)))  COCORICO !
       MONSIEUR POULET

        
   + 2 courts métrages 
         de Jean ROUCH

 

  • Documentaire - 1950/51 - 1974 - France/Niger - durée: 1h33 (+ 71' de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 21 février 2007
    Éditions Montparnasse
  • Prix de vente conseillé : 25€

SYNOPSIS

Dans une 2 CV bringuebalante, Lam, surnommé M. Poulet, s'en va en brousse chercher les poulets qu'il vendra à Niamey. Assisté de Tallou et Damouré, il espère faire des affaires juteuses. Mais les imprévus s'accumulent, les poulets sont introuvables, le fleuve Niger difficile à traverser. Et une diablesse ne cesse de jeter des sorts.

POINT DE VUE

Après l'édition, en 2005, d'un coffret de référence de 4 DVD (11 heures de programme!), les Éditions Montparnasse poursuivent leur exploration de l'univers de Jean Rouch avec trois réalisations "africaines" : Bataille sur le grand fleuve (1950), Cimetières dans la falaise (1951) et Cocorico ! Monsieur Poulet (1974).
Les deux premières se situent sur un registre davantage "ethnographique" et nous repérons l'influence directe de Marcel Griaule, Directeur de Thèse et maître à penser de Jean Rouch.

Dans Bataille sur le grand fleuve, Rouch suit pendant 4 mois les pêcheurs Sorko durant leur chasse à l'hippopotame le long du fleuve Niger et dans Cimetières dans la falaise, il assiste aux funérailles d'un jeune noyé en Pays Dogon, au Mali (il s'agit de sa première expérience des rites funéraires chez les Dogons, qu'il qualifie lui-même de "bouleversante").
Sous leurs aspects didactiques (utilisation d'une voix off explicative, description méthodique des préparatifs pour la pêche aux hippopotames - construction de la pirogue et des armes, appel aux divinités, transes), ces deux films proposent une vision personnelle et poétique de la réalité. Les contraintes techniques - pas de plan de plus de 22 secondes donc montage instantané, au moment de la prise de vue - induisent des plans très courts donnant un dynamisme et une mobilité à la réalisation. Cette manière de filmer, caméra à l'épaule (nous pouvons ajouter à cela le tournage en couleur et la prise de son réel) était, pour Jean Rouch, une véritable "rupture d'interdit au point de vue du langage cinématographique" et c'est d'ailleurs ce qui forcera l'admiration des auteurs de la Nouvelle Vague (ils avaient déjà eu l'occasion de s'en apercevoir en 1949 au Festival du Film Maudit de Biarritz où Rouch remporte le Grand Prix pour Initiation à la danse des possédés).

Ces contraintes techniques n'empêchent pas Rouch de proposer une véritable construction dramatique et des partis pris de mise en scène. Il n'hésite pas à interpréter symboliquement le paysage en fonction de son propre ressenti comme dans Cimetières dans la falaise, ce corps hissé le long de la paroi abrupte vers la crypte funéraire, filmé en contre-plongée, constituant le contre-point d'un plan précédent de la cascade, filmée en plongée.

Cocorico ! Monsieur Poulet, tourné en 16 mm, devait être au départ, un documentaire sur un marchand de poulet de Niamey, au Niger. Mais face aux incidents et aux imprévus multiples et variés, Rouch décide d'introduire plus franchement de la fiction dans la réalité de son film. Celui-ci devient ainsi les aventures picaresques de trois compagnons de route à la recherche de poulets à vendre le long du fleuve Niger, à bord d'une 2 CV improbable (sans freins ni phares) surnommée "Patience". Sans démarche scénaristique préalable, Rouch improvise en ajoutant des éléments de la tradition africaine (intervention de la Diablesse pour justifier les pannes de "Patience"). Le film ne prendra fin que par manque de pellicule.

"Patience" devient rapidement le personnage central et ses trois traversées du fleuve Niger deviennent des points de repère dans le récit et autant de micro-aventures. Elle n'est pas sans rappeler la voiture "amphibie" des Rendez-vous de juillet (Jacques Becker, 1949) utilisée pour traverser la Seine (dans ce film, Daniel Gélin joue d'ailleurs le rôle d'un étudiant désirant monter une opération... ethnographique).

