)))  CINÉASTES À TOUT PRIX
        
    de Frédéric SOJCHER             
 

  • Documentaire - 2005 - Belgique - durée: 1h06
  • Sortie à la Vente en DVD ele 20 novembre 2008
  • DOUBLE DVD COLLECTOR
    Éditions Films du Paradoxe

SYNOPSIS

Un projectionniste (Max Naveaux), un professeur de Lycée (Jacques Hardy) et un ouvrier maçon (Jean-Jacques Rousseau) tournent en Belgique des longs-métrages, sans moyens. Leurs équipes et leurs acteurs sont non professionnels. Ils rendent le réel délirant. Leurs films sont stupéfiants. Admirés par Noël Godin, Bouli Lanners et Benoît Poelvoorde, ces Don Quichotte du cinéma questionnent Hollywood.

POINT DE VUE
S’il reste un pays sur cette planète où l’on persiste à ne rien faire comme tout le monde, c’est bien la Belgique. Pour preuve, cet excellent petit documentaire (1 heure 06) consacré à trois cinéastes belges hors du commun : Max Naveaux, ancien résistant obsédé par la guerre et qui a réussi à bricoler d’incroyables films de guerre tournés avec des balles réelles ; Jacques Hardy, ancien professeur d’économie reconverti dans la réalisation de savoureux pastiches (une version d’Astérix dans la Basse Meuse, un Mon curé chez les sorcières qui doit valoir son pesant de cacahouètes…) qu’il réalise avec la complicité de ses amis (dont un fabuleux sacristain au rire « satanique ») ; enfin, l’hallucinant Jean Jacques Rousseau, cinéaste cagoulé et admiré par quelques cinéphiles déviants (Godin, Bouyxou) qui tourne depuis des décennies des films horrifiques et/ou d’action piétinants allègrement les règles de base de la grammaire cinématographique.


Cinéastes à tout prix a le mérite d’éviter deux écueils inhérents à ce genre de projet.
Le premier écueil consistait à ériger les personnes filmées en symboles et les réduire à de simples preuves d’une démonstration idéologique. Sojcher aurait pu prendre ces trois hurluberlus comme symbole d’un artisanat vaillant qui persiste à lutter contre l’industrie forcément répugnante du cinéma. Il ne le fait pas : un bon point.

Le deuxième écueil était celui de l’épinglage. Jamais le documentariste ne se situe au-dessus des gens qu’il filme en tentant de placer le spectateur « du bon côté » (celui des rieurs). Il aurait été très facile dans Cinéastes à tout prix de se moquer de ces trois amateurs à côté de qui Jean Rollin ou Ed Wood font figure d’esthètes virtuoses. Or si l’on rit devant ce film (il est vraiment très drôle), ce n’est jamais d’un rire moqueur mais d’un rire empathique. On rit avec (et non pas contre) ces drôles de types passionnés qui ont passé leurs vies au service du cinéma.

Le regard que Sojcher porte sur ces trois cinéastes est un peu de même nature que celui porté par Tim Burton sur Ed Wood. Ils arrivent à nous faire réfléchir sur la notion même de « cinéaste ». Qui est le plus « cinéaste » : un anonyme tâcheron qui va réaliser avec énormément de moyens une production débile pour Luc Besson ou celui qui, malgré un absolu manque de financement, va réussir à force de persévérance (il faut voir Naveaux parlant des inventions qu’il a su bricoler pour parvenir à développer lui-même sa pellicule ou réaliser le mixage sonore de ses films) à accoucher des images dont il a rêvé ? On se souvient de cette belle idée qu’eut Burton de faire se croiser Welles et Ed Wood dans son film. Ici, Rousseau déclare que s’il avait eu les moyens de Spielberg, il aurait pu tourner les films que ce dernier a réalisés (peut-être même mieux, précise t-il) alors que, poursuit-il, Spielberg aurait été bien incapable de tourner les films de Jean Jacques Rousseau s’il avait eu ses moyens !


