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DOS AU MUR
de
Jean-Pierre THORN
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Documentaire - 1981 - France - durée: 1h45 (+Bonus & Livret)
- Sortie
à la Vente en DVD le 5 juin 2007
Scope Éditions
& Périphérie
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Prix de vente conseillé : 29 €
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12
ans après mai 68. Une grève comme tant d'autres.
Les travailleurs de l'Alsthom Saint-Ouen, parallèlement à
ceux de Belfort, affrontent l'Alsthom-Atlantique, un des principaux
groupes industriels français, filiale de la CGE.
Plus qu'un simple documentaire, c'est une histoire poignante, vécue
jour après jour de l'intérieur, et qui entraîne
le spectateur au cœur des espoirs et des interrogations du monde
ouvrier d'aujourd'hui.
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| POINT
DE VUE |
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Scope
Éditions et Périphérie, Centre de
création cinématographique, initient la collection "Histoire
d'un film, mémoire d'une lutte" avec le film de Jean-Pierre
Thorn, Le Dos au mur. Le beau coffret proposé contient
non seulement le DVD du film (avec quelques compléments), mais
aussi le livre de Tangui Perron (historien du cinéma militant)
replaçant le film et l'événement qu'il raconte
dans un certain contexte politique, historique, géographique
et cinéphilique. Nous espérons que ce premier opus est
le premier d'une longue série.
Le documentaire de Jean-Pierre Thorn, réalisé en 1979,
rend compte de la grève et de l'occupation de l'usine Alsthom
de Saint-Ouen. Jean-Pierre Thorn réalise son premier long-métrange
en 1968 (Oser lutter, oser vaincre) sur l'occupation des usines
Renault à Flins. C'est grâce à Jean-Luc Godard qu'il
tire, en mai 1969, 4 copies du film, mais celui-ci ne circulera véritablement
qu'en 1978.
Las des discours théoriques et intellectualisants sur le monde
ouvrier, Thorn décide de devenir un "établi"
et de s'engager véritablement sur le terrain en rejoignant l'Alsthom
en 1971 (c'est aussi dans le but de sortir de sa bibliothèque
et de découvrir le monde tel qu'il est que Pierre Perrault, autre
figure du cinéma direct, a décidé de partir filmer
l'Ile-aux-Coudres,
au Québec). Il note, à ce propos, la "roublardise"
de la direction d'Alsthom qui embauchait des gauchistes pour déstabiliser
la CGT. Il restera 7 années à l'Alsthom, jusqu'en 1978.
C'est quelque temps après son départ, en octobre 1979,
que ses anciens collègues le rappellent pour filmer la grève
tant espérée et finalement décidée.
Thorn revient alors avec ses caméras et quelques amis cinéastes
(dont Bruno Muel, ancien du Groupe
Medvedkine) pour capter l'événement. Il est alors
fortement inspiré par les conceptions du cinéma direct
et en particulier par Harlan county USA de Barbara Kopple, film sur
les grèves minières du Kentucky en juin 1973. Il décide
alors de faire un anti-Oser lutter, oser vaincre qu'il juge
trop simpliste et trop caricatural (ce film contient des attaques répétées
contre le "révisionnisme" du PCF) pour faire un film
profondément encré dans le monde ouvrier et ses différentes
facettes (voir Le Cinéma par-dessus le mur dans les
compléments). Dans Le Dos au mur, Thorn donne d'ailleurs
véritablement la parole aux ouvriers. Dès l'ouverture
du film, c'est par une gréviste que nous apprenons la situation
des salariés d'Alsthom (41h30 de travail par semaine, pas de
13e mois, pas d'augmentation salariale, 4 semaines seulement de congés
payés...) et par là, la légitimité de leur
action.
Dès les premières images du film nous sommes frappés
par le processus de réappropriation de l'espace de travail par
les ouvriers grévistes, au détriment de la Direction et
des "jaunes" (non grévistes). Les portes sont soudées,
les bureaux des "jaunes" sont couverts de peinture de la même
couleur, les slogans et les mots d'ordres garnissent la toiture de l'usine.
Les ouvriers font également venir femmes et enfants pour faire
visiter leur lieu de travail, et ceci avec une certaine fierté.
