)))  LE MIROIR         
     de Andreï TARKOVSKI

 

  • Titre original: Zerkalo
  • 102 minutes (+Bonus 56'), n&b , 1974, URSS.
  • Sortie à la Vente en DVD le 25 Mai 2005
    Distribué par : MK2
  • Prix de vente conseillé : 23€
SYNOPSIS 

Aliocha, un cinéaste de 40 ans, est sur le point de mourir. Il se penche alors sur son passé, rassemblant les souvenirs de la maison de son enfance, de sa mère attendant le retour improbable de son mari, de sa femme et de son fils, des poèmes de son père, de la Seconde Guerre Mondiale... Passé et présent se confondent dans son esprit.

POINT DE VUE

Le Miroir pourrait apparaître comme un retour à la réalité terrienne entre deux films de science-fiction, Solaris (1972) et Stalker (1979). Il n’en est pourtant rien… Le Miroir, nous transporte dans des mondes tout aussi étranges, lointains et n’en oublie pour autant pas la fable philosophique alors que visuellement l’univers exploré familier n’est autre que celui juste de l’autre côté du miroir.

A l’image de Solaris, nous explorons ici la quatrième dimension, celle d’une temporalité où le passé se confond avec le présent et peut-être même le futur. Absence de linéarité chronologique, mélange de rythmes (apparition de ralentis envoûtants), textures plastiques filmiques troublantes (on oscille du noir et blanc du style eau-vive à un chromo), longs plans séquences alternés à des plans fixes extatiques traumatisent nos habitudes de spectateurs… L’essence du film est de confondre, grâce à un montage expérimental, toutes les temporalités afin de perturber le spectateur et d’atteindre à un temps inédit : celui du souvenir, de l’imaginaire et de l’inconscient.

Tarkovski a tenté, dans ses écrits, de sauver ce film brimé par la censure –interdit ou peu diffusé, même à l’étranger- parce que trop expérimental en rappelant qu’il était avant tout autobiographique : «Les destins de deux générations se superposent par la rencontre de la réalité et des souvenirs : celui de mon père dont on entend les poèmes dans le film, et le mien. La maison du film est la reconstruction exacte de la nôtre, et a été construite à l’emplacement de cette dernière. On peut dire qu’il s’agit d’un film «documentaire». Les images d’actualité du temps de guerre, les lettres d’amour de mon père à ma mère, sont des documents qui façonnent l’histoire de ma vie».

Bien sûr, il ne faut voir dans ses propos qu’une tentative désespérée de faire accepter un film hors-normes. Et son intérêt repose d’ailleurs sur cette tentative de faire disparaître, ou tout au moins repousser, les limites de l’art…
Le quatrième film de Tarkovski fonctionne exactement comme son titre nous y invite : nous sommes face à un miroir et c’est notre image que nous y contemplons… Mais comment chacun d’entre nous se retrouve-t-il dans ce reflet ? Par l’art de l’abstraction : pas ou peu d’histoire, des personnages qui se remplacent mutuellement : le fils devient la figure du père et sa mère se transfigure en sa femme… Donc le fils épouse sa mère : Œdipe n’est pas bien loin !

L’abstraction naît également d’une érotisation des images du passé et de la mise en perspective de la sensualité des éléments primaires : la forêt ondule langoureusement, la mousse sur des cailloux est aussi chatoyante qu’un duvet naissant, une pluie constante évoque les perles de sueur qui dégoulinent suavement sur un corps, une caméra caresse amoureusement les décors grâce à la durée interminable de certains plans séquences… Et comment en arriver à un tel état de confusion sans que cela n’apparaisse ni théorique ni artificiel ? Par l’art de la suggestion et de l’hypnose… De même le film ambitionne de casser le verrou de notre imagination ou de notre conscience.

Le film débute par un miroir magique qui s’allume –une télévision- et qui interpelle un garçon en lui demandant qui il est (à comprendre : « qui sommes-nous réellement ? »). Son reflet télévisuel répond en bégayant, une femme psychiatre le manipule, l’hypnotise et l’accouche des réminiscences de son passé… Il perd son bégaiement : les sentiments et les sensations vont se déverser et c’est la violence de leur irruption qui importe plus que leur nature même. Le film fonctionne selon le même schéma : il « bégaie » lui aussi des temps variés, des esthétiques opposées et retrouve peu à peu un temps gluant, mais unique, une image stable qui unifie les divers constituants de l’image au cours d’un interminable plan séquence qui ne se termine pas, puisqu’il n’y a même pas de générique de fin !
Le miroir tente de continuer en nous après sa fin, tel un reflet dans un reflet qui crée un écho sans fin… Et c’est en cela que ce reflet fonctionne : il est plus juste une image, mais une image juste.

Nachiketas Wignesan






   
FICHE TECHNIQUE

    LE FILM

    Réalisation: Andreï Tarkovski
    Interprètes: Margarita Terekhova (Maroussia, la mère et Natalia, sa femme), Oleg Jankovski (le père), Philippe Jankovski (Aliocha à 5 ans), Ignat Daniltsev (Ignat et Aliocha à 12 ans), Nikolaï Grinko (l'homme à l'imprimerie), Alla Demidova (Lisa),Iouri Nazarov (l'instructeur militaire), L. Tarkovskaïa (la mère d'Aliocha, âgée), Innokenti Smoktounovski (le narrateur).
    Scénario: Andreï Tarkovski & Alexandre Micharine
    Image : Gueorgui Reberg
    Son: Simon Litvinov
    Décor: A. Merkoulov
    Montage: Ludmila Feiguinova
    Musique: Edouard Artemiev avec des extraits de Bach, Purcell et Pergolese
    Poèmes: Arseni Tarkovski dits par Andreï Tarkovski
    Production: Mosfilm, Unité 4.

    Distribution: Les films Cosmos
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    LE DVD

  • Image : DVD 9 - Toutes zones - PAL - Tous publics
    Ecran 4/3– Format 1:33
  • Audio: version originale russe mono - version originale russe 5.1 - version française 5.1
  • Sous-titres: français, russe, anglais, espagnol, italien, hollandais, japonais, suédois, allemand, portugais, hébreu, arabe, chinois (Taïwan)
  • Menus: français, russe, anglais
  • Durée du film: 1h42
  • Bonus
    * Préfaces de A. Micharine, scénariste et G. Yavlinski, homme politique (42')
    * Biographie de Arseni Tarkovski, poète et père de Andreï.
    * Entretien avec Innokentii Smoktounovski, comédien (11')
    * Filmographies du réalisateur, scénariste, compositeur et comédiens.
    * "Souvenir"
    * Hommage d'Edouard Artemiev à Tarkovski (3')
    * Galerie de photos
    * Bandes-annonces cachées dans les filmographies