)))  UN MUR À JÉRUSALEM
        
de Frédéric ROSSIF & Albert KNOBLER                           

 

  • Documentaire historique - 1968 - France - durée: 1h30
  • Sortie à la Vente en DVD le 6 mai 2008
    Editions Montparnasse

SYNOPSIS

Pourquoi Israël ? De l’affaire Dreyfus en passant par la naissance au lendemain de la guerre 14/18 d’un « foyer national juif », de la création de l’Etat d’Israël en 1948, au nationalisme de Nasser, jusqu’à la guerre des 6 jours.

POINT DE VUE
Un mur à Jérusalem (1968) de Frédéric Rossif, tout comme Mourir à Madrid (1962) tourné quelques années auparavant par le même cinéaste (Prix Jean Vigo 1963), sont représentatifs du film de montage d'archives sonores d'après-guerre. Ils sont tous les deux supportés par un commentaire qui donne leur sens aux images.

Dans le film qui nous intéresse ici, le commentaire est d'autant mis en valeur qu'il a été écrit par Joseph Kessel. Le choix de l'écrivain-journaliste n'est pas anodin. Considéré comme l'un des premiers grands reporters, il est l'auteur d'une oeuvre de référence sur la Résistance (L'Armée des ombres), qui sera magnifiquement portée à l'écran par Jean-Pierre Melville en 1969, ainsi que des paroles du Chant des partisans (1943), avec son neveu Maurice Druon. Il s'agit donc d'un personnage engagé, tout comme l'était Frédéric Rossif en tant que documentariste.
Le texte de Kessel, dit par Bérangère Dautin et Georges Descrière est contrebalancé par les citations bibliques de Michel Bouquet.

Aux citations d'hommes politiques, Kessel privilégie des citations d'hommes de science : Sigmund Freud et Albert Einstein. Frédéric Rossif, soutient d'ailleurs ce choix et appuyant le texte par l'image du portrait des deux hommes qu'il anime par un léger zoom sur leur regard afin de mieux "pénétrer" leur pensée. Une manière de prendre le contre-pied des discours politiques "officiels".

Cette force du commentaire s'inscrit dans un type d'histoire-récit qui dominera la production pendant des décennies. Montage d'archives et commentaires seront également de mises dans les films suivants de Rossif, Pourquoi l'Amérique ? (1970) ou De Nuremberg à Nuremberg (1989), l'oeuvre de sa vie.
Dans Mourir à Madrid, Rossif a apporté une véritable "information visuelle" sur la Guerre d'Espagne. Le film restitue l'esprit et la chaleur du camp républicain face au franquisme.
Il récidive avec Un mur à Jérusalem. Ce film, qui peut paraître aujourd'hui relativement banal face au flot d'images télévisuelles que l'on reçoit quotidiennement sur le conflit israélo-palestinien (depuis, les témoins ont été ajoutés et constituent eux-mêmes une nouvelle forme d'archive), était en 1968 une oeuvre novatrice et instructive dans la recherche des racines du mal. En Israël, l'exposition massive à la culture des images n'a commencée qu'en 1967, avec l'introduction de la télévision dans les familles. Il s'inscrit dans une volonté de compréhension et de mise à plat des événements en ne gommant aucune responsabilité en n'hésitant pas à s'attaquer à l'histoire récente (nous sommes au lendemain de la guerre des 6 jours).

Il accomplit ici un véritable travail d'archéologue de l'image en construisant son film par strates d'archives.
Cinq parties chronologiques sont identifiées (voir Chapitres, 1- La Palestine, terre rêvée, 2- Un pays en construction, 3- La montée de l'antisémitisme, 4- Une violence pour deux états, 5- Le début de la reconnaissance) et détaillent les étapes de la naissance d'un Etat juif (le sionisme politique de Theodor Herzl, la déclaration Balfour en 1917, les premiers kibboutz, naissance de l'Université hébraïque de Jérusalem avec l'enseignement de l'hébreu, la langue commune étant une condition nécessaire à la mise en place d'une Nation), les effets de l'antisémitisme (de l'affaire Dreyfus à l'Allemagne nazie) et de la seconde guerre mondiale, la naissance d'Israël (les émigrations clandestines de 1947-1948, proclamation de l'Etat d'Israël par Ben Gourion en 1948) et les premières guerres israélo-arabes (1956 et 1967 - la guerre des 6 jours - contre l'Egypte de Nasser). Le procès Eichmann à Jérusalem en 1961 est également abordé comme événement constitutif de l'affirmation d'Israël en tant que Nation (l'ouvrage d'Hannah Arendt sur ce procès, Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal, a inspiré le documentaire d'Eyal Sivan, Un spécialiste, réalisé en 1999).

