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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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Le bouleversant documentaire de Frédéric
Rossif ressort dans une prestigieuse édition Dvd. Si la pertinence
et la qualité du film ne sont pas à remettre en cause,
on peut revenir sur la fabrication d’une œuvre exceptionnelle,
que les bonus des Dvd aident à élucider. Mourir à
Madrid est un film sur l’Histoire, rattrapé par l’Histoire. Aux débuts des années soixante, si le visage de Rossif est inconnu du grand public, son nom, en revanche, s’affiche régulièrement sur les petits écrans français. En effet, ce producteur et réalisateur pour la télévision a déjà engendré des centaines d’émissions, dont La Vie des animaux. Mais fort d’une culture cinématographique impressionnante, héritée d’un ancien emploi de bibliothécaire à la Cinémathèque, il ne se cantonne pas au reportage télévisé et tourne en 1961 un documentaire remarqué mais plus ou moins apprécié, Le temps du ghetto. Un an plus tard, Rossif s’attèle à la périlleuse entreprise de réaliser un film sur la guerre civile espagnole, alors que le régime franquiste est toujours en place. Nicole Stéphane, comédienne et productrice, touchée de près par le conflit (elle témoigne d’ailleurs dans le court-métrage Revivre Mourir à Madrid), le soutient dans sa démarche. Aussi, le cinéaste se lance avec Albert Knobler dans la quête de photographies et de films d’archives, comme il le raconte ensuite : « J’ai pu étudier des documents filmés du monde entier. Pour la première fois ont été utilisés les documents de la Légion Condor. Pour la première fois aussi les films de Karmen, l’opérateur soviétique. Sur quatre-vingt-dix minutes de ces documents je n’ai employé que quinze minutes. (1) » Outre les archives de Berlin et de Moscou, Rossif visionne des kilomètres de pellicule à New York, Londres, Paris et en pays basque. Bien entendu, le tournage d’un film sur la guerre civile et l’accès aux archives restent inenvisageables en Espagne. Rossif contourne le problème en prétextant la réalisation d’un court-métrage sur l’Espagne éternelle. Il tourne environ cinq heures de film, qui aboutissent au court-métrage en question, Pour l’Espagne, et surtout aux très belles séquences de transitions de Mourir à Madrid. Les images en noir et blanc sont particulièrement travaillées, avec une composition très réussie des paysages. Grâce à certains angles audacieux – les vues en plongée, notamment – chemins, prairies, ruelles et places de villages s’organisent en lignes somptueuses. De retour en France, Rossif passe à la tâche pour le moins ardue du montage. Il entremêle les séquences tournées en Espagne et les séquences d’archives pour former un ensemble cohérent et chronologique. Sa démarche s’inscrit dans une alternance de thèmes « sur le mode lyrique, tels l’évocation de la mort de Frederico Garcia Lorca, le visage éternel de l’Espagne, la sombre splendeur de la religion, l’humanisme de Unanumo, la mort de Guernica » et de thèmes « sur le mode historique, tels les combats de l’Alcazar de Tolède ou ceux de la défense de Madrid, les Brigades Internationales ou la Légion Condor (2) ». Pour cela, il ajoute également le commentaire à la fois concis, clair et neutre de Madeleine Chapsal, dit par Germaine Montero, Suzanne Flon, Pierre Vaneck, Roger Mollien et Jean Vilar. Dans sa volonté de rester impartial, le texte fait souvent appel aux statistiques, comme dans ce remarquable extrait : « Espagne 1939. 503 061 kilomètres carrés – presque la France. Il y a deux millions de prisonniers. Il y a cinq cent mille maisons détruites, cent quatre-vingt-trois villes gravement débastées. En trois ans, un million de morts violentes. Cinq cent mille exilés. Une armée de six cent mille soldats. Un parti unique : la Phalange. Une religion d’Etat : la religion catholique. Un chef unique : le Caudillo. (3) » Début 1963, Mourir à Madrid s’apprête à sortir dans les salles françaises. La commission de censure des films a accordé son visa à l’unanimité des voix moins une abstention. Malheureusement, il semble que l’ambassade franquiste exerce des pressions sur le Ministère des Affaires Etrangères, si bien que les projections sont interdites. Les journaux rapportent rapidement la nouvelle : « Le bon plaisir de Franco est (…) maintenant un argument auquel les Affaires Etrangères françaises sont de plus en plus particulièrement sensibles ; on sait d’ailleurs que c’est le Quai d’Orsay qui intervint pour mettre en cause la décision des censeurs. On en