LES ARPENTEURS

SIGNÉ RENART

de Michel SOUTTER

 

  • COFFRET DOUBLE DVD
  • Drame - 1972 et 1985 - Suisse - + Bonus: 146'
  • Sortie à la Vente en DVD le 10 novembre 2006
    Éditions Doriane
  • Prix de vente conseillé : 30€
POINT DE VUE

Avec Alain Tanner et Claude Goretta, Michel Soutter est le 3ème grand nom de la nouvelle vague suisse, ce mouvement né à la fin des années 60. La Nouvelle Vague Suisse a donné dans les années 70 quelques très beaux films, avant de sombrer un peu dans l'oubli lors de la décennie suivante. Ces deux films de Michel Soutter, Les arpenteurs et Signé Renart illustrent plutôt bien ce naufrage.


Avant eux, quand on disait cinéma suisse, on disait Godard. Rien d'autre. Avant la fin des années 60, le cinéma suisse n'était ni le plus prolifique, ni le plus connu, ni le plus vu. À la fin des années 60, une poignée de cinéastes a fait sortir le cinéma suisse de l'anonymat et de la confidentialité (peut-être même du néant) en donnant quelques-uns des plus beaux films européens de la période. Alain Tanner, Claude Goretta et Michel Soutter ont été les chefs de file de ce que l'on a appelé la "Nouvelle Vague suisse".


« Mais de quoi la Suisse peut-elle bien parler dans son cinéma, ce pays sans histoires et sans problèmes ? ». La réponse à cette rigolote problématique lancée par Jean Douchet dans son livre sur la Nouvelle Vague est simple : les films de la Nouvelle Vague suisse vont nous parler de toutes petites choses, vont traiter les tous petits sujets (un départ en retraite dans L'invitation de Goretta; deux hommes autour d'une femme dans La Salamandre de Tanner, ou encore, dans les deux films de Soutter dont il est question ici, un homme qui rapporte un panier de légumes à une femme et couche avec dans Les Arpenteurs, ou un artiste qui envoie valser son boulot et se retire à la campagne dans Signé Renart). À l'exception de Jonas, qui aura 25 ans en l'an 2000 de Tanner, sans conteste le chef d'oeuvre de la NV suisse, un sublime film, politique et poétique, mélancolique à pleurer sur l'ingratitude du temps qui passe. La Nouvelle Vague Suisse a de prime abord privilégié les petits sujets, mais c'est pour mieux surprendre, et décoller. Derrière l'apparente modestie de ces films et de ces histoires se niche une merveilleuse mélancolie. D'où vient-elle cette mélancolie ? D'où sort-elle ? Que veut-elle dire ? Comment le savoir? Une chose est sûre pourtant : elle semble en partie émaner de comédiens d'exception (Jean-Luc Bideau et Jacques Denis en tête). Il faut l'avoir entendue cette voix de contrebasse de Jean-Luc Bideau, déclamer avec assurance et aisance des dialogues fort bien écrits et parfois même très drôles ! Il faut l'avoir entendue cette voix de conteur de Jacques Denis se perdre dans le silence de la campagne suisse et se mêler à une autre petite musique, classique, très présente dans le cinéma suisse de cette époque ! Les films de la Nouvelle Vague suisse sont aussi beaux à voir qu'à entendre. Et comme c'est le cas pour la Nouvelle Vague française, on les reconnaît au premier coup d'oeil. Il y a un ton, une forme, un style communs qui font de tous ces films un ensemble particulièrement compact et cohérent, tout a fait à part dans le cinéma européen des années 70.