L'ensemble est assez didactique, dans un souci permanent de scientificité, l'utilisation régulière des cartes de la région étant là pour en témoigner. Les archives choisies sont dotées, dans le même temps, d'un esthétisme certains et parfois même d'une véritable force cinématographique (voir les explosions des bâtiments urbains, les gros plans de visages).

Ces constations faites, nous pouvons relever, avec Marc Ferro, deux paramètres qui rendent ce type de film de montage fragile, et qui en quelque sorte, en perturbent justement la scientificité qu'il semble rechercher (outre le fait que Rossif ait plutôt travaillé à distance de toute présence historienne) : d'une part, "tout le monde ignore le stock d'images dont on dispose, à partir desquelles se fait le montage. Il en reste. Pourquoi ne les a-t-on pas prises ?" ; d'autre part, comme nous l'avons déjà fait remarquer, "le montage se veut relativement esthétique, pour que le film soit visible, agréable, perceptible (...). Et c'est quelquefois l'attrait de la beauté, du rythme des images qui prédétermine le montage. Autant que les idées politiques, qui se révèlent plutôt par le commentaire, ou par la musique." (citations tirées d'un entretien entre Marc Ferro et Michel Serceau, "Le film d'archives en perspective", CinémAction n° 97). Frédéric Rossif revendiquait d'ailleurs cette subjectivité du montage. Il considérait celui-ci comme "le battement de coeur du réalisateur".

Malgré la fragilité de ce type d'entreprise, Un mur à Jérusalem n'en reste pas moins une oeuvre de référence et plus que jamais d'actualité.

Le film se clôt sur un questionnement autour de la paix et de l'incertitude de l'avenir. Frédéric Rossif et Joseph Kessel ne se doutaient sûrement pas en 1968 que 40 ans plus tard, leurs interrogations resteraient toujours en suspend...

Stéphane Bedin

 


LIRE AUSSI NOTRE CHRONIQUE DE MOURIR À MADRID
 
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Un film de Frédéric Rossif et Albert Knobler
    Texte de Joseph Kessel dit par Bérangère Dautin, Georges Descrière & Michel Bouquet
    Montage de Françoise Duez

  •  LE DVD

    DVD 9 - noir et blanc - Zone 2 - PAL - 1h28
    Image & Son :
    Son: Mono
    & Dolby Digital
    Langue:
    français
BREF HISTORIQUE DE LA CONSTITUTION DE L'ÉTAT D'ISRAËL
L’Etat d’Israël

Les Juifs sont dispersés dans le monde depuis la destruction du deuxième temple, il y a 2000 ans, mais le mur à Jérusalem symbolise l'espoir du retour et l'attente du Messie. Jusqu'en 1917, les essais de réunion échouent. C'est lord Balfour qui donne une base légale à l'installation d'un foyer national juif dont la nécessité aurait été proclamée par Théodore Herzl. Mais les Britanniques jouent le double jeu à l'égard des Arabes et des Juifs auxquels ils font, de part et d'autre, les mêmes promesses. Les colons continuent de s'installer venant de Russie, d'Europe centrale, d'Allemagne où Hitler a décidé de les anéantir scientifiquement.

En 1939, le Livre Blanc interdit aux Juifs l'achat de nouvelles terres ; c'est un blocus. Ben Gourion mène la lutte contre Hitler et le Livre Blanc. L'Allemagne capitule, et à la sortie de la guerre, les survivants de la Shoah n’ont plus qu’une obsession : rejoindre et créer un Etat sioniste en Palestine. En février 1947, alors que l'idée d'un État-refuge en Terre sainte s'impose dans l'opinion occidentale, le gouvernement britannique remet le mandat de protectorat qu'il détenait depuis 1920 sur la Palestine aux Nations unies. Le 29 novembre 1947, les Nations-Unies adoptent la résolution 181 qui prévoit le partage de la Palestine en un État juif et un État arabe. Le Yichouv et les communautés juives sionistes accueillent favorablement ce vote mais les Arabes palestiniens et l'ensemble des pays arabes qui militaient pour la constitution d'un État arabe sur toute la Palestine rejettent la résolution. Chaque camp se livre alors à la course aux armements en attendant le départ des Britanniques...

