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CINÉASTES À TOUT PRIX de Frédéric SOJCHER |
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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
| S’il
reste un pays sur cette planète où l’on persiste
à ne rien faire comme tout le monde, c’est bien la Belgique.
Pour preuve, cet excellent petit documentaire (1 heure 06) consacré
à trois cinéastes belges hors du commun : Max Naveaux,
ancien résistant obsédé par la guerre et qui a
réussi à bricoler d’incroyables films de guerre
tournés avec des balles réelles ; Jacques Hardy, ancien
professeur d’économie reconverti dans la réalisation
de savoureux pastiches (une version d’Astérix
dans la Basse Meuse, un Mon curé chez les sorcières
qui doit valoir son pesant de cacahouètes…) qu’il
réalise avec la complicité de ses amis (dont un fabuleux
sacristain au rire « satanique ») ; enfin, l’hallucinant
Jean Jacques Rousseau, cinéaste cagoulé et admiré
par quelques cinéphiles déviants (Godin, Bouyxou) qui
tourne depuis des décennies des films horrifiques et/ou d’action
piétinants allègrement les règles de base de la
grammaire cinématographique. Cinéastes à tout prix a le mérite d’éviter deux écueils inhérents à ce genre de projet. Le premier écueil consistait à ériger les personnes filmées en symboles et les réduire à de simples preuves d’une démonstration idéologique. Sojcher aurait pu prendre ces trois hurluberlus comme symbole d’un artisanat vaillant qui persiste à lutter contre l’industrie forcément répugnante du cinéma. Il ne le fait pas : un bon point. Le deuxième écueil était celui de l’épinglage. Jamais le documentariste ne se situe au-dessus des gens qu’il filme en tentant de placer le spectateur « du bon côté » (celui des rieurs). Il aurait été très facile dans Cinéastes à tout prix de se moquer de ces trois amateurs à côté de qui Jean Rollin ou Ed Wood font figure d’esthètes virtuoses. Or si l’on rit devant ce film (il est vraiment très drôle), ce n’est jamais d’un rire moqueur mais d’un rire empathique. On rit avec (et non pas contre) ces drôles de types passionnés qui ont passé leurs vies au service du cinéma. Le regard que Sojcher porte sur ces trois cinéastes est un peu de même nature que celui porté par Tim Burton sur Ed Wood. Ils arrivent à nous faire réfléchir sur la notion même de « cinéaste ». Qui est le plus « cinéaste » : un anonyme tâcheron qui va réaliser avec énormément de moyens une production débile pour Luc Besson ou celui qui, malgré un absolu manque de financement, va réussir à force de persévérance (il faut voir Naveaux parlant des inventions qu’il a su bricoler pour parvenir à développer lui-même sa pellicule ou réaliser le mixage sonore de ses films) à accoucher des images dont il a rêvé ? On se souvient de cette belle idée qu’eut Burton de faire se croiser Welles et Ed Wood dans son film. Ici, Rousseau déclare que s’il avait eu les moyens de Spielberg, il aurait pu tourner les films que ce dernier a réalisés (peut-être même mieux, précise t-il) alors que, poursuit-il, Spielberg aurait été bien incapable de tourner les films de Jean Jacques Rousseau s’il avait eu ses moyens ! Cinéastes à tout prix est un grand film sur la passion. Il faut voir Naveaux regardant un de ses films et rejouant tous les dialogues de ses personnages : on voit alors un grand gosse perdu dans son univers imaginaire et sa passion a quelque chose de très touchant. Idem pour Rousseau qui nous présente une maquette en expliquant qu’avec des raccords rapides entre cette maquette et les plans réels des acteurs, il est parvenu à rendre invisible le trucage dans l’un de ses films (ce que les images dudit film démentent rapidement !). Là encore, le spectateur perçoit cette joie naïve de l’enfant qui joue avec ses jouets et qui y croit. Sans aucun moyen, les trois cinéastes ont trouvé divers expédients pour monter leurs oeuvres. Naveaux, qui n’a tourné que des films de guerre, a bénéficié d’un circuit de distribution un peu particulier en projetant ses films essentiellement dans les casernes et les gendarmeries ! (il put collaborer avec le ministère de la défense nationale belge). Jacques Hardy, représentant unique d’un cinéma purement local (les environs de Liège), organisait des projections avec tombola pour attirer un public déjà curieux de voir un film où les gens du coin avaient tourné (outre l’ineffable sacristain, on se souviendra également de l’émouvante petite gendarmette qui put, grâce à ce cinéaste, réaliser son rêve de devenir actrice). Quant à Jean Jacques Rousseau, il renoua avec la tradition foraine du cinéma primitif en engageant un bateleur et en organisant des spectacles avant la projection de ses films. En outre, certains d’entre eux furent projetés à « l’étrange festival » et l’un fut même diffusé sur Canal +. On peut dire que l’inconditionnel soutien dont il dispose de la part de certains fans lui a permis d’accéder à une certaine notoriété (un livre vient de lui être consacré !). Pour conclure, il n’est pas interdit de voir dans les parcours de ces trois bonhommes exceptionnels un nouvel avatar de ce surréalisme belge qui nous réjouit tant. Il n’est pas étonnant que Sojcher soit allé recueillir les témoignages de Noël Godin (grand admirateur de Rousseau à qui il a prêté son jardin pour le tournage d’un film) ou de Benoît Poelvoorde qui exprime ici sa stupéfaction admirative pour un cinéaste qui osa commencer un film (le diabolique docteur Flak) par un carton « 20 ans après » alors que le spectateur n’avait jusqu’alors rien vu ! De fait, ces films qui ne ressemblent à rien d’identifiable sont au cinéma ce que les œuvres du douanier Rousseau (forcément !) sont à la peinture ou le palais du facteur Cheval à l’architecture : l’expression d’un art brut qui ne doit rien au domaine culturel si normatif. Rousseau, ancien ouvrier maçon et parfait autodidacte, se définit lui-même comme le « cinéaste de l’absurde ». Que de telles œuvres puissent encore exister aujourd’hui, voilà qui met du baume au cœur et l’on sait gré à Frédéric Sojcher de nous avoir fait découvrir ces trois cinéastes uniques et cette foi inébranlable dans le cinéma qui leur a permis de déplacer des montagnes… Vincent Roussel |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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