Les premiers moments du film, qui correspondent d'ailleurs aux premiers
jours de la grève, se passent dans une atmosphère plutôt
bon enfant, pleine d'espoir et d'effervescence. Les plans sont relativement
longs, les images "prennent leur temps". Une voix off égrène
les jours qui passent. Plus le temps s'écoule et plus le temps
paraît s'allonger. Les journées paraissent plus longues.
Chaque journée passée est à la fois une victoire
et une souffrance supplémentaire. Ce film, place véritablement
au coeur de son récit la notion de temporalité de la grève
et le sentiment contradictoire qui en découle : chaque ouvrier
gréviste est pris entre la fierté de résister et
la peur de tout perdre.
Thorn, toujours dans son souci de donner la parole aux ouvriers, interroge
trois grévistes non-syndiqués. Ceux-ci expriment leur
méfiance vis-à-vis des syndicats (CGT trop proche du PC,
CFDT soumise aux querelles de clocher entre gauchistes), leur non-reconnaissance
dans un parti politique et leur doute sur l'idéal communiste
("nous n'avons aucun modèle à suivre dans le
monde"). 10 ans seulement après 1968, leurs revendications
ne se limitent finalement qu'à une volonté matérielle
et individualiste à court ou moyen terme, mais la notion d'idéal
et d'utopie à plus long terme paraît s'évanouir.
Ce passage est intéressant quant à l'évolution
future du monde ouvrier, et pose la question de sa politisation et de
sa syndicalisation. Question pas tellement éloignée de
certaines préoccupations actuelles.
Le temps du film suit le temps de la grève. Cet aspect se ressent
d'autant plus par le montage réalisé par Thorn lui-même.
Le tournant est le plan-séquence de l'occupation de la Bourse,
à Paris (celui-ci nous place véritablement du point de
vue des ouvriers, nous ressentons leur peur, leur angoisse puis l'explosion
au moment de l'entrée à l'intérieur du temple du
capitalisme, le tout sans effet de montage, en laissant le temps se
développer ; voir l'analyse de Alain Nahum dans les Compléments).
Au fur et à mesure que le film avance, certaines images se répètent
(les AG, la présence des CRS), la voix off égrènant
les jours de grève est plus présente. La tension est palpable
et la famille est maintenant exclue. Les ouvriers paraissent de plus
en plus isolés.
Finalement, après plus d'un mois de grève (du 11 octobre
au 26 novembre 1979), les revendications sont loins d'être satisfaites
et la défaite est amère. Malgré une dernière
"Internationale" pleine de rage (sur un rif de guitare destructuré,
tel l'hymne américain explosé par Jimmy Hendrix) dans
la cour de l'usine, la déception est grande. Celle-ci paraît
anticiper la désillusion politique qui se prépare avec
l'élection de François Mitterrand en 1981, mais aussi
l'évolution du monde ouvrier et de sa représentation.
Le Dos au mur est au final une vraie et belle oeuvre cinématographique,
une "épopée ouvrière" entre les joies,
les déceptions, les solidarités et les trahisons propres
à la lutte. Il rejoint surtout plus que jamais nos préoccupations
actuelles, comme en témoigne ce dialogue entre un "jaune"
et un "rouge" au portes de l'usine : le premier : "chacun
a le droit de revendiquer, mais dans la légalité, sans
imposer ce que vous désirez", le second : "Avez-vous
déjà obtenu une seule fois satisfaction à l'Alsthom
dans la légalité ?".
Stéphane Bedin |









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LIRE
AUSSI
GROUPES MEDVEDKINE
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FICHE
TECHNIQUE
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- LE
FILM
Sortie
en salles le 25 mars 1981
Réalisateur : Jean-Pierre Thorn
Scénario : Jean-Pierre Thorn, Jacky Moreau
Musique : Jacky Moreau, chanson de JP Thorn & Jacky Moreau
interprétée
par Jacky Moreau
Image : Yves Billon, Robert Millie, Bruno Muel, Alain Nahum,
Eric Pittard,
Guy-Patrick Sainderichin
Son : Richard Copans, Pierre Escoffier, Jean-Pierre Fénie,
Patrick Genet, Claude Ostro,
Théo Robichet
Montage : Alain Debarnot, Zoé Durouchoux, Jean-Pierre
Thorn
Mixage: Lucienne Yvonnet
Directeur de Production: Claude Gilaizeau
Distribution: Les Films de la Lanterne
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- LE
DVD
DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs
Image
& Son :
Ecran:
4/3
Format : 1:33 respecté
Son: Mono Français
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- BONUS
(29')
* Le cinéma par dessus le
mur (16 min)
Entretien avec Jean-Pierre Thorn par Tangui Perron
Notre avis: Jean-Pierre
Thorn nous rappelle son parcours, ses désirs et ses obsessions
de cinéaste. Il compare notamment le mouvement social à
un grand western et affirme son amour de l'épopée et
du théâtre épique de Bertolt Brecht. Il tient,
par cette vision, à prendre le contre-pied du cliché
"cinéma militant = cinéma chiant".