Cinéastes à tout prix est un grand film sur la passion. Il faut voir Naveaux regardant un de ses films et rejouant tous les dialogues de ses personnages : on voit alors un grand gosse perdu dans son univers imaginaire et sa passion a quelque chose de très touchant. Idem pour Rousseau qui nous présente une maquette en expliquant qu’avec des raccords rapides entre cette maquette et les plans réels des acteurs, il est parvenu à rendre invisible le trucage dans l’un de ses films (ce que les images dudit film démentent rapidement !). Là encore, le spectateur perçoit cette joie naïve de l’enfant qui joue avec ses jouets et qui y croit.

Sans aucun moyen, les trois cinéastes ont trouvé divers expédients pour monter leurs oeuvres. Naveaux, qui n’a tourné que des films de guerre, a bénéficié d’un circuit de distribution un peu particulier en projetant ses films essentiellement dans les casernes et les gendarmeries ! (il put collaborer avec le ministère de la défense nationale belge). Jacques Hardy, représentant unique d’un cinéma purement local (les environs de Liège), organisait des projections avec tombola pour attirer un public déjà curieux de voir un film où les gens du coin avaient tourné (outre l’ineffable sacristain, on se souviendra également de l’émouvante petite gendarmette qui put, grâce à ce cinéaste, réaliser son rêve de devenir actrice). Quant à Jean Jacques Rousseau, il renoua avec la tradition foraine du cinéma primitif en engageant un bateleur et en organisant des spectacles avant la projection de ses films. En outre, certains d’entre eux furent projetés à « l’étrange festival » et l’un fut même diffusé sur Canal +. On peut dire que l’inconditionnel soutien dont il dispose de la part de certains fans lui a permis d’accéder à une certaine notoriété (un livre vient de lui être consacré !).

Pour conclure, il n’est pas interdit de voir dans les parcours de ces trois bonhommes exceptionnels un nouvel avatar de ce surréalisme belge qui nous réjouit tant. Il n’est pas étonnant que Sojcher soit allé recueillir les témoignages de Noël Godin (grand admirateur de Rousseau à qui il a prêté son jardin pour le tournage d’un film) ou de Benoît Poelvoorde qui exprime ici sa stupéfaction admirative pour un cinéaste qui osa commencer un film (le diabolique docteur Flak) par un carton « 20 ans après » alors que le spectateur n’avait jusqu’alors rien vu ! De fait, ces films qui ne ressemblent à rien d’identifiable sont au cinéma ce que les œuvres du douanier Rousseau (forcément !) sont à la peinture ou le palais du facteur Cheval à l’architecture : l’expression d’un art brut qui ne doit rien au domaine culturel si normatif. Rousseau, ancien ouvrier maçon et parfait autodidacte, se définit lui-même comme le « cinéaste de l’absurde ».

Que de telles œuvres puissent encore exister aujourd’hui, voilà qui met du baume au cœur et l’on sait gré à Frédéric Sojcher de nous avoir fait découvrir ces trois cinéastes uniques et cette foi inébranlable dans le cinéma qui leur a permis de déplacer des montagnes…

Vincent Roussel


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Présenté en Sélection Officielle, Hors compétition au Festival de Cannes le 15 Mai 2004
    Réalisation :Frédéric Sojcher
    Avec : Jacques Hardy, Max Naveaux, Jean-Jacques Rousseau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde et Noël Godin.
    1er Assistant Réalisateur : Arnout André De La Porte
    Directeur Artistique: Michel Houssiau
    Monteuse: Denise Vindevogel
    Monteur Son: Paul Hymans
    Distributeur : L'envers du décor


  •  LES DVD

    PAL - Zone 2 - couleurs

    Image & Son
    :

    Format : 16/9 et 4/3
    Son: Stéréo Français

    Sous-titres: Anglais


  • DVD 2 / BONUS



    *AUTOUR DE CINÉASTES A TOUT PRIX
    * Scènes additionnelles, 10 min.


