)))  LA DIGNITÉ DU PEUPLE
           
de Fernando SOLANAS                            

 

  • Documentaire - 2006 - Argentine - durée: 2h
  • Sortie à la Vente en DVD le 12 Février 2008
    Editions Blaq Out
  • Prix de vente indicatif : 19€

SYNOPSIS

Après Mémoires D’un Saccage, qui démontait les mécanismes ayant conduit l’Argentine à la crise économique de 2001, La Dignité Du Peuple montre les conséquences de la crise sur la population. Le film dépeint par petites touches, à travers tout le pays, le portrait d’hommes et de femmes qui ont su relever la tête et combattre pour retrouver, malgré la faim et la misère, leur dignité. C’est un film sur le pouvoir de la résistance sociale et sur la volonté d’un peuple blessé qui cherche à reconstruire son pays.!

POINT DE VUE
Depuis L’heure des brasiers (1968), le cinéaste argentin Fernando Solanas fait figure de héraut du cinéma militant tiers-mondiste, utilisant sa caméra comme une arme politique. Après un certain nombre de fictions (Tangos, l’exil de Gardel, le sud…), le voilà engagé dans la voie du documentaire pour évoquer les soubresauts d’un pays secoué par une crise économique sans précédent en 2001 avec des films comme Mémoire d’un saccage ou La dignité du peuple.

Face à de telles œuvres, la question qui vient immanquablement à l’esprit est : est-ce que le cinéma est vraiment l’outil adéquat pour soutenir une cause, aussi juste soit-elle ? Pour le dire autrement : est-il possible d’éviter l’écueil inhérent à beaucoup de films à thèses (« de gauche ») qui remisent toute dimension artistique au profit d’un discours, d’une idéologie ? La réponse est oui si l’on persiste à considérer que le fond c’est la forme et que l’Art est l’outil idéal pour rendre compte de la complexité du Réel à condition de ne pas l’assujettir à des slogans et à un programme idéologique.

Or pour être tout à fait franc, le spectateur qui découvre La dignité du peuple craint, au départ, le pire ; à savoir un film dépourvu de ligne artistique (la réalisation en vidéo est plutôt indigente et ne se distingue aucunement d’un banal reportage télévisé), tout juste prêt à asséner un message à des spectateurs de toutes façons convaincus par les arguments du cinéaste (on imagine mal les lecteurs du Figaro se déplaçant en masse pour voir ce film !).
Il sera donc question des conséquences désastreuses du néolibéralisme et de la politique criminelle du FMI sur tout un peuple réduit à la misère et à la famine.
Très bien !

Mais qu’apporte de plus ce cinéma à, disons, un article du Monde diplomatique ? Peut-être un sentiment de proximité avec ces gens. Et c’est là où, malgré les défauts réels de son documentaire, Solanas parvient en bout de course à emporter l’adhésion. Même si La dignité du peuple n’est pas très beau à regarder, pas exempt d’un certain pathos dont on se serait volontiers passé (l’interview de la femme d’un militant assassiné par la police est d’une efficacité trop évidente et Solanas utilise ici des procédés que la télévision, avide de larmes, affectionne) ; le cinéaste mène quand même à terme son projet contenu dans le beau titre qu’il a choisi : redonner un visage au peuple argentin et sa dignité.

L’avantage qu’il a sur les reportages télévisés, c’est le temps. Deux heures pour approcher ces « gens de peu » qui subsistent malgré tout dans un pays ravagé par le raz-de-marée néolibéral. Deux heures pour filmer des individus de chair et de sang, pour nous les faire connaître et non les utiliser comme des slogans destinés à étayer un discours social convenu.
C’est peu mais c’est déjà énorme.

