)))  FORTY SHADES OF BLUE
        
  de Ira SACHS                 

 

  • Drame - 2005 - États-Unis - durée: 1h47 (+56' de bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 22 Novembre 2006
    Editions MK2 - Collection Cinéma Découvertes
  • Prix de vente conseillé : 15,99€

SYNOPSIS

À Memphis, Tennessee, Alan et Laura forment un couple original, mais dont la passion semble pour le moins éteinte : producteur de légende, Alan est un des rares blancs à avoir produit de la soul dans les années 60. Beaucoup plus jeune et fraîchement débarquée de sa Russie natale, Laura passe l'essentiel de son temps à s'occuper de leur jeune fils, alors qu'Alan mène une vie très débridée.
Le jour où Michael, fils d'un premier mariage d'Alan, vient leur rendre visite, Laura découvre un nouveau regard sur elle-même. La présence de Michael va bouleverser l'équilibre trop établi de sa vie.

 
POINT DE VUE
   
Voici une œuvre qui se mérite. Forty Shades of blue est de ces films difficiles au premier abord mais qui finissent par nous envoûter peu à peu pour finalement nous cueillir littéralement à la toute fin. Deux choses en sont principalement responsables : l’interprétation et la construction du récit.
Dans un premier temps, on ne sait pas où le jeune cinéaste Ira Sachs souhaite nous entraîner avec son film. On y voit un couple qui choque tout de suite par sa différence. Lui, Alan est un homme dans la force de l’âge, apparemment (trop ?) sûr de lui et de son foyer. Elle, est son épouse Laura, belle jeune femme russe qui semble subir plus qu’elle ne partage la passion de son mari, en l’occurrence la musique (dont ce dernier avoue même que c’est la chose la plus importante à ses yeux, le reste ne comptant pas). Alan est interprété avec sobriété par Rip Torn, acteur rare que l’on a pu voir notamment dans l’étrange Homme qui venait d’ailleurs de Nicolas Roeg aux côtés de David Bowie, et plus récemment dans Marie Antoinette de Sofia Coppola. Le comédien nous livre ici une très bonne prestation, son personnage, aveugle à la solitude de sa femme, s’efface peu à peu pour se placer comme en retrait du récit, semblant vivre les choses de son côté en feignant d’ignorer la cassure qui progresse au sein de son couple.

Dans un premier temps, Laura nous est décrite comme un personnage éteint, belle femme un peu éthérée semblant être à la fois présente et ailleurs, ne vivant guère que pour Sam, le fils qu’elle a eu avec Alan. On la voit ainsi errer telle une âme perdue, aux côtés de son mari. Elle nous apparaît comme une sorte de Madame Bovary des temps modernes, jeune femme russe projetée dans l’univers de son mari dont elle ne comprend pas tous les codes et s’y plaçant plus en observatrice qu’en « actrice ». À l'image de ces quinquagénaires qui vont chercher des femmes en Russie, Laura a été choisie par un homme célibataire à la recherche - sans doute un peu artificielle - de l’âme sœur. Elle paraît enfermée dans une routine et un ennui qu’elle est la seule à ressentir, mais on voit bien que derrière tout cela, il y a un manque qui s’estompera dans la seconde partie du film avec l’arrivée de Michael, le premier fils de Alan d’un mariage précédent. On découvrira alors une toute autre Laura, s'illuminant à l'instant de la rencontre avec Michael. Ce changement subit et radical d’attitude chez le personnage de Laura, passant alors de l’ombre vers la lumière doit beaucoup à l’interprétation remarquable de la comédienne peu connue, Dina Korzun, qui insuffle à son personnage une grande complexité, faisant beaucoup pour la réussite de ce film.
Ainsi Michael et Laura sont deux êtres liés par la même préoccupation. Alan, se donnant corps et âme à la musique, est trop enfermé sur lui-même pour s’apercevoir de la souffrance de son fils et de la détresse de sa femme. Il est présenté comme un père peu aimant envers son fils et un mari détaché de sa femme.

Forty Shades of blue est une œuvre qui parle de l’enfermement des êtres, comme si les personnages s’étaient eux-mêmes construit leur propre prison. Pour Alan, c’est la musique, sa passion, qui le place presque en dehors du monde et de sa famille; il n'est véritablement lui-même qu’en présence d’une autre famille, celles des musiciens (à ce propos on découvre une galerie de «gueules» du milieu musical assez authentiques), ce dernier trompe même sa femme en flirtant avec l’une de ses choristes. Pour Michael, la prison est l’enfant qu’il attend avec sa femme, ce qui l’empêche de vivre pleinement son amour pour Laura; outre le fait qu’elle est en quelque sorte sa belle-mère, le film étant à la limite du thème de l’inceste. On finira par se demander si l’amour de Michael pour Laura est véritable, du moins suffisant pour abandonner son propre couple. Pour Laura, la prison est sa vie de femme américaine fabriquée, qu'elle tente de mener avec son mari et leur jeune fils. Sa condition est celle de nombreuses jeunes femmes russes; elle semblera vouloir s’en évader dans une très belle scène charnelle au cours de laquelle elle s’abandonne complètement dans les bras de Michael. Rarement une scène de sexe aura été synonyme d’une telle libération; d'autant qu'elle contraste avec la scène beaucoup plus froide et détachée du mari peinant à offrir à sa femme un plaisir que de toute manière elle semble vouloir refuser. Et l’on découvre alors le fossé qui s’est creusé chez ce couple dysharmonieux.

