)))  WILLY RONIS,
AUTOPORTRAIT D'UN PHOTOGRAPHE

        
de Michel TOUTAIN & Georges CHATAIN                    

 

  • Documentaire - 2003 - France - durée: 65'
  • Sortie à la Vente en DVD en 2006
    Editions Doriane


SYNOPSIS

En soixante-seize ans de pratique, Willy Ronis, né en 1910, s'est photographié chaque année. Ces autoportraits rythment la construction de ce film dans lequel l'artiste parle de lui, de son art et de sa carrière. Willy Ronis analyse aussi quelques-unes de ses images les plus célèbres, notamment celles qui l'ont fait entrer dans l'histoire de la photographie. Ménilmontant, Belleville, les usines Renault, les mineurs silicosés ou sa femme Marianne dans la salle de bains (devenu Le nu provençal), certainement une de ses photos les plus connues...

 
POINT DE VUE

Willy Ronis fait partie avec Robert Doisneau ou Brassaï de ces photographes dits "humanistes", qui ont connu des heures fastes entre les années 30 et la fin des années 60. Mais c'est surtout au début des années 50 qu'ils ont connu leur apogée, en captant la vie quotidienne des lieux pittoresques de la capitale, notamment des quartiers de l'est parisien (Belleville, Ménilmontant). Qui n'a pas en tête ces bistrots, ces artisans, ces commercants, ces enfants, ces ruelles montantes et descendantes d'un Paris retrouvé, plein de vie, de liberté et de joie de vivre au lendemain de quatre années d'occupation et de privations ? Une véritable imagerie nationale et populaire s'est construite autour de ces clichés, l'image d'un pays à l'optimisme retrouvé qui se relève tant bien que mal, subissant de plein fouet la crise du logement et la misère, toujours prégnantes dans les quartiers...

Willy Ronis, 96 ans aujourd'hui, est un des derniers de ce courant, mais la question de la mort est éludée dès les premières images de ce documentaire, réalisé en 2003 : "la photographie n'est pas, pour moi, une revanche contre la mort ; elle correspond à des feuillets épars de souvenirs agréables et chéris que l'on conserve et que l'on est heureux de feuilleter par la suite".
Ce documentaire n'est pas le portrait nostalgique d'un homme se retournant sur son passé mais au contraire un témoignage rempli de vie et une réflexion passionnante sur le travail de photographe. La réalisation de Michel Toutain est d'ailleurs à saluer sur ce point, car les clichés parisiens ou provençaux commentés chronologiquement par le maître (76 ans de carrière tout de même !) sont souvent intelligemment rattachés à des plans filmés "de nos jours". Ronis aime d'ailleurs saisir la lente transformation du paysage parisien et plus particulièrement les évolutions urbaines récentes du quartier de Belleville-Ménilmontant (construction des HLM). Mais, pour lui, la lumière et les différents points de vue de ces ruelles à flanc de colline restent uniques à toutes les époques.

Nous voyons également le photographe évoluer avec vitalité et gourmandise dans son mas provençal qu'il a jadis si bien photographié (notamment le fameux Nu provençal en 1949) au cours de chroniques plus intimistes...
C'est d'ailleurs les gens et la vie de quartier (ou plutôt de village) qui marquent le travail de Willy Ronis, que ce soit à Belleville-Ménilmontant, Gordes ou L'Isle-sur-la-Sorgue. Nous pouvons noter une attirance toute particulière pour les exclus de la terre. Ses parents ont fuit la Russie tsariste et les persécutions antisémites; et l'histoire du quartier de Belleville-Ménilmontant, "incarnation de l'âme populaire de Paris", avec ses Arméniens fuyant les massacres de 1915, ses Grecs chassés par les Turcs, ses Italiens... se rapproche fatalement de sa propre histoire.

Dès 1936, il est chroniqueur du "séisme social" alors en cours, pour des magazines de presse illustrée comme Regards (magazine illustré du PCF). Quelques-uns de ses clichés les plus marquants, issus de reportages sociaux, témoignent d'un militantisme et d'un engagement personnel notable. Le mineur de 47 ans silicosé, la grève chez Citroën Javel en 1938 ou le reportage dans les usines Renault mettent l'accent sur les difficiles conditions de travail des ouvriers et sur les rapports attirance / répulsion entre l'homme et la machine.

Entre deux reportages, il continue d'arpenter les ruelles et les lieux de sociabilité (cafés, guinguettes, terrains de jeux...) pour capter l'instant magique, pris sur le vif ("ce n'est pas tellement la lumière qui m'inspire, mais ce que la lumière éclaire"). Ses influences sont multiples et se rattachent notamment aux peintres flamands du 16e et 17e siècle qui, tel Bruegel, ont si bien retranscrits la vie quotidienne de cette époque. La musique de Bach est une autre source d'inspiration pour les compositions en hauteur, sur plusieurs niveaux, rappelant les portées du musicien. Il travaille perpétuellement sur le double registre de l'émotion et de la réflexion. Pour chaque prise de vues, il doit tenir compte de la vision globale, c'est-à-dire de tout ce qui entoure le point central de la photographie et qui n'est pas immédiatement visible à l'oeil nu. Quand il commente certaines de ses images, il fait souvent référence au hasard, au miracle ou à la chance mais c'est avant tout une question de méthode et de savoir-faire. Il fait preuve, à ce propos, d'un véritable soucis de transmission et donne des cours aux Beaux-Arts d'Avignon et à la Faculté de Lettres d'Aix-en-Provence entre 1972 et 1983. Mais cette méthode n'est pas infaillible et Ronis considère que c'est ce qui fait le charme de son métier (dans le sens "artisan" du terme). Il aime ainsi retrouver ce "plaisir constant du ratage".


Stéphane Bedin

 

   
FICHE TECHNIQUE

Auteurs : Michel Toutain et Georges Chatain
Réalisation : Michel Toutain
Production : Pyramide Production / France 3 LPC / France 3 Méditerranée / Agence Rapho
Année : 2003

  •  LE DVD
    PAL - Zone 2 - couleurs - tous publics

    Version française et anglaise
  • BONUS


    *
    Interview de Georges Chatain, co-auteur du film
    Cet entretien a l'avantage de nous apporter un regard extérieur sur le travail de Willy Ronis. Parfois un peu redondant avec le documentaire, il est surtout intéressant quant à la contextualisation historique du travail du photographe. Ronis, avec Cartier-Bresson ou Brassaï, s'inscrit ainsi dans un courant populaire, humaniste, proche de la vie quotidienne. Georges Chatain fait un rapprochement peut-être un peu maladroit avec le réalisme poétique du cinéma de la même époque. Ces films, d'une imagerie certainement parfois comparable, étaient malgré tout pour la plupart réalisés en studio et s'éloignent donc quelque peu de ces clichés véritablement ancrés dans les pavés parisiens.
    Georges Chatain, prenant l'exemple de William Klein, constate aujourd'hui une tendance à une conception plus agressive et certainement plus individualiste et tragique de la photographie. SB



    * Biographie de Willy Ronis
    * Diaporama
    Nous disposons également d'une biographie de Willy Ronis ainsi que d'un diaporama égrenant entre 1935 et 1994 (il prend ses dernières photographies en 2002) quelques photos moins connues et non présentées dans le documentaire, comme des prises de vues de certaines célébrités (Picasso, Isabelle Huppert...) ou quelques photos de nus. SB




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