Le dernier film de Jean-Pierre Thorn, Allez Yallah (sorti
en novembre 2006), porte sur l'intégrisme religieux et sur
la remise en cause du droit universel des femmes à l'égalité.SB
 
* L’invasion du veau d’or
(5 min)
Séquence de la Bourse commentée par Alain Nahum, opérateur
et cinéaste
* Les yeux rouges
(8 min)
Portrait d’Henri Onetti, protagoniste de la lutte
Notre avis: En 1979, à
l'issue de la grève de l'Alsthom, Henri Onetti prédisait
une montée progressive du mécontentement des travailleurs
et une utilisation plus ou moins inévitable de la violence
à moyen terme. Il affirmait également que si il ne donnait
pas le premier coup de fusil, il tirerait le second. Sa vision n'a
pas trop changé plus de 25 ans après puisque pour lui,
"il faut toujours un peu de violence pour faire avancer les
choses". Mais il constate aujourd'hui les difficultées
pour mobiliser, à cause de l'appauvrissement constant des travailleurs
et de la peur de perdre son emploi. Enfin, il cite son grand-père
: "Le Français, c'est quand il a le nez dans la merde
qu'il se révolte". Il espère que l'heure de
la révolte a enfin sonnée. SB
 
- LE
LIVRE

Signé
par Tangui Perron, historien du cinéma militant et du mouvement
ouvrier, l’ouvrage dresse un panorama du cinéma militant
dans les années 70, et évoque l’itinéraire
de Jean-Pierre Thorn qui entra à cette époque à
la fois en cinéma et en politique. Il mêle dans un aller-retour
incessant histoire sociale et analyse cinéphilique.
Tangui Perron rappelle l’environnement industriel et ouvrier
de Saint-Ouen, la place de l’usine Alsthom dans la ville, et
décrit les principales étapes de la grève de
1979. Surtout il évoque comment Jean-Pierre Thorn a su construire
avec Le Dos au mur, un film tout à la fois personnel et collectif.
Richement illustré – en particuliers de photographies
signées Chris Marker –, l’ouvrage réunit
les contributions de plusieurs historiens et sociologues parmi lesquels
Nicolas Hatzfeld et Michel Pigenet.
Notre
avis: Le livre de Tangui Perron replace parfaitement
le film dans son contexte. Au travers d'une rétrospective du
cinéma militant des années 70 et rappelant les conditions
de l'éloignement entre le PCF et l'extrême-gauche, il
retrace le parcours de Jean-Pierre Thorn. Pour son premier long-métrage,
Oser lutter, oser vaincre, il a bénéficié
du soutien de Jean-Luc Godard (début de la période Mao
des Cahiers du cinéma) et de l'ARC (Atelier de Recherche Cinématographique),
d'influence trotskyste/maoïste. Il s'attarde également
sur Saint-Ouen, qui subit alors de plein fouet la désindustrialisation.
Il donne enfin la parole aux hommes, notamment à Bruno Muel,
opérateur sur Le Dos au mur : "Même
si on parle après coup de l'échec d'une grève,
les souvenirs de ces moments de grâce, de rêve et d'utopie
resteront dans les têtes".
L'ensemble est mis en valeur par les belles photographies de Chris
Marker. SB
- LA
COLLECTION
La collection histoire d’un
film, mémoire d’une lutte revisite notre histoire sociale
contemporaine et son expression cinématographique. Chaque titre
de la collection réuni un documentaire de création tourné
à la faveur d’un mouvement social et un livre qui inscrit
la lutte, mais aussi le film, dans le contexte politique, historique
et cinéphilique de l’époque. Dans le même
esprit, des bonus et une importante iconographie viennent enrichir
les deux faces de l’ouvrage.