Ces trois films se rejoignent donc dans la notion de rite et plus particulièrement de rite de passage. Le fleuve Niger et plus généralement l'eau et ses courants sont, à ce titre, symbolique du passage vers la mort et/ou une nouvelle vie. Ils témoignent également de la frontière toujours fluctuante entre réalité et fiction. Cette frontière constitue un véritable enjeu pour Rouch et installe une sorte de schizophrénie. Elle est difficile à situer car le simple fait de poser son oeil sur le viseur de la caméra n'est-il pas une première concession à la fiction ? Rouch, comme tout documentariste, est préoccupé par ce rapport lorsqu'il précise, à propos de Bataille sur le grand fleuve (Entretiens avec Enrico Fulchignoni, cf Bonus) : "Tout était tourné avec un seul objectif de 25 mm. La vision de l'oeil, c'est à peu près le 12 mm. Mais c'est la vision de l'oeil en mouvement qui est de 25 mm. Les films que j'ai réalisé jusqu'à Moi, un Noir ont tous cette unité de vision." Il se place ainsi dans une position hybride d' "homme-caméra", la caméra comme prolongement du corps humain. Les différentes étiquettes collées sur le travail de Rouch (cinéma-vérité, cinéma-direct, ciné-transe) témoignent de cet enjeu et de cette difficulté à se situer par rapport au réel.

José Moure, dans Les Lettres françaises du 6 mai 2006, précisait d'ailleurs à ce propos : "Questionner le cinéma à partir de la pratique documentaire (...), c'est inévitablement se confronter aux frontières entre non fiction et fiction, entre réalité et fiction, entre enregistrement et représentation, entre vérité et mensonge".

Mais, au-delà de cette problématique, Jean Rouch reste avant tout un véritable cinéaste humaniste.

Stéphane Bedin

 


 

   
LIRE
ÉGALEMENT
NOTRE CHRONIQUE DU COFFRET
JEAN ROUCH
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    93 mn. Tourné en 16mm. Couleur. 1974
    Réalisation
    : Jean Rouch
    Avec: Damouré Zika, Lam Ibrahima Dia, Tallou Mouzourane



  •  LE DVD
    DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs
    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Langue: français
    Sous-titres: anglais

  • BONUS (71')
    Les trois films sont présentés par Jean Rouch lors d'entretiens réalisés avec Enrico Fulchignoni en 1982. Ces présentations sont très instructives quant au rappel des conditions de tournage, au rapport de Rouch avec la narration, la caméra, le montage... Sa position de filmeur est aussi envisagée, notamment dans son rapport avec les personnes enregistrées et "immortalisées" par la caméra. Ses thèmes de prédilection (rites et techniques) sont également abordés. SB


    Deux court métrages de Jean Rouch:
    * Bataille sur le grand fleuve

    (33 mn. Tourné en 16mm. Couleur. 1950)
    Sujet: Épopée fluviale au cours de laquelle les pêcheurs Sorko chassent au harpon les
    hippopotames du fleuve Niger. Une compétition magique entre l'animal et l'homme.





    * Cimetières dans la falaise
    (18 mn. Tourné en 16 mm. Couleur. 1951)
    Sujet: Document ethnologique et bouleversant témoignage sur les funérailles d'un jeune noyé en pays dogon, falaise de Bandiagara au Mali.




