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| POINT DE VUE | ||||
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Deux
comédies signées Douglas Sirk : c’est peu dire que
nous n’attendions pas le maître du mélodrame sur
ce terrain ! Ces deux petites pépites tournées en 1952
pour la Universal ne bénéficient d’ailleurs pas
d’une très bonne réputation (voir la notule lapidaire
sur No room for the groom dans le Guide des films
de Jean Tulard) et le cinéaste lui-même ne semblait pas
tenir en haute estime ces aimables divertissements. Pour ma part, j’ai trouvé ces comédies absolument délicieuses (même si No room for the groom ne vaut pas Qui donc a vu ma belle ?) et il me paraît aussi aberrant de s’en passer que de refuser une coupe de champagne pétillante. De plus, sous leurs allures allègres et légères, ces films annoncent déjà les thèmes et motifs des mélodrames magistraux que tournera Sirk par la suite. No room for the groom est entièrement construit autour de l’inassouvissement du désir parfaitement légitime d’un mari (Tony Curtis, plus charismatique que Rock Hudson) pour sa jeune et fraîche épouse (Piper Laurie, qui sera des années plus tard la mère psychopathe de Carrie dans le film éponyme de Brian De Palma). Ca commence très mal dès la nuit de noces puisque Alvah contracte la varicelle. Appelé sous les drapeaux, il ne revoit sa dulcinée que dix mois plus tard et constate avec dépit que toute sa famille a envahi la maison conjugale. Une telle promiscuité n’est pas pour favoriser les plus tendres liens, d’autant plus que Lee n’a pas annoncé son mariage à une mère qui souhaite la voir convoler avec le richissime entrepreneur du coin… Par sa manière de reconduire sans arrêt un acte toujours manqué, No room for the groom s’apparente aux grandes comédies (toutes proportions gardées !) de la frustration, que ce soit le génial Allez coucher ailleurs d’Howard Hawks (où Cary Grant voyait également sa lune de miel sans cesse différée) ou, dans un tout autre genre, Le charme discret de la bourgeoisie de Buñuel (et son repas sans cesse reporté). Comment coucher ensemble ? Tel est le problème que va tenter de résoudre notre petit couple. Et Douglas Sirk de s’amuser comme un petit fou à parsemer son film de symboles explicites (ce bouchon de champagne qui saute dans les mains de Tony Curtis lors de leur première nuit passée dans une chambre d’hôtel, métaphore évidente d’un désir qu’il ne peut plus contenir) ou de sous-entendus scabreux (mais nous sommes en plein classicisme hollywoodien et le film est dépourvu du moindre soupçon de vulgarité). Le ressort comique du film naît de tous les obstacles que le cinéaste se plait à imaginer pour séparer les amants, de l’odieux petit gamin qui fait tourner en bourrique Tony Curtis à tous ces cousins, oncles et tantes qui se retrouvent toujours sur leur chemin. Cette humble famille américaine que Sirk regarde avec une bonhomie amusée, on la retrouve dans Qui donc a vu ma belle ? et elle rappelle un peu celle que Capra filmait dans Vous ne l’emporterez pas avec vous. Dans les deux cas, on retrouve une mère qui couve sa fille et la pousse, par vénalité, à fréquenter les riches héritiers de la ville plutôt que le garçon qu’elle aime vraiment (c’est à chaque fois la ravissante Piper Laurie qui joue les demoiselles entichées de Tony Curtis ou de Rock Hudson). Ce caractère destructeur de l’argent qui pousse à l’ambition et fait renier l’amour véritable est un des thèmes que l’on retrouvera dans les mélodrames du cinéaste, particulièrement dans Mirage de la vie où Lana Turner cède aux mirages des paillettes et oublie de voir grandir sa fille. Déjà dans ses comédies, le cinéaste affiche sa prédilection pour les miroirs qui désignent parfaitement la dualité de l’existence de personnages désireux de s’élever socialement quitte à se perdre dans de fallacieux reflets. Dans Qui donc a vu ma belle ?, l’excellent Charles Coburn incarne un milliardaire atrabilaire (il y a du WC Fields dans ce personnage ronchon, volontiers porté sur l’alcool et les cigares alors qu’il est suivi par un médecin) qui offre sa fortune en héritage à une famille qui aurait pu être la sienne (il a failli épouser, autrefois, la grand-mère décédée). En leur apportant dans un premier temps la somme de 100.000 dollars, il libère les mauvais instincts des parents qui décident de vivre comme les notables de la ville et sacrifient tout au culte de l’apparence. Qui donc a vu ma belle ? est une satire corrosive des mœurs américaines et, en particulier, de la haute société uniquement préoccupée par l’argent et les convenances sociales (la mère achète deux caniches particulièrement hideux et se met au tango !). Cette arrivée soudaine d’argent cristallise les conflits de classe et permet à la mère d’évincer le trop « modeste » (pour sa fille) Rock Hudson. À ce moment, le film évoque une sorte de pendant joyeux à Tout ce que le ciel permet. Sirk raille avec une certaine verve l’hypocrisie des notables (voir ce passage où le débonnaire Coburn est soupçonné d’avoir une liaison avec celle qui pourrait être sa petite-fille) et le pouvoir dévastateur de l’argent. L’amour finira bien par triompher mais il aura fallu une nouvelle intervention du deus ex machina de l’histoire (Pierre Berthomieu a raison de souligner les similitudes des rôles de Charles Coburn et de celui que tient Otto Kruger comme peintre dans Le secret magnifique) pour que la vérité soit dévoilée et l’argent conspué. Si les thèmes de ces deux films annoncent ceux des mélodrames, Douglas Sirk les traite ici avec truculence et se permet des choses qu’il n’oserait peut-être pas dans ses films majeurs. Dans ses comédies, on n’hésite pas à donner des coups de pied aux culs des fâcheux (du grippe-sou qui tient le bar dans Qui donc vu ma belle ? à l’infâme garnement de No room for the groom) et l’on peut railler plus directement les normes sociales. Les scénarii sont traités avec une infinie légèreté (pas la moindre mauvaise graisse dans ces films qui font moins de 90 minutes) et Sirk a parfois même recours à la musique et à la danse (quelques chansons et des charlestons endiablés dans Qui donc a vu ma belle ?) pour agrémenter le tout. Pourtant, le style du réalisateur ne pâtit aucunement de cette incursion dans le genre. Si No room for the groom est sans doute un film mineur, Qui donc a vu ma belle? est une oeuvre assez admirable (sauf erreur, le premier film en couleurs de Sirk) où s’affirme déjà la grandeur de son style unique et sa palette colorée (je vous renvoie au bonus très savant de Pierre Berthomieu). Pas de raison de bouder son plaisir devant ces deux comédies dont l’une (Qui donc a vu ma belle ?) nous réserve une jolie surprise puisque nous aurons l’occasion d’y voir, le temps d’une courte scène où il commande une glace, un jeune homme promis à un destin fulgurant. Ce jeune homme, c’est James Dean… Vincent Roussel |
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NO
ROOM FOR THE GROOM
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| QUI
A DONC VU MA BELLE ?
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D
U M Ê M E A U T E U R![]() |
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