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| POINT DE VUE | |||||||||
Laurent
Devanne |
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| LIRE
ÉGALEMENT NOTRE CHRONIQUE DE COCORICO ! MONSIEUR POULET
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| SYNOPSIS | |||||||||
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| FICHE TECHNIQUE | |||||||||
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| DVD
4 (BONUS)
Ciné-Rouch «Jean Rouch raconte Pierre-André Boutang» 104mn Dans ces entretiens inédits, tournés en 1992, le cinéaste raconte son itinéraire, enfance, apprentissage, le choc de la guerre de 1940, le départ pour l’Afrique, un peu par hasard, et puis la découverte d’un monde inouï, insoupçonné. A dater de 1942, Jean Rouch ne quittera plus le continent noir, ou alors, ce sera pour mieux y revenir. Adopté par l’Afrique, cet anthropologue, inspiré par les surréalistes, se met au cinéma : par cela, il fonde le 7ème art africain. Devant la caméra de Pierre-André Boutang, Jean Rouch raconte l’histoire de ses films, ses amitiés, ses fulgurances. «À propos de Jean Rouch, conversation Bernard Surugue/Patrick Leboutte» 28mn Bernard Surugue, Directeur de recherche à l’IRD (Institut de Recherche et de Développement, Paris) et cinéaste, a parcouru les pistes africaines avec Jean Rouch. Ils ont tourné ensemble de nombreux films, voyagé et enquêté ensemble pendant des années. Bernard Surugue puise dans cette amitié et cette proximité artistique pour présenter l’œuvre de Jean Rouch. « Les veuves de 15 ans » 1966, 24mn Un court-métrage de Jean Rouch, considéré comme l’un des tous premiers films de la Nouvelle Vague. «Le double d'hier a rencontré demain…» 2004, 10mn Film inédit de Bernard Surugue réalisé avec Jean Rouch la veille de sa mort. Ce court film, qui mêle des éléments d’archives aux dernières images filmées de Rouch, évoque avec poésie la disparition du «griot blanc ». |
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| L'HOMMAGE DE Jacques Mandelbaum à Jean Rouch - Le Monde (21/02/04) | |||||||||
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LA
"CINÉ-TRANSE" |
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| Qu'à
cela ne tienne : tout le monde lui tombe dessus à bras raccourcis.
Ses collègues ethnographes, qui récusent cette subjectivité,
et certains jeunes intellectuels africains, qui lui reprochent de regarder
les Africains "comme des insectes". A croire que personne n'a
écouté, en contrepoint de la "sauvagerie" des
images, le commentaire du film, qui demeure un modèle de pédagogie,
de sympathie, de finesse et de subversion. Aucun film n'aura dénoncé
avec plus d'efficacité que celui-ci l'aliénation coloniale. Il en faudrait davantage pour désarçonner Rouch. Ses principales œuvres ultérieures, flirtant de plus en plus avec le récit fictionnel, enfoncent délibérément le clou. Moi, un Noir (1958), La Pyramide humaine (1959), Jaguar (1967), La Chasse au lion à l'arc (1965), Petit à petit (1970), Cocorico, monsieur Poulet (1974) font la part belle à l'idée d'anthropologie partagée, qui le conduit à improviser et à mettre en scène, avec le concours de ses personnages, les récits en question. La polémique continue donc de plus belle, et l'on ne connaît à celle-ci nulle réponse plus appropriée que celle de l'intéressé lui-même, rétorquant aux reproches qui visaient Petit à petit (les Parisiens vus à travers le regard de deux Nigériens) : "Ce n'est pas un film africain. C'est un film rouchien. C'est-à-dire un film qui n'est ni noir ni blanc." La réponse, admirable, permet de mesurer la part de Rouch dans l'émergence de la modernité cinématographique, sous le signe de l'allégement des techniques de tournage, d'une part, de la dépossession et du partage comme conception morale et esthétique, d'autre part. Profondément - hors de ses amitiés africaines - la vraie famille de Rouch est là, du côté des enfants de la Cinémathèque (dont il deviendra président, en 1987), parmi la jeune et bouillonnante garde du cinéma français. C'est que Rouch aura donné, en même temps que les néoréalistes italiens, l'exemple de ce que le cinéma d'après la catastrophe de la seconde guerre mondiale se devait de faire : littéralement, changer de peau. Deux hommes l'ont parfaitement compris. Jean-Luc Godard, d'abord, qui le désigne comme l'une des figures tutélaires de la Nouvelle Vague naissante, en comparant Moi, un Noir, qui vient de recevoir le prix Louis-Delluc, à "(...) un pavé dans la mare du cinéma français comme en son temps Rome ville