atteint ainsi ce degré paradoxal dans la logique du mariage franquisme-gaullisme que le gaullisme a concédé à Franco que dans un film français soit censurée, par exemple, une phrase de Franco lui-même. C’est ainsi Franco qui s’autocensure et cette auto-censure est le plus évident aveu de culpabilité. (4) ». Il faut ainsi opérer deux coupes sonores avant que le film ne sorte enfin au mois d’avril 1963. L’affaire de censure, qui a fait grand bruit et du même coup une excellente publicité, attire les spectateurs et les critiques qui acclament l’œuvre de Rossif. Surtout, le film touche au plus près de l’actualité, car Franco « fait exécuter Julian Grimau, le combattant de la liberté de l’Espagne (5) » deux jours après la sortie de Mourir à Madrid. Et qu’en est-il de l’Espagne ? peut-on se demander finalement. Nicole Stéphane présente le film pour la première fois en 1978, après avoir refusé de vendre le négatif du film au gouvernement franquiste, qui lui en offre cinquante millions de pesetas. Un début de victoire pour Rossif, qui aura tout de même attendu quinze années avant de revenir sur la péninsule, là où tout avait commencé. Stéphane Tralongo (1) Propos de Frédéric Rossif, Les Lettres Françaises, n° 974, 18 avril 1963. (2) Propos de Frédéric Rossif, Mourir à Madrid - Rapports de presse cinématographique, Paris, 1963. (3) Chapsal, Madeleine, Mourir à Madrid, Seghers, Paris, 1963. (4) Cernovi, Albert, France Nouvelle, n° 914, 24 avril 1963. (5) Maurin, François, Humanité Dimanche, n° 765, 21 avril 1963. |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| EXTRAITS DE PRESSE EN 1963 | ||||
| «
Le film de Frédéric Rossif que le Ministères des
Affaires Etrangères voulait faire interdire pour ne pas peiner son ami Franco, sortira enfin sur les écrans parisiens le jeudi 18 avril. Tout en montrant, grâce à d’authentiques documents d’archives recueillis un peu partout dans le monde, les quatre années au cours desquelles Franco, aidé par Hitler et Mussolini, ensanglanta l’Espagne, Frédéric Rossif a concentré dans son œuvre un millénaire d’histoire Espagnole par des images symboliques. Sur le mode lyrique (la mort de Federico Garcia Lorca, la destruction de Guernica) et sur un mode historique (les combats de l’Alcazar de Tolède, la défense de Madrid, les Brigades internationales), il concentre l’attention du spectateur sur les grands moments de cette guerre qui vit mourir un monde... à Madrid.» L’HUMANITE, 1963 « La rigueur, la pureté, l’honnêteté de cette œuvre. Et aussi sa beauté. L’austère, l’inhumaine beauté des chants funèbres ». LE MONDE, Jean de Baroncelli, 1963 |
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| BIO-FILMO DE FRÉDÉRIC ROSSIF (1922 - 1990) | ||||
| Originaire de Yougoslavie, la famille Rossif est assassinée durant la seconde guerre mondiale pendant que Frédéric Rossif étudie à Rome. Après ses études à Rome, le jeune Frédéric Rossif s'installe à Paris en 1945, où il devient tout d'abord employé à la Cinémathèque Française, avant d'entrer à l'ORTF en 1952. En sa qualité de producteur/réalisateur de télévision, il donne naissance à de nombreuses émissions, parmi lesquelles Cinq colonnes à la Une, ou La vie des Animaux. Son goût pour la vie sauvage ne se démentira pas, lorsqu'il passera au long-métrage, puisqu'il réalisera plusieurs documentaires animaliers, parmi lesquels La Fête Sauvage (1976), ou Sauvage et Beau (1984). Grand spécialiste du film de montage, se servant d'images d'archives, il choisit, après quelques courts, de relater pour son premier long-métrage l'histoire du ghetto de Varsovie, dans Le Temps du guetto (1961). Si ce documentariste s'intéresse particulièrement à l'Histoire contemporaine (Mourir a Madrid, 1963, Un mur à Jerusalem, 1968), on en recense pas moins dans son oeuvre des portraits d'artistes (Pablo Picasso, peintre, 1980, George Braque ou le Temps différent, 1974), et même une fiction (Aussi loin que l'amour, 1971). La carrière de Frédéric Rossif est en outre marquée par sa collaboration récurrente avec des compositeurs de renom, Maurice Jarre tout d'abord, puis Vangelis, notamment pour De Nuremberg à Nuremberg (1989). Réalisé un an avant la mort du réalisateur, le film retrace l'histoire de l'Allemagne nazie (et par là celle de l'Europe et du monde) depuis 1935, date des grands rassemblements de fanatiques hitlériens à Nuremberg jusqu'à la capitulation et au procès historique qui eut lieu dans cette même ville. Frédéric Rossif meurt en 1990 à Paris, où il est enterré. (extrait de Allo Ciné) °°°°° |
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