L’argentine après la crise économique
Pour faire schématique, nous dirons que La dignité du peuple se décline autour de deux axes. D’un côté, un regard global sur l’histoire immédiate de l’Argentine que Solanas tente de mettre en perspective. Il retrace le plus clairement possible les évènements récents de ces dernières années (la crise économique, la démission de De la Rua, l’arrivée au pouvoir de Duhalde…) et filme l’histoire en mouvement dans les rues (manifestations, émeutes…). Il dresse aussi le constat terrifiant des conséquences de la crise sur la population : chômage, paupérisation extrême, famine, saisies de biens…Les séquences que Solanas tourne dans un grand hôpital public de Buenos-Aires sont impressionnantes : ce sont des files de gens devant attendre parfois une nuit entière pour bénéficier de soins et six mois avant d’obtenir un rendez-vous médical. C’est une gestion gangrenée par la corruption qui pousse la direction de l’hôpital à sous-traiter les services de nettoyage à des boites privées qui ne font pas leur boulot et qui font du lieu un cloaque où les conditions d’hygiène sont désastreuses…

De la même manière, Solanas montre un pays où la mafia et la police oeuvrent en collaboration et s’assurent la mainmise sur certains quartiers (avec tout ce que cela suppose de corruption et de trafics illégaux).
Encore une fois, le constat est effrayant mais ce n’est qu’une toile de fond sur laquelle va se déployer le véritable sujet de la dignité du peuple.

Système D.
Ce qui intéresse avant tout Solanas, ce n’est pas de s’apitoyer sur le sort de millions de malheureux (cela ne remet pas en cause l’immense compassion dont il fait preuve !) mais plutôt de montrer les initiatives individuelles et collectives prises par les individus pour lutter contre cet état de fait et résister à cette horreur économique. Le cinéaste prend alors le temps de peindre des portraits d’individus qu’il ne cherche jamais à ériger en modèles. Solanas a parfaitement compris qu’il est inutile d’espérer dans des hommes providentiels, des partis ou des programmes applicables à la lettre pour changer les choses mais que toute initiative individuelle qui vise à recréer du lien, des réseaux de solidarité peut être un moyen de reconstruire un monde plus juste. Ces initiatives peuvent être très basiques (ce sont Margarita et Colinche qui vivent de petits boulots et squattent des bâtiments construits sur des zones inondables) ou très organisées, comme dans le cas de ces ouvriers qui se réapproprient des usines en faillite et les remettent en route de manière autogérée.

Solanas se sent proche de ces gens-là, de ce maître d’école qui organise des cantines pour pauvres, de ces employées de l’hôpital qui descendent dans la rue pour collecter des médicaments, les trier, les distribuer aux malades les plus démunis en chargeant les travailleurs sociaux d’expliquer la manière de les consommer. Il se sent solidaire de ces « piquateros » qui défient le pouvoir dans la rue où de ces femmes héroïques qui se groupent et chantent l’hymne argentin pour empêcher les huissiers de mettre leurs biens aux enchères.

Encore une fois, Solanas ne livre pas de mode d’emploi pour un monde meilleur mais cherche à montrer ces initiatives qui rendent au peuple sa dignité alors que tout le pousse au désespoir. Son geste est d’une infinie générosité et c’est sans doute pour cette raison que nous sommes prêt à lui pardonner quelques facilités et l’anonymat de sa réalisation…

Vincent Roussel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
FICHE TECHNIQUE

 

  • LE FILM
    Réalisateur : Fernando Solanas
    Scénario : Fernando Solanas, Alcira Argumedo
    Montage : Juan Carlos Macías, Martín Subira
    Image : Fernando e. Solanas
    Son : Marcos Dickinson, Abelardo Kuschnir, Martín Grignaschi
    Produit par : Fernando E. Solanas, Sara Silveira, Pierre-Alain Meier
    Production : CINESUR s.a. (Argentine) en co-production avec DEZENOVE som e imagens (Bresil), THELMA Film AG (Zurich) et la Télévision de la Suisse Romande.
    Avec la participation de : l’Instituto Nacional de Cine y Artes Audiovisuales (Argentine); Universidad Nacional de San Martín (Argentine) et le programme Ibermédia.