« Mes arpenteurs sont des hommes qui marchent de long en large en grandes enjambées entre les maisons, les gens, les sentiments ». C'est ainsi que Michel Soutter évoquait son film. On pourrait dire aussi, pour faire dans le ludique, dans la petite phrase rigolote, que Les Arpenteurs, c'est Duras filmant un vaudeville champêtre. « J'arpente dans le secteur », précise le personnage de Jean-Luc Bideau. Il arpente, mais on ne sait pas trop pourquoi. Lui-même le sait-il d'ailleurs ? Dans une atmosphère qui flaire l'herbe humide, le bois fumé et la carbonade flamande, et dans une mise en scène acérée, posée, qui magnifie les lenteurs et les petits riens, Soutter nous montre pendant une heure et demi des gens qui se croisent, se parlent, s'attirent, et qui n'ont plus trop l'air de savoir ce qu'ils font là ni n'ont jamais l'air de se le demander. Pendant une heure et demi, les personnages des Arpenteurs évoquent les relations hommes-femmes, la vie, le temps, avec un ton mêlant légèreté et gravité que l'on retrouve également chez Tanner (La salamandre, Jonas, qui aura 25 ans en l'an 2000) et qui établit un vague cousinage entre la Nouvelle Vague suisse et française. L'ironie n'est jamais loin, elle est toujours sous-jacente, elle guette, toujours prête à faire surface, à devenir la vedette du film.

Ce cousinage s'étiolera avec le temps. Le deuxième film, Signé Renart l'atteste : la nouvelle vague suisse fut un feu de paille. La mélancolie s'est ici transformée en lugubre, en glauque, en tristounet. Renart (Tom Novembre) est artiste. Mais il est aussi un impulsif et un électron libre. Lorsque son patron lui dit que sa femme avec qui il travaille ne peut pas continuer à travailler enceinte, il lui rétorque : « Je te préviens, si tu la vires : je chie sur scène ». Et c'est ce qu'il fit. Renart plaque tout, et fuit avec sa femme à la campagne (encore elle). Il tentera tant bien que mal de poursuivre sa vie d'artiste, tout en continuant de s'intéresser à ces gens «qui n'ont pas eu rendez-vous avec l'Histoire» (pour reprendre les mots de l'historien du cinéma Jacques Lourcelles évoquant le cinéma suisse). Soutter ne semble ici plus touché par la grâce. Les bourgs, la campagne, les bars glauques, les salles de kermesse, les néons, les spectacles misérables et ratés, sentent ici le rance, et le film n'a guère de charme. Dans des décors que l'on retrouvera quelques années plus tard dans les films de Kaurismäki (tous bien meilleurs que Signé Renart), Michel Soutter livre un film assez terne et dénué de toute poésie. La mélancolie s'est tue. On ne peut pas l'expliquer. En parlant des Arpenteurs, Michel Soutter avait également écrit : «c'est un film, mais c'est aussi une époque». Il n'y a qu'à voir Signé Renart après avoir vu des films de la nouvelle vague suisse des années 70 pour voir tout le mal qu'ont fait les années 80 à ce cinéma. Michel Soutter ne fut pas le seul dans ce cas-là, puisque Alain Tanner et Claude Goretta ont fait dans les années 80 les films les moins marquants de leur parcours.

Julien Pichené

 




 

 

 

 


LES ARPENTEURS

SYNOPSIS DE MICHEL SOUTTER

Lucien est amoureux d'Alice, une femme intrigante et intransigeante. Pour une raison obscure, il demande à Léon, un homme-ours qu'il vient de rencontrer dans un café et à qui il a offert sa casquette, de lui apporter un panier de légumes. Commence ici le quiproquo : Léon livre le panier à une femme qu'il croit être Alice et avec qui il a une liaison. Le lendemain, il retourne dans la maison du litige afin de la revoir mais s'aperçoit de son erreur.

Les Arpenteurs c'est un film, mais c'est aussi une époque, celle où nous étions libres de faire des films fabriqués maison. Aujourd'hui, les fantoches de l'art occupent la scène. Ils produisent des films inhumains. Les Arpenteurs est un film humain. Mes Arpenteurs sont des hommes qui marchent de long en large en grandes enjambées entre les maisons, les gens, les sentiments.


