NO ROOM FOR THE GROOM

QUI A DONC VU MA BELLE ?

de Douglas SIRK

 

  • COFFRET DOUBLE DVD
  • 1952 - Etats-Unis
  • Sortie à la Vente en DVD le 9 Juillet 2008
    Éditions Carlotta
POINT DE VUE
Deux comédies signées Douglas Sirk : c’est peu dire que nous n’attendions pas le maître du mélodrame sur ce terrain ! Ces deux petites pépites tournées en 1952 pour la Universal ne bénéficient d’ailleurs pas d’une très bonne réputation (voir la notule lapidaire sur No room for the groom dans le Guide des films de Jean Tulard) et le cinéaste lui-même ne semblait pas tenir en haute estime ces aimables divertissements.

Pour ma part, j’ai trouvé ces comédies absolument délicieuses (même si No room for the groom ne vaut pas Qui donc a vu ma belle ?) et il me paraît aussi aberrant de s’en passer que de refuser une coupe de champagne pétillante. De plus, sous leurs allures allègres et légères, ces films annoncent déjà les thèmes et motifs des mélodrames magistraux que tournera Sirk par la suite.

No room for the groom est entièrement construit autour de l’inassouvissement du désir parfaitement légitime d’un mari (Tony Curtis, plus charismatique que Rock Hudson) pour sa jeune et fraîche épouse (Piper Laurie, qui sera des années plus tard la mère psychopathe de Carrie dans le film éponyme de Brian De Palma). Ca commence très mal dès la nuit de noces puisque Alvah contracte la varicelle. Appelé sous les drapeaux, il ne revoit sa dulcinée que dix mois plus tard et constate avec dépit que toute sa famille a envahi la maison conjugale. Une telle promiscuité n’est pas pour favoriser les plus tendres liens, d’autant plus que Lee n’a pas annoncé son mariage à une mère qui souhaite la voir convoler avec le richissime entrepreneur du coin…

Par sa manière de reconduire sans arrêt un acte toujours manqué, No room for the groom s’apparente aux grandes comédies (toutes proportions gardées !) de la frustration, que ce soit le génial Allez coucher ailleurs d’Howard Hawks (où Cary Grant voyait également sa lune de miel sans cesse différée) ou, dans un tout autre genre, Le charme discret de la bourgeoisie de Buñuel (et son repas sans cesse reporté).
Comment coucher ensemble ? Tel est le problème que va tenter de résoudre notre petit couple. Et Douglas Sirk de s’amuser comme un petit fou à parsemer son film de symboles explicites (ce bouchon de champagne qui saute dans les mains de Tony Curtis lors de leur première nuit passée dans une chambre d’hôtel, métaphore évidente d’un désir qu’il ne peut plus contenir) ou de sous-entendus scabreux (mais nous sommes en plein classicisme hollywoodien et le film est dépourvu du moindre soupçon de vulgarité). Le ressort comique du film naît de tous les obstacles que le cinéaste se plait à imaginer pour séparer les amants, de l’odieux petit gamin qui fait tourner en bourrique Tony Curtis à tous ces cousins, oncles et tantes qui se retrouvent toujours sur leur chemin.

Cette humble famille américaine que Sirk regarde avec une bonhomie amusée, on la retrouve dans Qui donc a vu ma belle ? et elle rappelle un peu celle que Capra filmait dans Vous ne l’emporterez pas avec vous. Dans les deux cas, on retrouve une mère qui couve sa fille et la pousse, par vénalité, à fréquenter les riches héritiers de la ville plutôt que le garçon qu’elle aime vraiment (c’est à chaque fois la ravissante Piper Laurie qui joue les demoiselles entichées de Tony Curtis ou de Rock Hudson). Ce caractère destructeur de l’argent qui pousse à l’ambition et fait renier l’amour véritable est un des thèmes que l’on retrouvera dans les mélodrames du cinéaste, particulièrement dans Mirage de la vie où Lana Turner cède aux mirages des paillettes et oublie de voir grandir sa fille.

Déjà dans ses comédies, le cinéaste affiche sa prédilection pour les miroirs qui désignent parfaitement la dualité de l’existence de personnages désireux de s’élever socialement quitte à se perdre dans de fallacieux reflets.
Dans Qui donc a vu ma belle ?, l’excellent Charles Coburn incarne un milliardaire atrabilaire (il y a du WC Fields dans ce personnage ronchon, volontiers porté sur l’alcool et les cigares alors qu’il est suivi par un médecin) qui offre sa fortune en héritage à une famille qui aurait pu être la sienne (il a failli épouser, autrefois, la grand-mère décédée). En leur apportant dans un premier temps la somme de 100.000 dollars, il libère les mauvais instincts des parents qui décident de vivre comme les notables de la ville et sacrifient tout au culte de l’apparence.

