)))  COFFRET DENIS ROBERT
        
    * l'affaire clearstream
         * les dissimulateurs
         * histoire clandestine de ma région
         * le cahier


  • Documentaire socio-politique - 1988/2003 - France - 2DVD - durée totale: 220'
  • Sortie à la Vente en DVD le 22 décembre 2006
    Éditions BAC Vidéo
  • Prix de vente conseillé : 30€
POINT DE VUE

Tout le monde a entendu parler de Denis Robert, (ex)journaliste et écrivain. Rappelez-vous : c’est lui qui a révélé l’affaire Clearstream dont on parle encore aujourd’hui. Mais Denis Robert n’est pas seulement un écrivain. Il est aussi réalisateur de films. Le double DVD qui lui est consacré en comprend quatre, dont deux sur l’affaire Clearstream évidemment. Les deux derniers (Histoire clandestine de ma région et Le carnet) n’ont rien à voir avec Clearstream et révèlent une facette peu connue de Denis Robert.

Dans Histoire clandestine de ma région, il jette un regard caustique sur Metz (la ville où il réside) ses habitants et surtout sur ceux qui la dirigent et la grande comédie politique qu’ils jouent avec beaucoup de conviction. Il révèle un peu de sa personnalité dans le commentaire qui l’accompagne. Mais il se révèlera encore bien davantage dans l’interview qu’il a accordé à Pierre Siankowski où l'on découvre un homme comme vous et moi, en proie à ses doutes, expliquant simplement ses certitudes et ses déceptions. Un citoyen comme il y en a beaucoup, seulement un peu plus curieux que les autres. Le magazine Les Inrockuptibles définit ce film comme : «Un essai introspectif, papillonneur, drôle… au final très touchant».

Autre court-métrage de Denis Robert n’ayant aucun rapport avec l’affaire Clearstream : Le cahier, dans lequel il va réussir à approcher les SDF de Metz et les faire parler de la vie et de la mort. Des images d’une grande tristesse, tragiques mêmes devant tant de malheurs accumulés sur les mêmes épaules. Le poids de cette misère est si lourd que certains parlent du suicide comme d’une libération… Poignant.

Mais revenons à l’affaire qui fit vraiment connaître Denis Robert du grand public : l’affaire Clearstream.
En 1996, Denis Robert réunit sept grands magistrats anti-corruption afin de créer un espace judiciaire européen : ce sera l’Appel de Genève, dont les médias ont tous salué l’heureuse initiative et publié plusieurs interviews de Denis Robert. Suite à cette publicité sur son travail, plusieurs témoins de magouilles financières vont le contacter. Notamment, Ernest Backes qui est un ancien dirigeant licencié de la chambre de compensation Clearstream, une des rares sociétés clefs dans le domaine des échanges financiers internationaux (avec Euroclear, autre société basée à Bruxelles)(1). Ernest Backes est un des créateurs de cet énorme système informatique destiné à faire transiter des sommes colossales par delà les frontières. Cet homme va expliquer à Denis Robert tous les tenants et les aboutissants de cet énorme pieuvre informatique qui étend ses tentacules dans le monde entier. (Un autre homme a fondé avec Ernest Backes ce système. Il s’agit de Gérard Simon, qui est mort dans d’étranges circonstances en Corse : aucune enquête n’a été diligentée pour en savoir plus. Il était le seul, avec Ernest Backes, à connaître tous les rouages de l’organisation informatique de Clearstream).

Comme le hasard fait bien les choses, Robert Denis va rencontrer également l’ancien responsable informatique de Clearstream, Régis Hempel, qui va lui expliquer qu’il était chargé d’effacer des listings certaines transactions financières dites «sensibles». Devant l’énormité des faits et l’importance des clients de Clearstream (toutes les plus grandes banques mondiales), Denis Robert décide d’écrire un livre, Révélation$ et de faire un film Les dissimulateurs produit et diffusé par Canal +, film qui sera qualifié d’ «acte de foi dans le journalisme qui dérange, sincère et engagé, porté par le souffle de la vérité, contre les menteurs invétérés» par Les Inrockuptibles.

