)))  SUNDAY BLOODY SUNDAY
         de John SCHLESINGER

 

  • Amour tortueux - 1971 - 1H41 - Royaume-Uni
  • Sortie à la Vente en DVD en avril 2009
  • Éditions Doriane
SYNOPSIS
Alex, ravissante jeune divorcée, et Daniel, médecin quinquagénaire, partagent les faveurs de Bob Elkin, jeune artiste londonien bisexuel. Quand il n’est pas en compagnie d’Alex, Bob se glisse dans le lit de Daniel.
Par peur de perdre leur Apollon, Alex et Daniel préfèrent tolérer ce Vaudeville – quitte à en souffrir. Car aucun d’entre eux n’aura jamais la préférence du jeune bohême insouciant. Avec la crise économique des années 70 en toile de fond, dans un Londres brumeux...

POINT DE VUE

Sunday Bloody Sunday est un film sur la mésentente, les apparences et les malentendus aussi commençons par en dissiper un, souvent répandu. Le sixième long métrage de l’anglais John Schlesinger, sorti en 1971, n’est aucunement l’inspiration des Irlandais de U2 pour leur hymne éponyme, sorti en février 1983. Sunday Bloody Sunday ne traite donc point des évènements du 30 janvier 1972 qui ont mené, en Irlande du Nord, à la mort de 13 manifestants… comme c’est par contre le cas de l’intense Bloody Sunday (2001) de Paul Greengrass qui réalisera ensuite les deux derniers volets de la trilogie Bourne et le plus dispensable United 93.


Il n’est point question de politique dans Sunday Bloody Sunday, si ce n’est de politique amoureuse. John Schlesinger offre un des films les plus étranges qu’il soit sur le sentiment amoureux. Je me dois donc d’un avertissement : comme ce qu’il dit est désagréable à entendre le film est lui-même pas agréable ou facile à recevoir…

Sunday Bloody Sunday est tout simplement un film d’amour tortueux et comme beaucoup de films compliqués dans leur forme ce n’est qu’une façade pour cacher un propos simple mais pas simpliste. Daniel (Peter Finch), un docteur d’une cinquantaine d’années se renseigne constamment auprès de son service téléphonique s’il a des messages… Alex (Glenda Jackson), une séduisante femme à la trentaine rayonnante fait de même… Ils n’ont que des messages sans intérêt et attendent tous deux un appel urgent. Il faudra un certain temps pour comprendre que les deux attendent des nouvelles de leur amant commun, Bob, un jeune artiste éphèbe interprété par Murray Head qui va des bras de l’un vers l’autre sans se poser la moindre question. Nous ne sommes pas loin du mystérieux visiteur de Théorème (1968) de P.P.Pasolini interprété par Terence Stamp qui séduit toute la famille et repart en la transformant à tout jamais tel un prophète moderne. Chez Schlesinger aussi, cet amant de passage n’est véritablement avec personne et paradoxalement avec tout le monde à la fois : l’amour semble apparemment présent mais véritablement absent partout à la fois !


Sunday Bloody Sunday avait marqué la critique par sa virtuosité et les âmes sensibles de l’époque en montrant le premier baiser homosexuel dans un film qui sera nommé aux Oscars… Depuis, le film est devenu relativement invisible ou oublié sans doute parce qu’il s’insère entre les deux chefs d’œuvre de son auteur. D’une part son film de la reconnaissance mondiale grâce à ses Oscar du « Meilleur film » et celui du « Meilleur réalisateur », Macadam Cowboy (Midnight Cowboy-1969) où deux êtres que tout oppose se détruisent à petit feu en vivant une amitié amoureuse plus que vampirique. D’autre part Marathon Man (1976) toujours avec Dustin Hoffmann, un marathonien qui ne pourra jamais gagner sa course car il court contre lui-même ou plutôt contre son passé… Marathon Man se veut plus politique et fait partie de ses grandes œuvres paranoïaques qui suivirent, aux U.S.A., les évènements du Watergate. Mais John Schlesinger y tient le même discours radical et désabusé sur l’amitié, l’amour, voire même la simple coexistence : elle mène à la mort morale ou physique ! Un film donc très sombre.


