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| SYNOPSIS | ||||
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| POINT DE VUE | ||||
| Pour
de multiples raisons on a raison de voir en The Killers (Les
Tueurs-1946) de Robert Siodmak un classique du cinéma américain
et en particulier du film noir dont il participera à édicter
les codes esthétiques. Cependant, il faut aussi oser admettre
que c’est un grand film bancal –et cela participe peut-être
même de son charme étrange… Un film qui a l’audace
d’offrir un incipit si angoissant et si intrigant que tout ce
qui suivra ne pourra être aussi excitant. Non pas que la suite
soit médiocre mais que réellement le début est
un des plus puissants de l’Histoire du cinéma ! Le titre original du film est exactement Ernest Hemingway’s The Killers soit : Les Tueurs d’Ernest Hemingway puisque le film s’annonce comme une adaptation de la très courte nouvelle du futur Prix Nobel (il le recevra en 1954) mais qui est déjà une star à l’époque. Il deviendra l’écrivain américain du désespoir nonchalant grâce à des succès tels que Le Soleil se lève aussi (The Sun Also Rises-1926), L’Adieu aux armes (A Farewell to Arms-1929), Les Neiges du Kilimandjaro (The Snows of Kilimanjaro-1935), En avoir ou pas (To Have and to Have Not-1936), Pour qui sonne le glas (For Whom Bell Tolls-1940) qui donneront autant d’adaptations cinématographiques qui contribueront chacune à l’installation du classicisme hollywoodien. Cette nouvelle d’à peine huit pages ne représente que le tout début du film soit les douze premières minutes qui vont hanter tout le film : Qui sont les tueurs éponymes ? Pourquoi ont-ils tué « le Suédois » ? Pourquoi ce dernier semble-t-il attendre la mort comme une délivrance ? Pourquoi refuse-t-il de fuir devant ses tueurs alors qu’il en a encore le temps ? Le tout baignant dans la sécheresse esthétique inspirée de l’expressionnisme allemand que d’autres réalisateurs immigrés tels que Billy Wilder, Fritz Lang, Otto Preminger… apporteront à Hollywood et que l’on appellera plus tard le film noir. Robert Siodmak et ses scénaristes (le générique n’annonce qu’Anthony Veiller qui sera nommé à l’Oscar, mais il faut rajouter Richard Brooks et surtout John Huston qui ne furent pas crédités car associés à l’époque à des studios concurrents) explorent les conséquences de ce début terrifiant et fracassant en suivant l’enquête improbable d’un assureur-vie, interprété par le falot James Reardon (Edmond O’Brien) qui s’entiche de rencontrer, une à une les connaissances passées de la victime. Difficile de ne pas y voir un hommage certain à un chef-d’œuvre du film noir, sorti deux ans plus tôt, Double Indemnity (Assurance sur la Mort) de Billy Wilder où Fred McMurray, un assureur-vie était aussi le pivot de l’intrigue, mais surtout sa construction en onze flashbacks indépendants convoque le spectre encombrant de l’incontournable Citizen Kane d’Orson Welles - sorti cinq années plus tôt, en 1941. Évidemment, face à ces deux modèles indépassables Les Tueurs ne fait pas complètement le poids. Et pourtant ce film laissera une trace indélébile chez les cinéphiles. Les Tueurs sera dès sa sortie un véritable succès au box-office. Au-delà des entrées en salles et des quatre nominations pour l’Oscar de «Meilleur réalisateur», «Meilleur Montage», «Meilleur scénario» et «Meilleure Musique» que Les Tueurs ne remporta pas, il existe d’autres preuves de sa popularité et longévité dans l’esprit des spectateurs… et donc de son importance dans l’Histoire du cinéma. Il fera l’objet d’un remake violent en 1964, À bout portant (The Killers) par