La Collection histoire d’un film, mémoire d’une
lutte est éditée par les Éditions Scope et Périphérie,
centre de création documentaire
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JEAN-PIERRE
THORN PAR TANGUI PERRON
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Jean-Pierre
Thorn semble avoir un rapport singulier avec le temps. En 1968, il
se jette d'abord seul, avec une petite caméra Pathé-Webo
et un magnétophone non synchrone, au coeur de la grève
des jeunes ouvriers de Renault-Flins, avant d'être rejoint et
épaulé par des techniciens talentueux (Bruno Muel, Antoine
Bonfanti, Yann Le Masson...). Grâce à Jean-Luc Godard,
il tire, en mai 1969, quatre copies d' Oser lutter, oser vaincre et
il en sauve une de ses camarades maoïstes de la Cause du peuple
qui, lors d'un tribunal "populaire", qualifient le film
de «liquidateur». Ce n'est qu'en 1978 qu' Oser lutter,
oser vaincre circule réellement, au sein d'une programmation
sur 1968 établie par l'auteur. Un an plus tard, Jean-Pierre
Thorn retire son film des réseaux de distribution. Ce retrait
a duré vingt ans.
Entre-temps, entre 1969 et 1978, le cinéaste s'est fait ouvrier,
"établi", aux usines Alsthom de Saint-Ouen. Quelques
mois après son départ de l'usine, en octobre 1979, la
grève avec occupation, tant désirée, éclate
enfin. Ses camarades le sollicitent, Jean-Pierre Thorn revient avec
sa caméra et ses amis cinéastes (dont, encore une fois,
Bruno Muel), il en ressort avec Le dos au mur (1980), sans doute son
chef-d'oeuvre, l'un des meilleurs films en tout cas sur une grève
ouvrière. Ce fut vraisemblablement à ce moment, à
priori, que Jean-Pierre Thorn paraît avoir été
le plus "synchrone".
Car sa première fiction, Je t'ai dans la peau narrant la vie
d'une syndicaliste communiste, ancienne bonne soeur, qui se suicide
après son exclusion et «l'arrivée de la gauche
au pouvoir» (en 1981), ne pus sortir qu'en 1990, dans un contexte
politique radicalement différent (et complètement navrant).
Cela aussi dû grandement contribuer à l'échec
public du film. Après Génération Hip Hop ou Le
Mouv des Z.U.P. (1995) et Faire Kifer les anges (1996), on comprend
mieux la profonde nostalgie qui traverse On n'est pas des marques
de vélo (2002), centré sur la personnalité et
le destin de Bouda, danseur de Hip Hop dont la carrière fut
brisée par l'application de la double et triple peine. En fait,
à travers l'oeuvre de Jean-Pierre Thorn, entre la rage et l'amertume,
perce une nostalgie violente ou secrète qui reflète
des moments perdus et inachevés : la grève qu'on aurait
pu gagner si..., la carrière qu'il aurait pu faire si... Sous
ce discours implicite se cachent sans doute les propres fêlures
du réalisateur : la Révolution ou les grèves
qu'on aurait dû gagner, les autres films que j'aurais dû
faire... Mais c'est justement dans cette nostalgie et dans cette amertume,
dans cet entre-temps, que s'est construite l'oeuvre du cinéaste.
Les titres-mêmes de ses trois principaux documentaires renvoient
d'ailleurs aux évolutions de notre époque : d'une attitude
de conquête de la classe ouvrière (ou de ceux qui veulent
être ses héraults) à une attitude défensive,
d'une attitude de défense de cette classe ouvrière autrefois
fantasmée et aujourd'hui si malmenée, à une tentative
de survie des jeunes des milieux populaires. A l'intérieur-même
de son oeuvre, Jean-Pierre Thorn, lui-même monteur, excelle
dans certains de ses films, par les temps qu'il instaure. Oser lutter,
oser vaincre, dont le montage est pétri des théories
d'Eisentein, est ainsi, au-delà même du pamphlet (très)
dogmatique, une superbe fresque épique. Le dos au mur, inspiré
par les conceptions du cinéma direct exprimées en particulier
par Barbara Kopple dans son chef d'oeuvre Harlan County USA , instaure,
lui, un autre rapport au temps. Point ici de récit historique
débouchant sur une incantation révolutionnaire et une
prophétie rageuse, mais un réel travail sur le temps
de la grève et de ses acteurs (qui débouche sur un constat
amer). Entre-temps Jean-Pierre Thorn a effectivement connu le temps
du travail en usine, et si sa sincérité reste toujours
absolue, il a grandement gagné en qualité d'écoute,
de dialogue et d'observation - gages indispensables du travail documentaire.
