)))  COFFRET HIROSHI TESHIGAHARA
       / 4 DVD

        
        
LE TRAQUENARD
LA FEMME DES SABLES
LE VISAGE D'UN AUTRE

 

  • 1962 à 1966 - Japon
  • Sortie à la Vente en DVD le 5 Décembre 2007
  • Prix de vente indicatif: 49,90€
  • Éditions Carlotta

POINT DE VUE

Carlotta nous offre dans ce riche coffret, 3 films inédits en DVD de Hiroshi Teshigahara - Le Traquenard (1962), La Femme des sables (1964 - Prix Spécial du Jury à Cannes où il a été présenté dans sa version courte, les deux versions, courte et longue, sont proposées dans ce coffret) et Le Visage d'un autre (1966) - un des maîtres du cinéma japonais des années 60, au même titre que Masumura, Oshima ou Yoshida.

Teshigahara est avant tout un artiste total. Il est rapidement sensibilisé à l'art plastique par sa famille (et plus particulièrement son père) qui dirige une des plus prestigieuses écoles d'ikebana (l'art de l'arrangement floral), la Sogetsu. Il suit également des études universitaires de réflexion sur l'art.
Ce n'est donc pas un hasard si ses premiers films portent en eux une thématique artistique. Hokusai (1953) retrace la vie et l'oeuve de ce peintre d'estampes qui a vécu sous l'ère Edo. Ikebana (1956) est un hommage à son père, fondateur de la Sogetsu. Enfin, José Torres (1959) est un film sur la boxe, le noble art (voir Bonus).

Cet intérêt pour l'art sous toutes ses formes, pour la matière et un certain goût pour l'expérimentation se retrouve dans les longs-métrages présentés dans ce coffret. Teshigahara bénéficie de plus d'un contexte particulier. Il connaît, au lendemain de la guerre, le début de l'écroulement des grands studios et l'émergence du cinéma indépendant, en particulier sous la poussée du Parti Communiste.

Il a donc rapidement la possibilité de monter sa propre société de production (Teshigahara Productions en 1964), bénéficiant ainsi d'une assez grande liberté. Celle-ci lui permettra notamment de ne pas s'enfermer dans son activité de cinéaste puisqu'il reviendra régulièrement à diverses formes d'activités artistiques, en particulier la sculpture (l'Espace Cardin lui a consacré une exposition de sculptures d'argile en 1981).

Il réalise son premier long-métrage, Le Traquenard, en 1962. Il collabore pour la première fois avec le scénariste et romancier d'avant-garde, Prix Nobel de littérature, Kôbô Abe, qu'il avait rencontré dès la fin de ses études, au début des années 50. Le compositeur Toru Takemitsu, avec qui Teshigahara avait déjà travaillé sur José Torres, est également de la partie. Ce trio, auquel nous pouvons ajouter le chef opérateur Hiroshi Segawa, récidivera pour les deux films suivants, La Femme des sables et Le Visage d'un autre, donnant aux trois films présentés une certaine unité stylistique et formelle, ce qui ajoute à la pertinence de ce coffret.

Le Traquenard peut dérouter de part son mélange de réalisme documentaire et d'une touche de fantastique à la Bunuel. Mais ces deux aspects du film se nourrissent l'un l'autre pour déboucher sur une constation froide : le travailleur pauvre (fantôme sans aucun pouvoir de décision, enfermé dans sa condition) n'est qu'un pion dans la lutte à mort que se livre le patronat (représenté par un "ange exterminateur" tout de blanc vêtu) et des syndicats divisés.

L'enfant, muet et observateur tout au long du film, prend à la fin son lot de sucrerie et fuit en courant le monde des adultes, synonyme de mort et de violence. Le long travelling qui suit la course de l'enfant n'est pas sans rappeler la scène finale des 400 coups de François Truffaut.
La Femme des sables et Le Visage d'un autre peuvent se rejoindre dans le genre du Gambaku (films sur la bombe atomique). Notons que Teshigahara a travaillé avec le documentariste Fumio Kamei au début des années 50 sur les effets de la bombe atomique.