Qui donc a vu ma belle ? est une satire corrosive des mœurs américaines et, en particulier, de la haute société uniquement préoccupée par l’argent et les convenances sociales (la mère achète deux caniches particulièrement hideux et se met au tango !). Cette arrivée soudaine d’argent cristallise les conflits de classe et permet à la mère d’évincer le trop « modeste » (pour sa fille) Rock Hudson.
À ce moment, le film évoque une sorte de pendant joyeux à Tout ce que le ciel permet. Sirk raille avec une certaine verve l’hypocrisie des notables (voir ce passage où le débonnaire Coburn est soupçonné d’avoir une liaison avec celle qui pourrait être sa petite-fille) et le pouvoir dévastateur de l’argent. L’amour finira bien par triompher mais il aura fallu une nouvelle intervention du deus ex machina de l’histoire (Pierre Berthomieu a raison de souligner les similitudes des rôles de Charles Coburn et de celui que tient Otto Kruger comme peintre dans Le secret magnifique) pour que la vérité soit dévoilée et l’argent conspué.

Si les thèmes de ces deux films annoncent ceux des mélodrames, Douglas Sirk les traite ici avec truculence et se permet des choses qu’il n’oserait peut-être pas dans ses films majeurs. Dans ses comédies, on n’hésite pas à donner des coups de pied aux culs des fâcheux (du grippe-sou qui tient le bar dans Qui donc vu ma belle ? à l’infâme garnement de No room for the groom) et l’on peut railler plus directement les normes sociales. Les scénarii sont traités avec une infinie légèreté (pas la moindre mauvaise graisse dans ces films qui font moins de 90 minutes) et Sirk a parfois même recours à la musique et à la danse (quelques chansons et des charlestons endiablés dans Qui donc a vu ma belle ?) pour agrémenter le tout.

Pourtant, le style du réalisateur ne pâtit aucunement de cette incursion dans le genre. Si No room for the groom est sans doute un film mineur, Qui donc a vu ma belle? est une oeuvre assez admirable (sauf erreur, le premier film en couleurs de Sirk) où s’affirme déjà la grandeur de son style unique et sa palette colorée (je vous renvoie au bonus très savant de Pierre Berthomieu).
Pas de raison de bouder son plaisir devant ces deux comédies dont l’une (Qui donc a vu ma belle ?) nous réserve une jolie surprise puisque nous aurons l’occasion d’y voir, le temps d’une courte scène où il commande une glace, un jeune homme promis à un destin fulgurant. Ce jeune homme, c’est James Dean…

Vincent Roussel



 

 

 

 


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NO ROOM FOR THE GROOM

SYNOPSIS

Alvah, une jeune soldat qui possède un vignoble, s'enfuit à Las Vegas avec Lee, la fille de sa nourrice. Mais la varicelle d'Alvah retarde la nuit de noce. En outre, la mère de lee, une femme manipulatrice, fait tout, de son côté, pour que les deux jeunes époux consomment leur mariage le plus tard possible...

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    1952 - Etats-Unis - 1h19
    Réalisation :Douglas Sirk
    Scénario: Joseph Hoffman, Darwin L. Teilhet
    Musique:
    Frank Skinner
    Photo
    : Clifford Stine
    Montage: Russell F. Schoengarth

    Avec:
    Tony Curtis ... Alvah Morrell
    Piper Laurie ... Lee Kingshead
    Don DeFore ... Herman Strouple
    Spring Byington ... Mama Kingshead
    Lillian Bronson ... Aunt Elsa
    Paul McVey ... Dr. Trotter
    Alden 'Stephen' Chase ... Mr. Taylor
    Lee Aaker ... Donovan
    Jack Kelly ... Will Stubbins
    Frank Sully ... Cousin Luke
QUI A DONC VU MA BELLE ?
SYNOPSIS
Samuel Fulton est riche mais n'a pas de famille. Il décide de léguer ses biens à la famille de son premier amour qui a refusé de lui donner la main de sa fille parce qu'il était pauvre. Mais avant de leur laisser sa fortune, il souhaite les tester. Pour ce faire, il loue une chambre dans leur maison et décroche un emploi dans la boutique du père et il envoie anonymement 100.000 dollars à la famille. Harriet Blaisdell décide de déménager avec sa famille dans un manoir et projette de marier sa fille Millicent à un homme qui a une bonne situation, plutôt qu'à Dan, son idiot de petit ami. L'argent leur monte à la tête et ils sont rapidement complètement fauchés. Ils sont vite obligés de retourner dans leur ancienne maison et de retrouver leurs vieilles habitudes. Le père retourne travailler dans son magasin et Millicent est fiancée à Dan. Lorsqu'ils semblent tous heureux, Fulton, espérant qu'ils aient compris la leçon, quitte la famille.
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    1952 - Etats-Unis - 1h25
    Titre original : Has Anybody Seen My Gal ?
    Réalisation :Douglas Sirk
    Scénario: Joseph Hoffman, Eleanor H. Porter
    Musique:
    Henry Mancini , Herman Stein
    Photo
    : Clifford Stine
    Montage: Russell F. Schoengarth

