sentiment anti-allemand grandit au Canada et l’enseignement des langues germaniques devient de plus en plus difficile. C’est pourquoi beaucoup de mennonites émigrent au Nord du Mexique en 1922. Aujourd’hui, au moins 100 000 mennonites y vivent en communauté, ayant leur propre système d’éducation et un régime unique de libertés civiles.

Ceux qui ne sont pas d’accord avec le développement matériel émigrent en Bolivie, à Belize ou dans d’autres zones du Mexique. Ils y établissent des communautés agricoles traditionnelles, sans électricité, moteur à combustion interne, téléphone ou moyens de communication modernes, et avec de rares contacts avec les populations locales. Les mennonites ont des positions différentes face au progrès matériel. Il y a des groupes modérés qui ne s’opposent pas au développement, et des groupes qui sont plus conservateurs que nos protagonistes en choisissant de vivre de la même façon qu’au XVIème siècle. Le groupe de mennonites du film est modéré, acceptant les voitures et la médecine scientifique par exemple, mais refusant encore les moyens de communication moderne comme le téléphone ou Internet.
Les mennonites parlent Plautdietsch, un dialecte germanique qui provient de la Frise et qui est proche du néerlandais médiéval et du flamand. Ils parlent espagnol avec les habitants du Mexique.

(Eléments du dossier de presse)

NOTES DES PERSONNAGES


Cornelio Wall Fehr : Johan
Au début j’étais très nerveux, puis j’ai pris confiance en moi. Avec Carlos, les choses ne semblaient pas difficiles.
Pour moi, faire ce film m’a appris la patience, m’a permis de connaître des gens et de me faire de nouveaux amis. Ce fut une grande expérience, ça valait la peine d’avoir froid, d’attendre et de dormir peu. Après trois mois de tournage, nous étions tous amis.
Pendant le tournage, je ne comprenais pas l’histoire mais maintenant je comprends mieux ce que sont l’amour et la trahison. C’est pourquoi je crois que grâce à ce film les gens peuvent apprendre à aimer véritablement. Le film parle du monde tel qu’il est : un monde de trahisons où il est difficile de se laisser illuminer par l’amour.
Cela me fait drôle de me voir à l’écran. Les films sont comme un miroir.
Je veux remercier ma famille, mes parents, ma femme Betty et mes enfants pour leur soutien et pour avoir partagé avec moi les bons et les mauvais moments.

Miriam Toews : Esther
Je ne suis pas actrice et je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait en allant au Mexique. Ce film avec Carlos est devenu une expérience incroyable et inoubliable.
Carlos et toute l’équipe sont très amusants, ils m’ont beaucoup aidée, et les mennonites du Mexique sont très aimables et courtois. Au début, tout semblait inaccessible, sauvage et imprévisible, comme dans un rêve, et je n’arrivais pas à m’imaginer comment tout allait s’assembler. Puis, j’ai vu quelques images et j’ai été éblouie. J’ai réalisé que Carlos savait depuis le début ce qu’il voulait, et que sa vision de l’histoire, avec toutes ses vérités cruelles et émotionnelles, n’avait jamais changé. Il était complètement impliqué dans le film. Je le respecte énormément. C’est un vrai artiste et un iconoclaste courageux.
Parfois, on restait allongés dans les champs des heures durant en attendant la lumière idéale et, soudain, quand c’était bon, chacun se mettait au travail. C’était vraiment beau à voir. J’ai été très émue par l’attention amoureuse et patiente que portait Carlos à la qualité de la lumière, à une ombre presque invisible ou encore à une minuscule goutte d’eau qui tombait d’une fleur. Les longues promenades en voiture à la découverte de fabuleux paysages et les cieux du Mexique vont me manquer, écouter des cumbias et boire du maté aussi. Tout comme l’attente fébrile de ce que la journée allait nous apporter. Ce fut une expérience intense et sensuelle et je suis heureuse d’y avoir participé.


María Pankratz : Marianne
Le Mexique est incroyable ! Quand j’ai vu l’immensité du ciel et la beauté particulière des lieux où nous tournions, j’ai trouvé cela fabuleux ! Il faut connaître cet endroit et respirer cet air pour comprendre pourquoi les mennonites du Mexique sont si différents de ceux d’Allemagne, où je vis. C’était impressionnant de voir comment les personnes de l’équipe, qui venaient de pays différents et ne parlaient pas la même langue, s’entendaient si bien et communiquaient à la perfection, parfois même sans parler. Cela a été un honneur et un plaisir de travailler avec Carlos Reygadas. J’ai apprécié son endurance et son charisme.

(Eléments du dossier de presse) 

  
 
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