Sunday Bloody Sunday a une réputation de film gay (rétrospectivement il est clair que c’est la clé de voûte de son œuvre) mais ce n’est absolument pas seulement un film sur l’amour homosexuel mais plutôt une oeuvre sur la folie amoureuse qui peut rendre l’un, esclave de l’autre ou pousser l’autre à se perdre. D’ailleurs quand Bob disparaît aussi simplement qu’il est arrivé dans leurs vies, les deux protagonistes sont sans doute seuls mais ils vivent enfin ! La narration complexe (on suit deux parcours apparemment disjoints) flirte avec la beauté enivrante d’un Jean-Luc Godard et en tout cas une liberté cinématographique typique des années 70. Les incompréhensions dues aux va-et-vient entre ses personnages que rien ne semble relier (à part leurs obsessions) n’étant là que pour montrer que la quête d’amour ne peut mener qu’à la folie. Une folie qui est annoncée par la forme cyclique du film avec ses répétitions, d’actions, des travellings circulaires, etc. jusqu’aux œuvres créées par Bob –le centre du film et le jeune artiste qui obsède les protagonistes- qui tente de donner forme au mouvement sans fin. Un mouvement qui na pas de fin et donc pas d’utilité ou de sens !


Un pessimisme qui noie les personnages jusqu’à un épilogue déroutant mais tellement beau. Une fin superbe de simplicité. Daniel avait prévu des vacances en Italie avec Bob… Une fois abandonné, il continue de suivre des leçons d’italien sur un électrophone, à la maison. Il répète sans y croire les phrases emplies de clichés (aller au restaurant avec sa femme…). Il ne correspond pas à ses clichés mais il les répète comme pour se prouver qu’il n’est pas si différent… Soudain, il pose son livre et se retourne vers la caméra : « Au diable le conditionnel ! Quand on est à l’école et qu’on veut arrêter, les gens disent : tu vas détester le monde du travail. Je ne les ai pas cru et j’ai eu raison. Quand j’étais enfant, j’avais hâte d’être adulte. On dit que l’enfance est la plus belle période de la vie, mais c’est faux. Et maintenant, je veux être auprès de lui et on me dit : Si c’est tout ce qu’il a à t’offrir, tu es mieux sans lui. Et je réponds : « Je sais ça. Mais il me manque, c’est tout. Et on me dit : Il ne t’a jamais rendu heureux, et je réponds : « Mais je suis heureux. C’est juste qu’il me manque. » (…) Toute ma vie, j’ai cherché quelqu’un de courageux, de débrouillard. Il ne l’est pas. Mais il a quelque chose. Nous étions quelque chose. »


Quand Daniel refuse le temps conditionnel, il faut comprendre qu’il refuse l’incertitude liée à l’amour. Il est en quête de certitudes ! Il ne veut pas être raisonnable, suivre les règles de la grammaire… ou de la société… ou de la logique. Il ose simplement dire que c’est lui, Daniel, qu’il aime à travers Bob. Que l’amour donne du plaisir mais son absence aussi –voire, surtout !


Nachiketas Wignesan


 

 

 

 



 
FICHE TECHNIQUE

 

  • LE FILM

Prix BAFTA du Meilleur film anglais, de la meilleure réalisation pour John Schlesinger et de la meilleure actrice pour Glenda Jackson. Golden Globe du meilleur film étranger.
Titre français : Un dimanche comme les autres
Réalisation
: John Schlesinger
Scénario : Penelope Gilliatt et David Sherwin
Musique : Ron Geesin
Photographie : Billy Williams
Montage : Richard Marden
Décors : Luciana Arrighi
Costumes : Jocelyn Rickards

Casting:
* Peter Finch : Dr. Daniel Hirsh
* Glenda Jackson : Alex Greville
* Murray Head : Bob Elkin
* Peggy Ashcroft : Mrs. Greville
* Tony Britton : George Harding
* Maurice Denham : Mr. Greville
* Bessie Love : L'opératrice téléphonique
* Vivian Pickles : Alva Hodson
* Frank Windsor : Bill Hodson


  • FICHE TECHNIQUE
    PAL - Couleurs
    Format image : 1,66
    Ecran : 4/3
    Version originale sous-titrée en français



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