ouverte dans celle du cinéma mondial" (Arts, décembre 1958). En mars 1959, dans la même revue, il revient sur le film pour dire cette chose essentielle : "(...) En résumé, en appelant son film Moi, un Noir, Jean Rouch, qui est blanc tout comme Rimbaud, déclare, lui aussi, que Je est un autre." La Punition (1962), Les Veuves de quinze ans (1964), Gare du Nord (1964) - outre qu'ils pourraient servir de modèles à tous les jeunes court-métragistes d'aujourd'hui - témoignent de ce compagnonnage entre Rouch et la Nouvelle Vague. Gilles Deleuze, ensuite, à qui il reviendra, dans son ouvrage L'Image-temps (éd. de Minuit, 1985), de porter l'intuition de Godard au niveau d'une admirable analyse qui fait de Rouch, aux côtés de Welles, Cassavetes et Godard lui-même, l'une des principales figures d'une modernité placée sous le signe des "puissances du faux". |
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"PRODUCTEUR
DE VÉRITÉ" Ce n'est pas seulement que fiction et documentaire s'interpénètrent, c'est que leur combinaison s'opère à travers la fabulation de chacun, cinéaste et personnages, en un partage qui redéfinit les modalités du récit et aboutit à ce troublant paradoxe : "Le cinéma lui-même peut s'appeler cinéma-vérité, d'autant plus qu'il aura détruit tout modèle du vrai pour devenir créateur, producteur de vérité : ce ne sera pas un cinéma de la vérité, mais la vérité du cinéma." Cette dernière expression, empruntée à Rouch lui-même, fait référence à un autre de ces fructueux malentendus qu'aura déclenchés le cinéaste au cours de sa longue carrière. L'affaire et le film se nomment Chronique d'un été. Coréalisé avec Edgar Morin en 1960, c'est une œuvre d'une nouveauté radicale pour l'époque : tout à la fois essai improvisé de sociologie filmée, enquête dans le Paris de l'époque de la décolonisation de l'Algérie, création et mise à contribution des personnages en cours de tournage, tout cela avec caméra portée 16 mm et utilisation pionnière du son synchrone. Un dogme, fondé un peu hâtivement sur l'intangibilité du réel et la non-intervention du cinéaste, est né. |
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Rouch - qui avait dans l'enthousiasme lancé avec son compère Morin l'expression de "cinéma-vérité" sur le modèle du Kino Pravda de Dziga Vertov - est le premier à réagir en infléchissant notablement sa propre formule, telle que Deleuze la reprendra par la suite. La grande question qui parcourait cette œuvre en marche (certainement pas par hasard filmée par Michel Brault, l'un des pères du cinéma direct canadien, et Raoul Coutard, opérateur attitré de Jean-Luc Godard) était la suivante : "Etes-vous heureux ?" Sans doute était-ce une bonne manière pour faire parler de tout ce qui empêchait de le devenir, mais, a posteriori, ce n'est pas la moindre vertu des films de Jean Rouch que de susciter chez ses spectateurs, hier comme aujourd'hui, l'envie d'y répondre par l'affirmative. Tant de simplicité, tant d'humour, tant d'humanité, tant de foi dans la perfectibilité du monde et dans la lutte qu'il faut y engager finissent inéluctablement par contaminer l'esprit du spectateur. On avait fini récemment par s'en souvenir, après une période de relative éclipse de ce grand homme. La Galerie du Jeu de paume en juin 1996, la Cinémathèque française en avril 1999, ont rendu au cinéaste de très beaux hommages. Le plus beau et le plus émouvant d'entre eux, le plus digne de son modèle aussi, reste celui de Jean André Fieschi, dans son film Mosso Mosso ("Jean Rouch comme si..."), réalisé en 1999 dans le cadre de la série "Cinéma de notre temps". Rouch, affaibli par l'âge, mais rayonnant encore de passion et de curiosité, retourne au Niger pour faire devant la caméra de Fieschi ce qu'il a toujours demandé de faire à ceux qu'il filmait : affabuler, s'inventer soi-même, changer le monde. En compagnie de ses amis et acteurs de toujours, Damouré Zika et Tallou Mouzourane, il y dirige les douze premiers plans d'un film imaginaire - La Vache merveilleuse - où il s'agit de convoquer l'esprit du quatrième mousquetaire, récemment disparu, Lam Ibrahim Dia. Tout le monde fait donc "comme si", et le merveilleux de l'affaire est évidemment que ce film existe bel et bien, par la géniale procuration de Fieschi, en l'occurrence possédé par l'esprit rouchien. On ne saurait être plus fidèle à cet ingénieur ethnographe qui, par les moyens du cinéma, n'aura cessé de suspendre des ponts entre les hommes. Jacques MANDELBAUM |
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