(Sous cet angle la première fiction de Jean-Pierre Thorn semble
une régression, tant l'irruption du réel et la dilatation
du temps ne paraissent pas avoir de place sous la juxtaposition des
chromos et de la reconstitution historique).
Jean-Pierre Thorn se révèle également comme cinéaste
dans son rapport à l'espace. Tout l'espace d'Oser lutter, oser
vaincre se tient dans l'enceinte de l'usine et son rapport avec l'extérieur,
les deux mondes étant séparés par des grilles.
On retrouve une géographie identique dans Le dos au mur - ainsi
que des scènes similaires (la montée des escaliers de
l'usine par les ouvriers en grève). Entre les deux espaces-mondes,
entre l'usine réinvestie par les ouvriers et l'extérieur
menaçant où pointent les jaunes et les CRS, percent
toujours la nostalgie d'une contre-attaque quasi-militarisée,
la fiction et la tentation d'une organisation de la violence, d'une
reconquête du monde au delà des barrières physiques
et symboliques. Le monde des usines et des ateliers, c'est celui des
pères des enfants du hip-hop qui, eux, ont pour horizon les
barres HLM, les grilles et les passerelles des RER, les toits et les
caves des grands ensembles. Quand les jeunes danseurs d'On n'est pas
des marques de vélo exécutent leur chorégraphie,
c'est enfermés entre quatre murs, bondissant et rebondissant
dans un espace clos. Toute l'oeuvre de Jean-Pierre Thorn tend ainsi
à reconquérir et élargir les espaces, à
casser les murs, à remonter et rattraper le temps perdu. D'où,
généralement, cet immense sentiment d'amertume.
En fait, si certains films de Jean-Pierre Thorn sont sortis à
contretemps, le cinéaste et le citoyen ont souvent été
en symbiose avec leur époque, parfois en avance sur celle-ci.
Au début des années 80, alors qu'il est permanent syndical
de la section audiovisuelle de la CFDT (avant d'être écarté
de la confédération), il est un des premiers à
s'intéresser à la création vidéo en relation
avec les comités d'entreprise. Il organise également,
en réussissant à faire collaborer la CGT et la CFDT
sur Nantes et Saint-Nazaire, un festival de vidéo des organisations
ouvrières. Co-fondateur de l'ACID (Association pour un cinéma
indépendant), Jean-Pierre Thorn a énormément
milité l'été 2003, avec rigueur, pour la défense
du régime des intermittents du spectacle, au détriment
de la sortie de son dernier documentaire. Jean-Pierre Thorn est ainsi
de ceux qui prouvent, par leurs actes et par leurs films, même
s'il n'aime guère l'expression, que les mots "cinéastes"
et"militants" ne sont parfois pas incompatibles. Au contraire.
Par Tangui Perron, chargé de mission Patrimoine et cinéma
en Seine-Saint-Denis.
(sources:
Périphérie)
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FILMOGRAPHIE
DE JP THORN
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Cinéaste
et militant, Jean-Pierre Thorn renonce au cinéma après
68 pour entrer à l’usine Alsthom de Saint-Ouen, comme
ouvrier spécialisé. En 79, redevenu cinéaste,
il revient dans l’usine qu’il a quittée un an plutôt
pour filmer la grève et l’occupation. « Le
Dos au mur, écrit Jean-Pierre Thorn lors de sa sortie
en salles en mai 81, c’est avant tout cela : l’aboutissement
d’une double expérience à la fois ouvrière
et cinématographique.
1968 Oser lutter, oser vaincre, flins
68 – documentaire, 95 mn
1973 La Grève des ouvriers de
Margoline – documentaire, 42 mn
1980 Le Dos au mur – documentaire,
105 mn
1990 Je t’ai dans la peau –
fiction, 118 mn
1995 Génération hip hop
ou Le mouv’ des z.u.p – documentaire, 58 mn
1996 Faire kifer les anges – documentaire,
88 mn
2002 On n’est pas des marques de
vélo – documentaire, 89 mn
2005 Allez Yallah ! – documentaire,
116 mn
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