Le journaliste-écrivain vient de lancer un véritable tsunami médiatico-financier. Clearstream va tout mettre en œuvre pour faire interdire le livre et le film. En vain. Certains de ses collègues journalistes lui sont carrément hostiles dans leur commentaire et n’hésitent pas à le descendre en flammes malgré l’évidence des preuves et le sérieux des témoignages cités. C’est notamment le cas du journal Le Monde et du magazine Charlie Hebdo. D’autres ne parlent de rien car Clearstream menace clairement d’intenter des procès à tout le monde. D’autres enfin n’hésitent pas à en faire la une de leur journal, comme Le Figaro. Denis Robert doit faire face à des pressions énormes : visites policières, intimidations, perquisitions, confiscation de ses ordinateurs, etc. Mais il ne baisse pas les bras.
L’affaire prend une autre forme quand une mission parlementaire française s’en saisit : les députés Peillon et Montebourg enquêtent, interrogent et se déplacent au Luxembourg pour en savoir plus. Comme ce scandale luxembourgeois devient international, une information judiciaire s’ouvre enfin au Luxembourg. Comme le note Denis Robert : « La justice luxembourgeoise est lente et ne fonctionne qu’à la pression internationale. » Tous les dirigeants de Clearstream sont remerciés. Et comme par hasard, au même moment, la société Clearstream est rachetée par un très important groupe financier allemand : Deutsche Börce Clearing. Quelques semaines plus tard, un procureur luxembourgeois n’hésite pas à affirmer que « tout est réglé ». C’est loin d’être la réalité.

Devant les réactions à son premier livre, Denis Robert en publie un deuxième, La boîte noire et réalise un deuxième film L’affaire Clearstream (racontée à un ouvrier de chez Daewoo) , tout aussi documenté que le premier et qui passera aussi sur Canal +. Dans ce film, il démontre que ces scandales financiers ont tous des répercussions sur notre vie quotidienne (Clearstream est actionnaire de chez Daewoo). Quand les financiers prennent le pas sur les industriels, c’est la fin de nombreux emplois. Rentabilité oblige. Libération commentera : «Denis Robert apporte sa petite pierre à la déstabilisation du terrible (des)ordre financier… » et L’Humanité : « Enquête magistrale ».

Bien entendu, les financiers luxembourgeois ne vont pas en rester là. Clearstream dépose une multitude de plaintes contre Denis Robert, son éditeur et Canal +. Pas moins de 31 procès en diffamation. On croit rêver ! Pour corser le tout, elle dépose des plaintes non seulement en France et au Luxembourg mais également dans d’autres pays, en Belgique, en Suisse et au Canada. Des huissiers viennent au domicile de l’auteur pratiquement tous les jours. Pratiquement, il en a comptabilisé plus de 200 ! Ces procès coûtent chers ; les demandes de dommages et intérêts de Clearstream sont exorbitants. La plupart du temps, Denis Robert est relaxé. Heureusement. Malheureusement, toutes les procédures ne sont pas encore terminées. À noter qu’il a gagné tous les procès intentés par Clearstream contre ses interviews ou articles parus ou diffusés par France 2, Le Point, le Nouvel Observateur ou sur différents sites Internet.

Cette affaire, déjà très complexe, va le devenir beaucoup plus quand, durant l’été 2004, un corbeau publie des listings truqués de Clearstream, dans lesquels apparaissent des comptes au nom d’élus, de grands industriels et même de certains membres du gouvernement français entraînant un nouveau scandale médiatico-politique. Devant cette nouvelle facette de l’affaire, Denis Robert veut à nouveau mettre les choses au clair. Il écrit un nouveau livre Clearstream, l’enquête, dans lequel il explique pas à pas comment il en est arrivé à ses conclusions et comment il a été manipulé par d’autres personnages pas très catholiques, notamment par ce fameux corbeau à qui il avait donné les listings originaux pour qu’il les étudie à loisir. Mais ses écrits font peur et ce livre restera interdit pendant 23 jours avant d’être enfin autorisé à la vente en France.
Et le temps qui passe ne calme pas l’hydre financière luxembourgeoise. Cinq années plus tard, la justice du Luxembourg se réveille (Pourquoi ? Poussée par qui ?) et inculpe Denis Robert pour accusations mensongères envers la BGL (Banque Générale du Luxembourg), accusation pour laquelle il a déjà été poursuivi en France et pour laquelle il a gagné tous ses procès en instance et en appel. La justice française n’ayant pas voulu châtier l’écrivain récalcitrant, la justice luxembourgeoise prend la relève pour tenter — une fois encore — de détruire celui qui a découvert toutes les magouilles de Clearstream. Justice luxembourgeoise qui semble tout faire pour ne pas enquêter sur Clearstream, plus beau fleuron de sa place financière. Il est clair que celle-ci est du côté des sociétés financières qui font vivre économiquement le Duché. La preuve la plus flagrante : le ministre de la justice est aussi ministre du trésor et du budget !!! Denis Robert risque non seulement une peine de prison mais également une amende qui sera encore une fois — n’en doutons pas — exorbitante. «Ce harcèlement n’a qu’un but : nous intimider, nous épuiser financièrement, et intimider surtout les journalistes qui pourraient s’intéresser à la question» constate amèrement Denis Robert.