Michel Soutter

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    1972 - Suisse - 1h30
    SELECTION OFFICIELLE AU FESTIVAL DE CANNES 1972
    GRAND PRIX DU FESTIVAL DE DINARD 1972
    Réalisation, Scénario : Michel Soutter
    Images: Simon Edelstein
    Musique:Schubert, Brahms
    Avec:

    Jean-Luc Bideau .... Leon
    Michel Cassagne .... Max
    Jacques Denis .... Lucien
    Marie Dubois .... Alice
    Armen Godel .... The Lawyer
    Jacqueline Moore .... Ann
    Germaine Tournier .... Alice's Mother
SIGNÉ RENART
SYNOPSIS DE MICHEL SOUTTER
Au départ, la naïveté est nécessaire; c'est elle qui permet de vivre les désirs. Ceux-ci pourtant ne
prennent leur sens que s'ils débouchent sur une pratique. Il faut rompre avec les méthodes qu'utilise en général la société, s'inventer une nouvelle manière de vivre, d'aimer, de travailler, de sentir. Cela Renart ne le comprend pas. Il reste accroché aux vieilles méthodes et se retrouve finalement prisonnier de l'ancienne morale. Peut-être n'est-il pas assez courageux ou suffisamment outillé pour changer; peut-être n'est-il pas assez plein de son désir? Pour fonder une famille,il choisit une femme pour laquelle il n'a pas une passion mais un devoir, un sentiment fraternel. Cela ne suffit pas.


Michel Soutter
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Suisse - 1h35 - 1985
    Réalisation : Michel Soutter
    Scénario : Michel Soutter, Bernard Meister
    Musique originale:Giuseppe Cannavo, Francesco Cona, Tom Novembre
    Image: Jean-Bernard Menoud
    Montage: Hélène Viard


    Interprètes :
    Tom Novembre .... Renart
    Fabienne Barraud .... Hermeline
    Marilu Marini .... Marie-Jo
    Armand Deladoey .... Lucien
    Jean-Pierre Gos .... Brun
    Jean Schlegel .... Marcel
    Christine Schallert .... Madame Wiegan
    Corinne Coderey .... La patronne du bistrot
    Alex Freihart .... Monsieur Wiegan


  • BONUS
    Sur Les arpenteurs (99')
    * Mick et Arthur, premier court-métrage de Michel Soutter (1965- 30')

    * Entretien avec le cinéaste
    réalisé en 1967 (14') par la Télévision Suisse Romande (TSR) à l'occasion de la sortie de son premier long-métrage La Lune avec les dents.

    * Une manière de faire
    (55’ - 2003) documentaire constitué d'extraits des films de Michel Soutter et d'entretiens avec des personnalités proches lors du tournage de Les Arpenteurs. Avec Alain Tanner, Marie Dubois, Freddy Buache, Andrienne Soutter-Perrot et Simon Edelstein.


    Sur Signé Renart (47')
    * L’Éolienne, documentaire-fiction réalisé par Michel Soutter en 1975 (47') pour la Télévision Suisse Romande

    * Diaporama de photos
    du tournage de Signé Renart

    * Une page
    consacrée à la filmographie de Michel Soutter.



  •  LES DVD
    DIGIPACK 2 DVD 9 – films en noir et blanc et en couleur
    Version originale des films sous-titrée
    en anglais, allemand et espagnol - (bonus en anglais)

BIO DE MICHEL SOUTTER

Le cinéaste suisse romand Michel Soutter est né à Genève en 1932.

Entré à la Télévision Suisse Romande en 1961, il écrit et réalise d'abord des dramatiques. En 1967, il tourne La Lune avec les dents. Ce premier film ouvre la brèche du nouveau cinéma suisse dont il est le précurseur avant ses camarades Alain Tanner et Claude Goretta. Auteur de dix long-métrages de fiction, Michel Soutter réalise aussi de nombreuses émissions pour la télévision, des téléfilms et connaît une importante carrière de metteur en scène au théâtre et pour l'opéra.

Au cinéma, il travaillera notamment avec Jean-Louis Trintignant et Marie Dubois (L'Escapade, 1972) Jean-Louis Trintignant, Delphine Seyrig, Léa Massari et Valérie Mairesse (Repérages, 1977), Heinz Bennent, Pierre Clementi et Jean-Marc Bory (L'Amour des femmes, 1981),
Pierre Arditi (Condorcet, 1989).

Michel Soutter meurt à Genève le 9 septembre 1991.

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