Don Siegel avec Lee Marvin, John Cassavetes, Angie Dickinson et Ronald Reagan, et inspirera aussi le premier film d’étude co-réalisé par Andreï Tarkovski en 1956. Plus récemment, Carl Reiner l’utilisera comme squelette de son film hommage au film noir, Les Cadavres ne portent pas de costard (Dead Men Don’t Wear Plaids-1982). Ce film hilarant est composé en grande partie d’extraits de films de ce genre des années quarante remontés entre eux avec des scènes contemporaines burlesques. Ce film improbable débute avec le meurtre du Suédois et la quête de l’assassin par Steve Martin dans le rôle d’un enquêteur très bogartien… Le succès ou la postérité des Tueurs n’est pas seulement à mettre sur le compte de l’aura d’Hemingway (qui par ailleurs avoua que ce fut la meilleure adaptation d’une de ses œuvres) mais aussi sur la réputation de son réalisateur, Robert Siodmak, qui avait explosé avec ses productions précédentes (comme Phantom Lady ou The Spiral Staircase, déjà des films noirs qui firent date) qui lui avaient permis, à sa grande fierté, de voir son salaire passer de 200$ à 1000$ par semaine, ce qui faisait de lui officiellement un des grands d’Hollywood… Avec Les Tueurs, Siodmak contribue à rendre une force visuelle et plastique parfois oubliée avec l’apparition du son une dizaine d’années plus tôt. On ne parle que peu ici et souvent les dialogues apportent moins que la contemplation de cette photographie qui touche parfois à l’eau forte –une vision cauchemardesque. Une ville où le soleil ne semble jamais briller et plonge les spectateurs dans une nuit presque continuelle. Des ombres qui semblent vouloir gober toute trace de lumière ou d’espoir. Des décors qui avalent les corps pour n’en rendre que des ombres tordues… Siodmak et ses scénaristes iront à l’encontre des habitudes narratives et thématiques. Ainsi, il n’y a pas vraiment de héros puisque mort au début du film. On apprend à connaître le Suédois grâce à des témoignages dissonants glanés au fil des flashbacks –nul besoin de rappeler ici que Citizen Kane fut construit à partir du même moule mais peu l’avaient vu à sa sortie sabordée de 1941… Tout comme Kane, le héros, le Suédois, est insaisissable d’autant qu’il a deux identités, Pete Lunn ou Ole Anderson, un homme aimable et d’autres fois, un vaurien… D’ailleurs est-il nécessaire d’essayer de le comprendre ou de le connaître tant la mise en scène nous dit et nous répète que c’est un homme mort : souvent figé, prostré, avalé par la nuit ou la pénombre, continuellement allongé sur un lit ou sur un ring de boxe –c’est avant tout un loser, un de ces premiers anti-héros qu osent désacraliser le mythe du héros hollywoodien et de l’Amérique où n’importe qui peut réussir s’il s’en donne la peine. Ici le héros ne veut tout simplement pas vivre –exister. Les tueurs offre aussi un nouveau visage à Hollywood puisque son anti-héros est interprété par un inconnu : Burt Lancaster âgé de 32 ans pour son premier rôle au cinéma. Les Tueurs lança de façon éclatante son immense carrière à venir : environ 80 films de cinéma entre 1946 et 1989. Parallèlement Les Tueurs dévoile une des actrices qui incarnera le glamour et la beauté vénéneuse de la femme fatale la décennie suivante, une Ava Gardner éternelle débutante et encore inconnue à 23 ans alors qu’elle tentait de trouver le rôle idéal depuis cinq ans. Pourquoi avoir alors débuté par l’expression de « grand film bancal » comme si cela devait être un mérite exceptionnel ? Contrairement aux films classiques ou traditionnels où l’intrigue se ficelle bien à la fin afin de laisser le spectateur en paix avec le