Même s’il est porté par un sujet fort, Forty Shade of blue n’en est pas pour autant un film abouti. Certains passages semblent inutiles ou plaqués (comme les répétitions avec les musiciens), brisant hélas la fluidité de l’ensemble. Le reste du métrage est servi par un excellent thème musical planant et empreint d’émotion, thème collant parfaitement aux errances et doutes de Laura. Le jeune réalisateur Ira Sachs, visiblement sous influence du cinéma de John Cassavetes, filme tout cela avec une grande sensibilité en réservant de longs moments de contemplation au cours duquel le personnage de Laura semble s’échapper littéralement du monde. On la suit alors, errant seule comme dans cette scène superbe où elle quitte une réception donnée en l’honneur de son mari, pour arpenter des couloirs et des ruelles vides. L'éclairage et le cadre l’enfermant encore davantage pour nous dévoiler une poignante détresse qui éclatera dans la superbe scène finale, comme un élan libérateur de tout le reste, mais tardif, car les jeux sont faits, chacun étant prisonnier de sa propre vie.

Proche du cinéma de Sofia Coppola dans son approche de la solitude des êtres, Forty Shades of blue, s’il ne révolutionne pas le cinéma indépendant américain et ce malgré son Grand Prix du Jury au Festival de Sundance, s’avère être une excellente surprise.



Thierry Carteret

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Grand Prix du Jury - Festival du Film de Sundance 2005
    Sélection Officielle - Festival du Film de Berlin 2005
    Sélection Officielle - Festival du Film Américain de Deauville 2005


    Sortie en salle : 7 Décembre 2005
    Réalisation
    : Ira Sachs
    Scénario : Michael Rohatyn, Ira Sachs

    Avec:
    Alan : Rip Torn
    Laura : Dina Korzun
    Michael : Darren Burrows
    Lonni : Paprika Steen
    Duigan : Red West
    Celia : Jenny O'Hara
    Shel : Jerry Chipman
    Sam : Andrew Henderson
    April : Emily Mckenna Cox
    Cindy : Liz Morton
    Betty : Joanne Pankow

    Produit par : Margot Bridger, Ira Sachs, Mary Bing, Jawal Nga, Donald Rosenfeld
    Producteurs exécutifs : Geoff Stier, Diane Von Furstenberg
    Directeur de la Photographie : Julian Whatley
    Montage : Affonso Gonçalves
    Costumes : Eric Daman
    Musique Originale de : Dickon Hinchliffe
    Musique : Susan Jacobs
    Chef Opérateur son : Antonio Arroyo
    Distributeur : Ad Vitam
    Editeur DVD
    : MK2 Editions


  •  LE DVD
    DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs - Interdit au moins de 12 ans
    Durée du film: 105'
    Durée du DVD: 162'

    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Image: 1,85
    Son: VO anglaise Stéréo et 5.1

    Sous-titres:
    Français

    Menus: Français


  • BONUS  (56')

    *Making of, de Justin Whiteman (15')
    Davantage une galerie d’interviews du réalisateur, des comédiens et de l’ensemble de la production qu’un véritable making of (mis à part quelques brefs extraits du tournage pris sur le vif). Assez intéressant, nous éclairant surtout sur la volonté farouche du réalisateur de réaliser ce film depuis longtemps et ses difficultés pour monter un projet indépendant dans le contexte de la production actuelle. TC
      


    * Get it while you can: My father in Moscow
    , court-métrage (29')
    Documentaire de 29 minutes sur le père du réalisateur Ira Sachs, tourné à Moscou et visiblement sans grands moyens au vu du filmage DV un peu brouillon. Instructif sur le fait que le vieil homme semble avoir été, d’une certaine manière, une source d’inspiration pour son fils, principalement dans le fait qu’on le voit recruter de jeunes pianistes russes dans le but de les produire aux Etats-Unis. TC
      


    *
    Bande-annonces de la collection Cinéma Découvertes (12')


BIO - FILMOGRAPHIE DE IRA SACHS

Né à Memphis en 1965, Ira Sachs réalise de nombreux courts métrages au début des années 90. En 1997, il écrit et met en scène son premier film, « The Delta », présenté notamment aux festivals de Sundance, Toronto et Rotterdam. « Forty Shades of Blue », dont il co-signe le scénario, est son deuxième long métrage.

FILMO

2005 FORTY SHADES OF BLUE

1994 THE DELTA

(sources: extrait du Dossier de presse)

 

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