    * Débat autour du film, 11 min


    * Interview de Bertrand Tavernier - 9 min


    * Jean Jacques Rousseau à Cannes - 4 min.


    Notre avis :
    Nous attendions beaucoup des suppléments de ce film et nous devons concéder que nous sommes un peu déçu.
    Les scènes additionnelles au documentaire constituent le bonus le plus intéressant. Nous y voyons Jacques Hardy revenir dans l’établissement scolaire où il enseigna et une ouvrière raconter comment elle fut engagée par ce réalisateur. Quant à Jean-Jacques Rousseau, nous le voyons en compagnie de son dentiste qu’il engagea pour incarner le dieu nordique Thor ! Enfin, Max Naveaux évoque ses amitiés avec quelques hauts gradés et un témoin compare son cinéma à celui de…Jean Rouch. Nous lui laissons la responsabilité de ses propos !
    Lors de la sortie du film, des débats furent organisés dans les salles. Deux suppléments proposent quelques extraits de ces rencontres où s’illustrèrent Bertrand Tavernier, Claude Miller, Claire Denis, Michael Lonsdale et Antoine de Baecque. Tout ça fait du beau monde mais les commentaires qu’ils font du film ne présentent pas un grand intérêt.
    Pour conclure, un petit sujet télévisuel anecdotique sur Jean-Jacques Rousseau lors du passage du film de Sojcher à Cannes. VR



    * 3 FILMS DES CINÉASTES
    Irkutz
    de Jean Jacques Rousseau, 21 min.


    Gestapo contre maquisards
    de Max Naveaux, 75 min.


    César Barbarius contre les Bassi-Mosans
    de Jacques Hardy, 32 min.

    Notre avis:
    Reste les films de nos trois zigotos, ces œuvres que nous rêvions de découvrir. Là encore, c’est un peu la déception même si le programme est alléchant.
    D’abord, parce que le film de Jacques Hardy, César Babarius contre les Bassi-Mosans (sic !) nous est présenté dans une version écourtée (pour quelles raisons ?). Du coup, le spectateur se sent un brin frustré et ne parvient pas à goûter aux délices de ce nanar amateur qui défie constamment l’entendement. Il s’agit d’un pastiche d’Astérix où les « gaulois » de Basse Meuse ont un accent belge à couper au couteau et résistent vaillamment à des romains dotés du même accent. A l’actif du film, un député européen en toge et des gags navrants que même feu Max Pécas n’aurait pas osé réaliser…

    Je n’ai absolument rien compris à Irkutz 88 de Jean-Jacques Rousseau où se disputent de vilains nazis et de cruels tortionnaires staliniens. On reconnaît dans la distribution Noël Godin qui, pour l’occasion, a prêté son jardin pour le transformer en goulag. Rousseau se définit comme le « cinéaste de l’absurde » et ne cesse de le clamer par des cartons récurrents. Ce qui déçoit ici, c’est justement qu’il commence à faire du Jean-Jacques Rousseau, avec une certaine conscience de ses effets. Nous aurions préféré découvrir ses films où le surréalisme était involontaire (notamment le mythique Le diabolique docteur Flak).

    Gestapo contre maquisards est le seul long-métrage du lot (75 minutes). Ancien résistant, Max Naveaux met en scène de véritables épisodes historiques (en tournant avec des balles réelles !), quitte à faire jouer son propre rôle à un vrai résistant, même si celui-ci a désormais une jambe de bois ! Là encore, le film défie tous les critères objectifs de jugement et s’apparente à de l’art brut : les dialogues sont parfois répétés deux fois parce que le raccord a été mal effectué, le son est abominable et jamais synchrone et l’ensemble ferait passer les nanars fauchés d’Eurociné (Train spécial pour Hitler, Elsa Fraulein SS…) pour des superproductions léchées ! L’entreprise est pourtant bigrement sympathique (comme c’était d’ailleurs le cas pour les deux films précédents) et l’on est presque surpris de voir parfois des scènes joliment découpées et bien cadrées (je pense au beau passage de l’exécution des otages). VR




 
 
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