    * Présentation: Tous ces films sont présentés par Jean Rouch (20mns)

INTRODUCTION DE PATRICK LEBOUTTE
    «Y aurait-il deux Jean Rouch ? L’un, ludique et désinvolte, tenté par la fiction, entre fabulation née du réel et documentaire joué, pratiquant le cinéma comme on fait l’école buissonnière ; l’autre, plus proche du document, autrement dit plus sérieux, captant sur le vif rituels et danses de possession, enregistrant en ethnologue, inlassablement depuis 1947, une part de la mémoire africaine ? À bien considérer le fil, noué de cocasseries burlesques, qui, passant par Petit à petit, mène de Jaguar à Cocorico ! Monsieur Poulet, l’hypothèse pourrait sembler séduisante. Avec ce dernier film en effet, nous retrouvons Lam et Damouré, cousins africains de Bibi Fricotin, cette fois en marchands ambulants, vendeurs de poulets, embarqués à bord d’une fourgonnette improbable pour une nouvelle odyssée cinématographique riche en péripéties drolatiques, le plus souvent improvisées : cinéma amical, quasiment familial, porté par une ciné-troupe appliquant au septième art les usages de l’écriture automatique et du free jazz. Il y a quelque chose de feuilletonesque dans cette bonne habitude qu’a pris Jean Rouch de nous donner rendez-vous, à intervalles réguliers, avec ses complices de toujours, tout à la fois personnes réelles et personnages, relançant à chaque fois la mécanique de leurs fictions, reprenant les choses ensemble, film après film, là où le dernier en date les avait laissées, comme une certaine façon d’enfoncer toujours le même clou, celui d’une Afrique toujours à suivre et présentée par épisodes, celui d’une Afrique dont on n’aurait jamais le mot de la fin.

    Du coup, il n’est pas sûr qu’il faille opposer les deux pôles, distinguer l’activité du bon Docteur Rouch, anthropologue et cinéaste, des fantaisies de l’étrange Mister Jean, griot gaulois et poète visuel. Qu’il filme en effet les cérémonies des Sigui, chez les Dogons, leur consacrant sept films en sept ans ou, ailleurs dans l’Afrique sub-sahélienne, les tribulations de ses héros picaresques, il s’agit bien du même Rouch, n’arrêtant jamais de remettre en jeu les mêmes motifs et, toutes approches de la réalité confondues, travaillé par un même goût de la répétition, des suites et des séries, par-delà une œuvre insécable, plus
    homogène qu’il n’y paraît, nourrie de ce « ciné-plaisir » pétri d’inventions collectives, là où c’est toujours le jeu qui définit la relation ».

    Patrick Leboutte
    Directeur de collection de la collection dvd Le Geste Cinématographique, critique cinéma.

    (éléments de presse) 

 
PRÉSENTATION de Jean ROUCH par Bernard SURUGUE

« Ethnologue et cinéaste, filmeur infatigable, Jean Rouch est mort dans sa 86ème année, enlevé en Afrique par l'un des génies de la mythologie Songhay qu’il avait si souvent étudiée et mise en scène. C'était le soir du 18 février 2004 sur l'une des routes du Niger identique à celles que cet ingénieur des Ponts et Chaussées avait construites au tout début de sa prestigieuse carrière. Après des funérailles nationales et rituelles il repose dans une tombe d'une grande simplicité jouxtant les bâtiments des Travaux Publics du Niger qui fût son premier employeur en 1941. Bouclant ainsi une vie jalonnée de combats et de créations dédiées aux sciences de l'Homme et à la cinématographie, ce grand Zima " ami des hommes et des dieux " est maintenant le gardien éternel de la boucle du fleuve Niger, vallée de la culture universelle, de sa source jusqu'à l'infini océan.

Ce deuxième dvd est la continuation d'une riche anthologie qui se veut d’abord un hommage à Jean Rouch. Il s'agit d'une œuvre cinématographique de référence : elle est fondatrice de la "Nouvelle Vague" et d'un cinéma libre. Dans un florilège d'images et de musique immémoriales, la voix incomparable de Jean Rouch nous emporte aux frontières du réel et de l'imaginaire, mêlant le rire et le sérieux aux choses graves ou futiles de la vie des gens en Afrique comme à Paris. De merveilleuses histoires sont ainsi données à voir et à entendre comme autant de contes sans fin, dédiés aux talentueux maîtres africains de la parole et confiés aux enfants passeurs de mémoire ».

Bernard Surugue,
Responsable du secteur audiovisuel de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD)


(éléments de presse)
 

                                     
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