  •  LE DVD

    DVD 5 - PAL - Zone 2 - couleurs

    Durée du film : 2h
    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Format : 1:85 respecté
    Son : Version originale en espagnol Dolby Stéréo 2.0
    Sous-titres : Français, Anglais


  • BONUS



    * Entretien avec Miguel Benasayag, écrivain et philosophe

    Notre avis:
    L’entretien avec Miguel Benasayag autour de l’œuvre de Fernando Solanas est plutôt très intéressant dans la mesure où l’essayiste estime que celui-ci est davantage qu’un cinéaste politique et qu’il y a chez lui un véritable travail sur le langage cinématographique (pas franchement évident lorsqu’on voit La dignité du peuple !).
    Même si on peut douter de cette première affirmation, son analyse du film reste très pertinente. D’abord lorsqu’il émet l’idée que Solanas montre des gens qui réinventent du désir et une manière de désirer autrement (au-delà des partis et des idéologies) : il ne s’agit plus, pour le corps social, d’attendre un libérateur mais d’expérimenter directement le contre-pouvoir et de construire quelque chose sans plus attendre. D’autre part, Benasayag propose une réflexion stimulante sur le « post-humain » et comment Solanas parvient à retrouver des possibilités d’émancipation au cœur de ce que le penseur appelle les « macros processus » globaux. VR



    * Entretien audio avec Fernando Solanas par Catherine Ruelle


    Notre avis:
    Les extraits d’un entretien radiophonique avec le réalisateur Fernando Solanas sont plus succincts et plus convenus. Le cinéaste explique comment il a cherché a analyser la politique du pouvoir et sa volonté de filmer les victimes de l’oppression. Ce qui l’intéresse, ce ne sont pas les hommes de parti mais les militants sociaux, qui travaillent, jour après jour, à reconstruire un monde différent. Pour Solanas, la dignité du peuple, c’est un peu « l’humanité retrouvée »… VR

    * Bande-annonce
    * Chapitrage


  

À PROPOS DU FILM
"Ce n'est pas une question d'optique mais d'idéologie. J'ai besoin de capter la réalité de la manière la plus grande possible, l'individu, le personnage et tout le contexte."
Fernando Solanas

Cette même ambition l'a mené à Mémoire d'un saccage, un documentaire qui voit Solanas reprendre la trace ouverte il y a presque quarante ans par L'Heure des Brasiers. Le diagnostic du pays n'est guère différent de celui d'alors, sauf qu'à présent l'état des choses est bien plus grave. La crise que l'Argentine a traversée pensant 2001 et 2002 est la plus profonde de son histoire, et Solanas en désigne les responsables: une classe dirigeante corrompue, mais aussi les grands holdings et les organismes financiers internationaux, qui ont agi avec convoitise et perfidie.

Une fois de plus, tel qu'il l'a fait tout au long de sa filmographie, Solanas choisit la fresque murale, l'objectif grand-angulaire qui lui permet de capter la réalité la plus large possible: l'individu et tout son contexte. Le documentaire commence avec la contraposition des grands gratte-ciel de la city (la bipolarisation, le contraste, l'antithèse sont des constantes dans Mémoire d'un saccage) et des familles qui cherchent de la nourriture aux pieds de ces monuments à l'usure. La caméra est en mouvement permanent, mais le rythme est serein, comme celui d'un passant qui observe (la figure de style est le travelling avant) et en même temps réfléchit sur ce qu'il a devant lui. La voix off de Solanas lui-même fait défiler ses pensées: "Que s'était-il passé en Argentine? Comment était-il possible que dans un pays si riche il y ait tellement de faim ?". La thèse centrale du film apparaît ici : le pays avait été dévasté par un nouveau type d'agression, exécutée en temps de paix et de démocratie; une violence quotidienne et silencieuse "qui laisse plus de victimes sociales, plus d'émigrés et plus de morts que le terrorisme d'État et la guerre des Malouines."