La Femme des sables, de par ses paysages désertiques de fin du monde (voir le plan magnifique et décalé de la barque au milieu du sable) où un homme et une femme se retrouvent seuls, tels Adam et Eve, pour tout recommencer, ainsi que Le Visage d'un autre, de part les visages comme allégories d'un Japon défiguré, témoignent du traumatisme de la Bombe.
Mais ces deux films se rejoignent également sur le thème de la place de l'Homme dans le Japon inhumain des années 60. Dans La Femme des sables, l'instituteur Junpei Niki, a priori parfaitement intégré dans la société, s'interroge lors de sa détention (prisonnier, comme le mineur de son destin dans Le Traquenard), sur la relativité de la condition humaine. Teshigahara reprend à son compte le mythe de Sisyphe lorsque Junpei tente de gravir sans succès les pentes ensablées de son trou, avec son énorme sac arnaché sur son dos. Junpei doit alors constater l'absurdité de la vie puis en tirer les conséquences pour retrouver la véritable liberté, davantage spirituelle que physique.

Quant à Okuyama (le travailleur défiguré du Visage d'un autre), il reste présent au milieu de la "civilisation" mais il se sent dans le même temps "en exil". Sa tentative de retrouver sa liberté et sa place se soldera par le meurtre et donc par l'échec de son entreprise, dans une fin plus sombre que celle de La Femme des sables. L'angoisse de la disparition et par là même de l'identité est également un thème commun, non seulement pour La Femme des sables et Le Visage d'un autre, mais également pour Le traquenard.

Outre le mineur sans abri de ce dernier film, ne constatant qu'une fois mort (donc disparu du monde des vivants) les réalités sordides de la société dans laquelle il vivait, Junpei (dont le sort n'est pas sans rappeler les personnages de Gerry de Gus Van Sant) et Okuyama sont eux aussi soumis à l'angoisse de la disparition (dans un trou au milieu du désert pour l'un, par l'absence de visage pour l'autre) et à la quête d'une identité éphémère.

Sur ce thème, Kim Ki Duk rend d'ailleurs un très bel hommage à Teshigahara dans l'un de ses derniers films, Time, la chirurgie esthétique remplaçant le masque de Okuyama. Dans ce même film, les sculptures perdues sur une plage de sable est aussi un clin d'oeil artistique à l'univers de Teshigahara (voir Bonus, Sculptures de Sofu-Vita).

D'une manière générale, nous pouvons constater que ces films, au travers de leurs thèmes (ambiance fin du monde, critique d'une société "inhumaine", question de la disparition et de l'identité, l'isolement, la civilisation...) ont eu une influence majeure en occident, notamment sur les films d'horreur américains des années 70, tels que, pour reprendre les plus connus, Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper ou La Colline à des yeux de Wes Craven.

Reste que les films de Teshigahara présentés ici demeurent encore aujourd'hui pour le spectateur une véritable expérience, non seulement artistique mais aussi humaine. Un véritable voyage intérieur...

Stéphane Bedin


   
LES FILMS

 

  • DVD 1

    LE TRAQUENARD (1962, N&B, 93 mn)
    Avec:
    Hisashi Igawa Miner / Otsuka
    Hideo Kanze /Policier
    Kunie Tanaka /Homme Au Costume Blanc
    Sen Yano /Toyama
    Sumie Sasaki /Vendeuse

    Sujet:
    Un mineur sans le sou et son jeune fils se rendent dans un village de Kyushu où l’on a dit au père qu’il trouverait un travail. La ville est en fait déserte, à l’exception d’une femme. Le mineur quitte la ville et un homme en costume et gants blancs le suit. Un meurtre se produit. De fausses empreintes, des investigations et un fantôme… Un enfant assiste à la scène sans dire un mot. La vérité fera-t-elle surface ?.

    + BONUS:
    2 Documentaires de HIROSHI TESHIGAHARA:
    Notre avis: Teshigahara suit à New-York le parcours du boxeur portoricain José Torres, de son statut d'outsider solitaire et isolé luttant dans une société en majorité blanche pour son intégration dans le monde de la boxe américaine à son titre de champion du monde.
    Il s'interroge notamment sur les questions d'identité et de reconnaissance aux yeux du monde. SB


    * José Torres (1959 - 25mn) Un reportage sur le boxeur portoricain José Torres, médaille d'argent aux Jeux Olympiques de 1956 : de l'outsider solitaire et isolé luttant dans une société à majorité blanche, à son intégration dans le monde de la boxe américaine.


    * José Torres, partie 2 (1965 - 58mn) La suite du documentaire sur le boxeur José Torres que l'on suit de l'entraînement jusqu'à sa confrontation avec le champion des poids plumes Willie Pastrano.