Le 14 mai 1948, le dernier commissaire anglais, lord Cunningam, quitte la Palestine. Ben Gourion proclame la création de l'Etat d'Israël ouvert à tous les Juifs. Le lendemain, les Etats voisins d’Israël envahissent le nouvel Etat avec pour objectif de « repousser les Juifs à la mer ».
Avec Nasser au pouvoir en Egypte, ce n'est plus seulement la population arabe de Palestine qui se soulève contre la population juive, ce sont toutes les nations arabes. Après la guerre du Sinaï, Ben Gourion doit faire comprendre aux soldats israéliens qu'Israël ne peut ni gagner la guerre, ni négocier une paix que rend impossible l'intervention franco-anglaise.

Le procès du responsable de la mort d'une immense quantité de juifs, Adolf Eichmann (responsable de la logistique de la solution finale), se termine par la condamnation du criminel de guerre coupable de génocide. A ce propos, on évoque le souvenir de la petite Hollandaise Anne Frank. Le 5 juin 1967 éclate la guerre des six jours gagnée par Israël sur Nasser. Pour la première fois depuis vingt ans, les Juifs ont accès au Mur des Lamentations. Moshé Dayan, le général vainqueur, écrit un voeu et, conformément à la tradition, le dépose dans le Mur. Il souhaite la Paix...

(Elément du dossier de presse)


EXTRAITS DE PRESSE DE 1968
«« C’est l’histoire de l’Etat d’Israël (...). Nullement romancée. Rien que des bandes d’actualité retrouvées un peu partout par ce chercheur de génie qu’est Frédéric Rossif, aidé par Albert Knobler. Raconter en 1 h 40 cette aventure douloureuse et exaltante n’était pas facile et ils y sont arrivés. Chapeau. Et aussi pour le sobre commentaire de Joseph Kessel ».
Le Canard Enchaîné, 1968

« Les auteurs de cette magistrale leçon d’histoire ont su retenir, montrer et faire comprendre l’essentiel...Il est évident qu’on ne pourra plus évoquer Israël sans se référer à ce film ».
Le Journal du dimanche, 1965


BIO-FILMO DE FRÉDÉRIC ROSSIF (1922 - 1990)
 
Originaire de Yougoslavie, la famille Rossif est assassinée durant la seconde guerre mondiale pendant que Frédéric Rossif étudie à Rome. Après ses études à Rome, le jeune Frédéric Rossif s'installe à Paris en 1945, où il devient tout d'abord employé à la Cinémathèque Française, avant d'entrer à l'ORTF en 1952.

En sa qualité de producteur/réalisateur de télévision, il donne naissance à de nombreuses émissions, parmi lesquelles Cinq colonnes à la Une, ou La vie des Animaux. Son goût pour la vie sauvage ne se démentira pas, lorsqu'il passera au long-métrage, puisqu'il réalisera plusieurs documentaires animaliers, parmi lesquels La Fête Sauvage (1976), ou Sauvage et Beau (1984).

Grand spécialiste du film de montage, se servant d'images d'archives, il choisit, après quelques courts, de relater pour son premier long-métrage l'histoire du ghetto de Varsovie, dans Le Temps du guetto (1961). Si ce documentariste s'intéresse particulièrement à l'Histoire contemporaine (Mourir a Madrid, 1963, Un mur à Jerusalem, 1968), on en recense pas moins dans son oeuvre des portraits d'artistes (Pablo Picasso, peintre, 1980, George Braque ou le Temps différent, 1974), et même une fiction (Aussi loin que l'amour, 1971).

La carrière de Frédéric Rossif est en outre marquée par sa collaboration récurrente avec des compositeurs de renom, Maurice Jarre tout d'abord, puis Vangelis, notamment pour De Nuremberg à Nuremberg (1989). Réalisé un an avant la mort du réalisateur, le film retrace l'histoire de l'Allemagne nazie (et par là celle de l'Europe et du monde) depuis 1935, date des grands rassemblements de fanatiques hitlériens à Nuremberg jusqu'à la capitulation et au procès historique qui eut lieu dans cette même ville.

Frédéric Rossif meurt en 1990 à Paris, où il est enterré.

(extrait du dossier de presse)

                                               
                                                         
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