film qu’il vient de voir, Les Tueurs reste sans véritable réponse aux questions qu'il soulève. Certes, dans un dénouement trop rapide pour être sérieux, le spectateur se voit bombardé d’informations et doit comprendre que notre héros fut le jeu d’un complot et d’une manipulation qui explique son assassinat. Mais comment expliquer réellement le nihilisme du personnage interprété par Burt Lancaster ? Son désespoir de vivre qui fait froid dans le dos cache quelque chose qui touche au métaphysique. Comment le héros de cet anti-film ose-t-il se laisser tuer (donc nous laisser mourir) dès le début ?! Mais ce qui est encore plus violent -voire insupportable- c’est que cette mort qui intervient après douze minutes de film est pourtant annoncée dès les premières secondes et nous apprendrons, de gré ou de force, à nous habituer à l’idée de la mort… Premier plan pré-générique, vision nocturne depuis l’habitacle d’une voiture qui fonce sur une route la nuit accompagnée des accords hypnotiques de Miklos Rosza (qui composa également la musique de Assurance sur la mort de Billy Wilder) qui reviendront par variante à travers le film. Les deux ombres des occupants sont comme des oiseaux maléfiques qui vont fondre sur une proie invisible. Ils viennent se poser dans un dinner typiquement américain. Ils commandent à dîner tout en palabrant ironiquement sans fin. Discussion logorrhéique sur la nourriture qui emplit le vide de l’espace. Et soudain ils sortent leurs armes… Comment ne pas penser au début de Pulp Fiction (1994) de Quentin Tarantino qui reste suspendu jusqu’à la fin du film deux bonnes heures plus tard –ce qui est aussi le cas de The Killers. De même, les deux films sont constitués de flashbacks qui renvoient une vision perturbée du temps et de l’espace… Plus tard, l’un des témoins de l’arrivée des tueurs pour assassiner le Suédois fuit l’avertir. Il refuse de bouger de son lit et attend la venue de la mort. C’est un cadavre qui n’attend plus qu’on le recouvre d’un drap… Son visage se tourne face à la porte comme s’il regardait la mort dans les yeux. La porte s’ouvre et les tueurs déchirent l’obscurité de tirs fournis. Des coups de feu qui résonneront jusque dans la scène finale. Nachiketas Wignesan |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| BANDE ANNONCE US D'ÉPOQUE | ||||
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| Courte
liste chronologique et subjective de grands Films Noirs américains |
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Les prémices du Film Noir 1940 Rebecca (Alfred Hitchcock) Stranger on the Third Floor (Boris Ingster) 1941 Citizen Kane (Orson Welles) High Sierra – La Grande Evasion (Raoul Walsh) The Maltese Falcon – Le Faucon Maltais (John Huston) Suspicion – Soupçons (Alfred Hitchcock) 1942 Casablanca (Michael Curtiz) The Falcon Takes Over (Irving Reis) The Glass Key – La Clé de verre (Stuart Heisler) This Gun for Hire – Tueur à gage (Frank Tuttle) 1943 Shadow of a Doubt (Alfred Hitchcock) Le Film Noir « officiel » 1944 Double Indemnity – Assurance sur la Mort (Billy Wilder) Laura (Otto Preminger) Murder, My Sweet – Adieu ma belle (Edward Dmytryk) Gaslight – Hantise (George Cuckor) The Woman in the Window – La femme au portrait (Fritz Lang) Phantom Lady – Les Mains qui tuent (Robert Siodmak) To Have and To Have Not – Le Port de l’Angoisse (Howard Hawks) 1945 Cornered (Edward Dmytryk) Detour (Edgar Ulmer) The House on 92nd Street – La Maison de la 92ème rue (Henry Hathaway) Mildred Pierce – Le Roman de Mildred Pierce (Michael Curtiz) Scarlet Street – La Rue Rouge (Fritz Lang) Spellbound - La Maison du Docteur