    * Bande-annonce

  • DVD 2 & 3

    LA FEMME DES SABLES

    VERSION INTÉGRALE INÉDITE & VERSION CINÉMA EXCLUSIVE AU COFFRET
    (1964 – N&B – 141 mn et 119 mn)
    Prix Spécial du Jury au Festival de Cannes 1964
    Avec:
    Eiji Okada : L'homme
    Kyoko Kishida : La femme
    Sujet: Parti une journée ramasser des insectes au bord de la côte, le professeur Junpei Niki manque le dernier bus pour rentrer chez lui. Un villageois l’invite alors à passer la nuit dans la hutte délabrée d’une jeune veuve. Mais il ignore que la maison de celle-ci se trouve au fond d’un fossé dans la dune et n’est accessible que par une corde. Il accepte son hospitalité sans se rendre compte qu’il est victime d’un piège cruel….

    + BONUS DVD 2 :
    * Mère de sable (24 mn)
    Une analyse de La Femme des sables par Olivier Bitoun, chroniqueur de cinéma.
    Notre avis: Olivier Bitoun analyse La Femme des sables au travers de différents thèmes : les jeux de miroir (parcours physique / parcours mental de Junpei, en quête de liberté), les symboliques (la mer, les documents administratifs, les insectes, le sable et l'eau), le mythe de Sisyphe, la femme. SB



    * Les Métamorphoses de Kôbô Abe (20 mn) Le parcours protéiforme de l'artiste japonais par Julie Brock, professeur à l'institut de technologie de Tokyo et spécialiste de Kôbô Abe.



    * L'Esprit d'avant-garde (23 mn)
    Le parcours de Hiroshi Teshigahara, artiste d'avant-garde, par Mathieu Capel, traducteur et spécialiste de la nouvelle vague japonaise.


    * Bande-annonce

    + BONUS DVD 3: 3 Courts métrages de Hiroshi Teshigahara
    * Tokyo 1958 (1958 - N&B et Couleurs - 25 mn)
    Notre avis: Cette recherche expérimentale et formelle de Teshigahara, dans le cadre d'un travail commun du groupe Cinéma 58, rend compte de la vie des Tokyoïtes en 1958. Notons que le commentaire d'époque en français (!), plutôt classique, contraste avec les expérimentations du cinéaste. SB

    * Sculptures de Soufu-Vita (1963 - N&B et Couleurs -17 mn)
    Notre avis:
    Ce film présentant les sculpture de Sofu Teshigahara, le père de Hiroshi, associées à des décors naturels, permet au cinéaste de pousser encore plus loin certaines techniques de filmage (fondu enchaîné, image par image, très gros plan...). SB

    * Ako (1963 - N&B - 29 mn)
    Notre avis:
    Il s'agit d'un segment du film à sketch, La fleur de l'âge (Jean Rouch, Michel Brault, Gian Vittorio Baldi participent également au projet), sur les adolescents des années 60. Le style est proche de celui de la Nouvelle Vague française. Il collabore une nouvelle fois sur ce film avec Kôbô Abe et Takemitsu. SB

  • DVD 4

    LE VISAGE D'UN AUTRE
    (1966 - N&B - 121 mn)
    Sujet: Okuyama a été défiguré dans un accident de travail. Contraint de se bander entièrement le visage, il perd goût à la vie et sa femme refuse ses avances. Son psychiatre lui propose alors de participer à une expérience : un masque complexe, véritable prothèse faciale, est créé pour Okuyama et lui redonne un visage. Devenu anonyme, il emménage dans une auberge modeste et cultive peu à peu une nouvelle vie sociale, testant les limites de son identité retrouvée…

    + BONUS:
    2 COURT-METRAGES DE HIROSHI TESHIGAHARA
    * Hokusai (1953 - 23 mn)
    La vie et l'oeuvre du peintre d'estampes japonais Hokusai qui a vécu et travaillé sous l'ère Edo.



    * Ikebana (1956 - 32 mn) Un résumé de l'histoire de l'Ikebana, art millénaire japonais de l'arrangement floral, à travers plusieurs oeuvres marquantes.


    * Bande-annonce


    + Un livret de 32 pages

LES DVD
4 DVD-9 – Zone 2 – PAL – Format: 1,33 respecté 4/3 – N&B
Versions originales - Sous-titres: Français




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