    Avec:
    Piper Laurie ... Millicent Blaisdell
    Rock Hudson ... Dan Stebbins
    Charles Coburn ... Samuel Fulton aka John Smith
    Gigi Perreau ... Roberta Blaisdell
    Lynn Bari ... Harriet Blaisdell
    Larry Gates ... Charles Blaisdell
    William Reynolds ... Howard Blaisdell
    Skip Homeier ... Carl Pennock
    Paul Harvey ... Judge Wilkins
    Frank Ferguson ... Edward Norton
    Forrest Lewis ... Martin Quinn
    Gloria Holden ... Mrs. Pennock


  • BONUS

    Sur No room for the groom
    * Entretien avec Tony Curtis : Souvenirs de groom (11min)
    Notre avis:
    Tony Curtis se remémore le tournage de No room for the groom. Pas de grandes révélations dans ce bonus si ce n’est quelques remarques vachardes sur Piper Laurie (les deux comédiens eurent une chaste idylle à l’époque) qui, d’après lui, ne parvenait pas à se concentrer sur le plateau et mangeait des fleurs (sic!) à la cantine ! VR





    * Entretien avec Piper Laurie : Fille d'Ève (12min)
    Notre avis:
    Après Tony Curtis, c’est au tour de Piper Laurie de livrer ses souvenirs du tournage de No room for the groom. Elle en parle sans regret tant ce film semble rester un mauvais souvenir qui la poussera par la suite à quitter la Universal. Elle se souvient de la froideur de Douglas Sirk et évoque avec peine une scène où le cinéaste fit noter sur un tableau noir les répliques qu’elle n’arrivait pas à se remémorer. VR




    * Bande-annonce



    Sur Qui a donc vu ma belle ?
    * Analyse du film par Pierre Berthomieu : La comédie humaine de Douglas Sirk (27min)
    Notre avis :
    C’est sans doute le bonus le plus pointu et le plus passionnant du coffret. Pierre Berthomieu décortique avec minutie une grande partie de la carrière américaine de Douglas Sirk et remet en perspective la place de ces deux comédies par rapport à ses grands et sublimes mélodrames.
    L’analyse est particulièrement minutieuse (les rapprochements d’extraits permettent de mettre en valeur les rimes internes des films, leurs motifs récurrents et de souligner les différents thèmes qui les parcourent) et Berthomieu ne recule pas devant la théorie (« L’angle est une thèse, l’axe un discours » dit-il). De façon très pointilleuse, il réfléchit sur la manière dont la mise en scène de Douglas Sirk guide le regard du spectateur grâce à de savants jeux de composition, de cadre et de couleurs…
    D’aucuns jugeront que le critique va un peu loin dans ses extrapolations mais ses intuitions me paraissent toujours fondées, excellemment démontrées et elles sont toujours particulièrement stimulantes… VR



    * Entretien avec Piper Laurie et Gigi Perreau : Plaisirs sur le plateau (29min)
    Notre avis :
    Piper Laurie et Gigi Perreau (qui incarne la petite gamine turbulente du film) se souviennent avec nostalgie du tournage de Qui donc a vu ma belle ?. L’intérêt de ce bonus est purement anecdotique dans la mesure où les deux comédiennes se contentent de lancer des fleurs à tout le monde (Sirk ? Formidable ! Coburn ? Génial et polisson ! Etc.) Par contre, il n’est pas inintéressant d’entendre ces deux femmes âgées se souvenir de leurs débuts à la Universal : Gigi Perreau fera une grande carrière d’enfant actrice (elle tournera quatre fois avec Sirk) tandis que Piper Laurie se souvient de son départ en Corée en 1951 et des spectacles qu’elle alla jouer là-bas pour les troufions yankees. VR



    * Bande-annonce


  •  LES DVD
    PAL - Zone 2 - Couleurs - Double couche
    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Langue: anglais mono
    Sous-titres: français

                      
D U  M Ê M E   A U T E U R

 


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