Edwardes (Alfred Hitchcock) 1946 The Big Sleep – Le Grand Sommeil (Howard Hawks) The Black Angel – L’Ange noir (Roy William Neill) The Blue Dahlia – Le Dahlia Bleu (George Marshall) The Dark Corner – L’Impasse Tragique (Henry Hathaway) The Lady in the Lake – La Dame du Lac (Robert Montgomery) Gilda (Charles Vidor) The Killers – Les Tueurs (Robert Siodmak) Leave Her to Heaven – Péché Mortel (John M. Stahl) Notorious – Les Enchaînés (Alfred Hitchcock) The Postman Always Rings Twice – Le Facteur sonne toujours deux fois (Tay Garnett) So Dark the Night (Joseph H. Lewis) Somewhere in the Night – Quelque Part dans la Nuit (Joseph L. Mankiewicz) The Strange Love of Martha Ivers – L’Emprise du crime (Lewis Milestone) The Stranger – Le Criminel (Orson Welles) 1947 Born to Kill (Robert Wise) Dark Passage –Les Passagers de la nuit (Delmer Daves) Brute Force – Les Démons de la Liberté (Jules Dassin) Crossfire – Feux Croisés (Edward Dmytryk) Dead Reckoning – En Marge de l’enquête (John Cromwell) Kiss of Death – Le Carrefour de la Mort (Henry Hathaway) Out of the Past –L’Empreinte du passé/ La Griffe du passé Pendez-les haut et court (Jacques Tourneur) Possessed – Possédée (Curtis Bernhardt) Pursued – La Vallée de la Peur (Raoul Walsh) Red House (Delmer Daves) Ride the Pink Horse – Et Tournent les chevaux de bois (Robert Montgomery) 1948 The Big Clock – La Grande Horloge (John Farrow) Call Northside 777 – Appelez Nord 777 (Henry Hathaway) Cry of the City – La Proie (Robert Siodmak) Force of Evil –L’enfer de la corruption (Abraham Polonsky) The Guilty (John Reinhardt) He Walked by Night – Il Marche dans la nuit (Alfred L. Werker) Key Largo (John Huston) The Lady From Shanghai – La Dame de Shanghai (Orson Welles) The Naked City – La cité sans voiles (Jules Dassin) Sorry, Wrong Number – Raccrochez c’est une erreur (Anatole Litvak) 1949 Criss Cross – Pour toi j’ai tué (Robert Siodmak) D.O.A. – Mort à l’arrivée (Rudolph Maté) The Reckless Moment (Max Ophüls) The Set-Up – Nous avons gagné ce soir (Robert Wise) The Third Man – Le Troisième homme (Carol Reed) They Live by Night – Les Amants de la Nuit (Nicholas Ray) White Heat – L’Enfer est à lui (Raoul Walsh) 1950 The Asphalt Jungle – Quand la ville dort (John Huston) Dark City – La Main qui venge (William Dieterle) In A Lonely Place – Le Violent (Nicholas Ray) Night and the City – Les Forbans de la Nuit (Jules Dassin) Sunset Bld. - Sunset Boulevard (Billy Wilder) 1951 The Racket (John Cromwell) Roadblock (Harold Daniels) Strangers on a Train – L’Inconnu du Nord-Express (Alfred Hitchcock) 1952 The Captive City (Robert Wise) 1953 The Blue Gardenia – La Femme au Gardénia (Fritz Lang) Niagara (Henry Hathaway) Pickup on South Street – Le Port de la Drogue (Samuel fuller) The Big Heat – Réglement de comptes (Fritz Lang) 1954 Human Desire – Désirs Humains (Fritz Lang) Suddenly – Je dois tuer (Lewis Allen) 1955 Kiss Me Deadly – En Quatrième vitesse (Robert Aldrich) The Big Combo – Association criminelle (Joseph H. Lewis) Night of the Hunter - La Nuit du chasseur (Charles Laughton) The Desperate Hours – La Maison des Otages (William Wyler) Fin du film noir… 1956 The Wrong Man –Le Faux Coupable (Alfred Hitchcock) Beyond a Reasonable Doubt (Fritz Lang) The Killing – L’Ultime Razzia (Stanley Kubrick) While the City Sleeps – La cinquième victime (Fritz Lang) 1958 Touch of Evil – La Soif du Mal (Orson Welles) Vertigo - Sueurs Froides (Alfred Hitchcock) |
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| A U T R E S F I L M S D E S I O D M A K & F I L M S N O I R S | ||||
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