Jan
Svankmajer, cinéaste tchèque, est un des maîtres
actuels du cinéma d’animation. Ses œuvres ont influencé
ouvertement des cinéastes comme Tim Burton, Terry Gilliam ou
encore Peter Greeneway. Sa femme, Eva, avec qui il travaille depuis
le début, participe aux tournages en tant que directrice artistique.
Portrait des Svankmajer...
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Après
les Straub et Huillet, les Gianikian et Ricci, voici les Svankmajer,
un "nouveau" couple de cinéastes, à la vie
comme à l'écran. Bien que les films soient généralement
signés Jan Svankmajer, ce documentaire rend hommage au précieux
travail dans l'ombre de sa femme Eva (1). Peintre
, poète et céramiste du mouvement surréaliste
tchèque, elle est aussi créatrice de décors et
de marionnettes des principaux films de son mari, de Alice
(1984) à Otesanek (2001). Pour ceux qui ne connaîtraient
pas son oeuvre, Jan Svankmajer est sans conteste l'un des auteurs
de cinéma d'animation les plus inventifs de ces 40 dernières
années. Le surréalisme n'est pas mort avec André
Breton, il est bien vivant et incarné par ce cinéaste
tchèque dont les films nous sont parvenus bien tardivement.
En quelque sorte ce documentaire rattrape le temps perdu et nous propose
une immersion passionnante dans l'univers fantasmagorique de Svankmajer.
Un vieil homme à la barbe blanche filme un papillon survolant
une rangée de choux. C'est ainsi que commence le film de Schmitt
et Leclerc, sous le signe de la nature. Qu'il s'agisse de découper
les planches d'un livre d'anatomie pour recréer une sorte de
bestiaire préhistorique ou de tronçonner les branches
d'un arbre qui deviendront les membres d'un bébé de
bois, la décomposition, la déformation et la reconstruction
du corps est à la base de toute l'oeuvre de Svankmajer. Convaincu
que "les objets ont un esprit", il se fait alchimiste en
donnant vie à la matière inerte. C'est précisément
ce que nous permet de découvrir ce film en s'attardant sur
la fabrication d'Otesanek (2). On
découvre Svankmajer l'artisan menuisier, choisissant les bonnes
racines, taillant ses personnages dans le pin mais en restant attentif
à la forme originelle du bois. À l'heure du cinéma
d'animation numérique, sans doute pourrait-il recréer
ses personnages en image de synthèse mais ce qui l'intéresse
précise-t-il "ce sont les imperfections de la matière
car c'est ce qui rend les films subjectifs".
Laurent Devanne
(1) Eva Svankmajer est récemment décédée
en octobre 2005 à l'âge de 65 ans.
(2) Pour en savoir plus sur le personnage d'Otesanek
tiré d'un conte populaire tchèque.
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« Buñuel
+ Disney = Svankmajer », résume Milos Forman avec
admiration. Comment mieux décrire le style de ce maître
tchèque du cinéma d'animation, avec son univers qui prend
ses racines dans la littérature d'Edgar Allan Poe, Lewis Carroll,
du marquis de Sade et de Kafka ?
Tim Burton réalisateur de L'étrange Noël de Mr
Jack revendique volontiers être inspiré par Svankmajer,
de même que Daren Aronofsky, réalisateur de Requiem
for a dream, Pi. Les frères Quay - réalisateurs
de films d'animation - lui dédient un film appelé Le
cabinet de Jan Svankmajer. Quant à Terry Gilliam, réalisateur
de Brazil et de Lost in la Mancha, va jusqu'à
placer Les Possibilités du dialogue parmi « les
dix meilleurs films d'animation de tous les temps ».

Jan Svankmajer est né en 1934 à Prague. Il a étudié
à l'Académie des Beaux-Arts de 1950 à 1954 et à
la faculté du Théâtre (département des marionnettes)
d'où il sort diplômé en 1958. Il se passionne pour
le graphisme, les collages, les animations d'objets en se qualifiant
lui-même de "militant surréalisme".
« L'imagination de mes films est naturellement plus proche
du surréalisme sarcastique, représenté par les
auteurs comme Benjamin Péret, Karel Hynek, Vratislav Effenberger». On
a là l'un des plus étonnants créateurs, loin des
effets spéciaux mais utilisant, comme un artisan, toutes les
possibilités de l'animation. En 1983, le public du festival
international du cinéma d'animation d'Annecy découvre
médusé un court-métrage intitulé Les
possibilités du dialogue, réalisé par Jan
Svankmajer. Le grand prix lui est attribué et une immense curiosité
s'empare des amateurs pour la figure du réalisateur qui semble
issue de nulle part.
Deux ans plus tard, une rétrospective lui est consacrée
et le public prend conscience que l'artiste n'en était pas à
son premier essai, loin de là.
On découvre également que le cinéma d'animation
ne constitue pas sa seule production - ni même le cinéma
dans son ensemble - mais que les toiles, sculptures, objets et collages
font également partie des médias travaillés. L'ignorance
prenait sa source dans le manque d'échanges entre l'Est et l'Ouest.
Depuis, l'oeuvre a été étudiée avec application,
et Jan Svankmajer est désormais reconnu comme un maître
du cinéma d'animation.
(sources: Chalet pointu)
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