«En poursuivant Denis Robert, les autorités luxembourgeoises ne veulent seulement protéger Clearstream qui affiche une santé insolente. Ils cherchent à intimider tous ceux qui, à l’avenir, voudront savoir comment fonctionne le système financier et la toile d’araignée des paradis fiscaux… » On ne saurait mieux dire. Tous ceux qui pensent que la liberté de penser et d’écrire est une valeur européenne fondamentale devant primer sur les intérêts financiers, peuvent soutenir Denis Robert sur ce site.
Malgré tout, Denis Robert reste un homme serein et confiant. Son comité de soutien l’a beaucoup aidé dans son combat pour que la vérité soit connue. Il dit dans son site : « Fin 2006, je me disais, limitons la casse et essayons de ne pas perdre… Grâce à ce mouvement [de soutien], je peux mieux gérer le temps, les embûches et la lourdeur de la procédure. Je crois que nous pourrons gagner les procès qui nous sont faits et obtenir des relaxes ailleurs. Ce qui apparaît le plus insupportable est d’être face à une mécanique qui n’entend rien et cherche à écraser, qui pompe votre énergie. Je sais que jamais je ne ferai bouger seul le monstre judiciaire ou financier. Je ne cherche pas cela. Je refuse simplement qu’on me fasse taire. Je suis un type normal entré par effraction dans une histoire improbable et (relativement) monumentale. Cette histoire n’est pas finie. »

Non, cette histoire n’est pas finie. Le 11 janvier 2007, une dépêche de l’AFP tombe : « …En Allemagne, Deutsche Börse grimpe de plus de 5% suite à l’annonce d’une forte hausse de l’activité de sa filiale de compensation Clearstream. Les volumes de transactions de cette dernière ont en effet progressé de 12% en décembre. 2,03 millions d’opérations internationales ont été enregistrées, dont 77% sur les marchés de gré à gré et 23% sur les marchés actions. Sur l’année dernière, Clearstream a enregistré 24,51 millions de transactions, soit une hausse de 20% par rapport à 2005. En 2006, la société a ajouté trois nouveaux marchés à son réseau international : la Croatie, la Turquie et la Russie. »

Alors, histoire à suivre ou histoire sans fin ?

Claude Astier


(1) lire notes ici

 

 

 




 


 
FICHE TECHNIQUE
  •  LES FILMS
    * L'affaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez Daewoo
    (2003 - 65' - réalisé par Denis Robert et Pascal Lorent)
    Dans cette nouvelle enquête, Denis Robert et Pascal Lorent s’attachent à montrer les implications concrètes de la mondialisation financière dans la vie des salariés et notamment ceux de Daewoo, en Lorraine. L’argent qui disparaît est toujours de l’argent pris quelque part.

    * Les Dissimulateurs
    (2001 - 63' - réalisé par Denis Robert et Pascal Lorent)
    Ce film est un road movie au cœur de la mondialisation financière. Il met à jour l’histoire et les mécanismes par lesquels Clearstream, la multinationale financière luxembourgeoise, active dans 107 pays, permet la dissimulation de transactions bancaires internationales.

    * Histoire clandestine de ma région
    (2002 - 72' - réalisé par Denis Robert et Gilles Cayatte)
    Dans sa ville, Metz, Denis Robert filme la comédie politique, les sérénades électorales, les restructurations économiques et le contrôle des organes d’information. Il s’agit de voir comment se fabriquent le mensonge et le consentement… Un film très personnel dans lequel le narrateur s’interroge sur sa condition d’observateur à l’épicentre d’un monde plutôt mal parti.

    * Le Cahier
    (1988 - 20' - réalisé par Denis Robert et Pascal Lorent)
    On croit tout connaître des SDF, mais le tabou des tabous est d’affronter leur mort. A travers le récit de certains décès inscrit dans un cahier, en retrouvant des visages oubliés, ce court requiem redonne une sépulture et un peu de dignité à des morts fantômes.


  •  LES DVD
    1 DVD 5 + 1 DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs
    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1:33
    Son: Mono
    Langue:
    Français.