Solanas voit, pour autant, une lumière au bout du tunnel. La preuve en est La dignidad de los nadies, son documentaire le plus récent, une continuation de Mémoire du saccage organisée autour d'une série d'histoires sur la résistance populaire dans l'Argentine d'aujourd'hui. Cette nouvelle plongée de Solanas dans la réalité du pays propose une structure chorale, avec de multiples voix qui dessinent la carte du pays après la dévastation de Menem. "C'est une sorte de livre de chroniques et de contes, où le témoignage rejoint la narration, l'essai rejoint l'Histoire, la vie rejoint la fiction", comme le définit Solanas.

La dignidad de los nadies pose une loupe sur ces personnages anonymes, les Argentins sans-nom, les héros quotidiens avec leurs petits exploits de chaque jour pour survivre, que l'Histoire avec un grand H n'enregistre pas et ne reconnaît pas. Dans cette même ligne, Solanas, une figure de plus en plus solitaire -aussi loin du minimalisme du cinéma argentin contemporain que des structures du pouvoir politique- est déjà en train de préparer Argentina latente, le film-essai qui complétera cette trilogie sur un pays qui ne finit toujours pas de guérir.

Luciano Monteagudo
© FIPRESCI 2006

BIO-FILMOGRAPHIE DE SOLANAS
Biographie
Fernando Ezequiel Solanas est né le 16 février 1936 à Olivos, dans la province de Buenos Aires. Il fait des études de piano, de composition musicale et de lettres avant d'entrer à l'École nationale d'art dramatique de Buenos Aires, où il suit des cours d'interprétation et de mise en scène. Il débute au cinéma comme assistant-réalisateur et tourne en parallèle des courts métrages comme Seguir andando en 1962. En 1966, il co-fonde le groupe indépendant de production et de diffusion de films « Cine Liberación » qui se consacre à la lutte contre la désinformation. En son sein, il entreprend la réalisation de son premier long métrage documentaire L'heure des brasiers tourné clandestinement en 16 mm, sans son synchrone, qui voit le jour au terme de plus de deux années de travail. Le film est salué lors de sa sortie non seulement pour sa liberté formelle, mais aussi pour son impact social et politique. Solanas va ainsi donner naissance à un cinéma engagé et profondément original, nourri à la fois par l'imaginaire historique et contemporain de l'Argentine, mais aussi par ses espoirs et ses déceptions personnelles. Avec l'idée que le film devait continuer à être tourné les années suivantes, en y ajoutant de nouveaux chapitres, il n'aura de cesse par la suite de critiquer le pouvoir et d'inciter à la résistance, comme dans Les Fils de Fierro poème épique réalisé en 1972. Il doit s'exiler en 1976 après le coup d'État militaire mais, de Paris, continue son travail et réalise Tangos, l'exil de Gardel qui lui vaut le Grand prix spécial du jury au Festival de Venise en 1985. Puis il réalise Le Sud pour lequel il reçoit le Prix de la mise en scène à Cannes en 1988, Le Voyage en 1992 et Le Nuage en 1998, hommages à son pays, avant de revenir à une critique plus radicale des arcanes du pouvoir dans son dernier travail, Mémoire d'un saccage fresque politique d'une implacable clarté sur la crise argentine, faisant suite aux chapitres initiés avec L'heure des brasiers. Lors de la présentation de "Mémoire d'un saccage" au Festival de Berlin 2004, Fernando Solanas a reçu un Ours d'or d'honneur pour l'ensemble de son oeuvre.


Filmographie
1967 – l’Heure des Brasiers (La hora de los hornos)
1980 - Le regard des autres
1985 - Tangos (Tangos - el exilio de Gardel)
1990 - Le Voyage (El viaje)
1990 - Le Sud (Sur)
1990 - Le nuage (La nube)
2004 - Mémoire d’un saccage (Memoria del saqueo)
2005 - La Dignité du Peuple (La Dignidad de los nadies)

                                                        

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