  • BONUS
    * Interview de Denis Robert par Pierre Siankowski
    , journaliste aux Inrocks


    * Filmographie et biographie
NOTES COMPLÉMENTAIRES

(1) Qu’est-ce qu’une chambre de compensation ?
Une chambre de compensation a pour but de faciliter les transferts d’argent, que ce soit d’une banque à une autre, d’une multinationale à une autre ou encore d’un pays à un autre, sans que l’origine de cet argent ne soit garantie. En clair, cela signifie qu’une chambre de compensation peut facilement transformer de l’argent sale en argent propre. Et pas qu’un peu. Puisque l’unité comptable dans ce type de société est — tenez-vous bien — le milliard de milliards d’euros ! Quand en plus, il existe des comptes dissimulés, c’est à dire qu’ils n’apparaissent pas, on est en droit de se poser des questions et de demander des explications. Car s’il y a dissimulation au niveau des comptes, il y a forcément des problèmes sur l’origine de l’argent. Dans son premier livre « Révélation$ », Denis Robert va accuser, fort justement, Clearstream d’être une plate-forme essentielle de la dissimulation de transactions financières au niveau mondial. On connaît la suite et les ennuis en cascade qu’il va connaître.

Quelques réflexions de Denis Robert :
« Depuis cinq années, nous avons gagné presque tous les procès intentés contre nous. Face à la mécanique implacable mise en place pour nous éliminer […] face à l’argent de Clearstream, nous n’avons que les mots, les livres, les films. Notre énergie. La rage raisonnée qui nous anime… »
Denis Robert qualifie ce scandale de « plus grande arnaque financière jamais racontée.»

« Loin de rechercher une victoire purement symbolique, Clearstream et deux de ses clients privilégiés, le groupe russe Menatep et la Banque Général du Luxembourg, ont réclamé plus de 6 millions d’euros de dommages et intérêts cumulés à Denis Robert, Ernest Backes, Les Arênes [l’éditeur de Denis Robert] et Canal +. »

« …Alors que je suis à l’origine de cet appel de Genève, que mes livres ont permis la révélation de ces scandales à répétition de banques en France, en Belgique et au Luxembourg… Dans ce dernier pays, je suis inculpé pour diffamation. Des huissiers m’envoient des assignations et me réclament des sommes que je ne pourrai jamais payer, pour avoir osé m’attaquer à la réputation d’une institution financière Clearstream, ou d’une banque comme la Banque Générale de Luxembourg. Cinq années que je traîne ces procès. Quand je gagne, ils vont en appel, quand je gagne en appel, ils vont en cassation. Quand ils craignent de perdre en cassation, ils vont me poursuivre au Luxembourg… Je fais des interviews, on les poursuit en diffamation. Cet été, Clearstream a attaqué ce blog , a déposé des plaintes contre moi pour des entretiens dans la presse régionale ou des hebdo. parisiens. On cherche évidemment à me faire taire. Mon dernier livre — celui qui sauve la mise à Sarkozy et révèle les manipulations du corbeau dans l’affaire Clearstream — a été retiré de la vente pendant trois semaines en juin, sans que personne ne s’en émeuve.« Je ne me plains pas. Je constate. »
(Extrait d’une tribune parue dans Agoravox.fr, le 2 octobre 2006)

« Je ne suis animé par aucune haine, aucun esprit de vengeance, aucune volonté d’en découdre. J’ai mis le nez où je ne devais pas, où il n’était pas prévu que j’aille. Où les journalistes n’étaient pas encore allés. Cela a changé ma vie. Je suis devenu anachronique. »


QUI EST DENIS ROBERT ?

Né à Moyeuvre le 09 mai 1958.

Elève brillant, il étudie la psycholinguistique avant d'être embauché par Libération, pour lequel il écrit pendant 12 ans. Il y est chargé des affaires politico-financières. Le sujet est vaste et Denis Robert, ne se contentant plus d'un simple article, devient écrivain. Il publie de nombreux essais dont 'La justice ou le chaos' : le livre a pour objet l'Appel de Genève, que Denis Robert lance en 1996 avec 7 grands magistrats anti-corruption. Il est alors contacté par Ernest Backes, ancien dirigeant de la chambre de compensation de Cedel International, ancêtre de Clearstream. Après deux ans d'enquête, il publie 'Révélation$'. Le livre, dans lequel il accuse Cedel International et Clearstream de blanchiment d'argent au niveau mondial, fait l'effet d'une bombe. Denis Robert doit faire face à plus de cinquante procès pour diffamation. Alors que les poursuites sont finalement abandonnées en France où, en 2004, le tribunal de grande instance donne raison à Denis Robert, il est inculpé au Luxembourg en janvier 2006. Il risque une importante amende et la prison. En mars 2006, il rencontre Imad Lahoud, informaticien-trader qui s'intéresse à Clearstream. Il lui transmet un listing de comptes de Clearstream, identique à celui qui sera publié dans le presse. Denis Robert affirme aujourd'hui qu'il ne connaissait pas les intentions d'Imad Lahoud. Il se trouve néanmoins mêlé à l'affaire du corbeau qui, depuis la plainte de Nicolas Sarkozy, est devenue une véritable affaire d'Etat...

(sources: Evene.fr)
 

                                     
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