Tout
est parti d'un simple titre: Cat people. L'idée
a émergée dans la tête du nouveau directeur de la
RKO, Charles Koerner qui demande alors au producteur Val Lewton de réaliser
un film à partir de ce titre attrayant et mystérieux !
Ce dernier se tourne vers le scénariste DeWitt Bodeen et le réalisateur
Jacques Tourneur. L'histoire raconte que ce sont les conditions économiques
du film qui ont dicté à Tourneur ce choix de mise en scène
tout en suggestion, dénuée d'effets spéciaux où
l'on assisterait à la mutation d'un corps de femme en corps animal.
Vampires ou loup-garous, il était assez courant à cette
époque de croiser sur les écrans des monstres mi-humains,
mi-bestiaux. Ici, la créature n'est pas montrée mais suggérée
et c'est bien entendu ce qui fait la beauté de ce film et sa
perrenité. Car l'imagination du spectateur ne vieillit pas au
contraire des trucages.
Malgré une certaine molesse au niveau du rythme, La féline
reste un film d'une grande pureté formelle. Tourneur se sert
de simples effets de mise en scène pour développer une
atmosphère angoissante et glisser lentement vers un réalisme
fantastique. Le choix d'ancrer l'histoire dans un contexte contemporain
est également l'une des grandes originalités du film.
Tourneur épure au maximum son image, joue avec les sons (un freinement
de bus devient le rugissement d'un léopard) et use de nombreux
effets d'ombre et de lumière. Le point d'orgue étant la
très belle scène de la piscine où les reflets de
l'eau sur les murs créent une présence invisible et une
ambiance étouffante.
S'appuyant également sur une légende venue des pays de
l'Est (qui n'est pas sans évoquer le comte Dracula de Roumanie),
il invente un passé morbide à la jeune femme. Irena Dubrovna
serait issue d'un village hanté par le Mal que le roi Jean de
Serbie aurait libéré en chassant les Mamelouks! Descendante
de ce peuple adepte de messes noires et de sorcellerie, elle ne peut
embrasser un homme sans risquer de le dévorer ! La peur de perdre
sa virginité est le véritable sujet de La féline.
La jeune femme est angoissée par sa propre félinité,
une sexualité qui la hante, qu'elle cherche à apprivoiser,
à étouffer mais qui ne cesse de ressurgir. En une boucle
parfaite, le film démarre par une radieuse journée au
zoo devant la cage aux fauves pour s'achever au même endroit,
en pleine nuit. Entre temps, la jeune femme s'est transformée.
Lumineuse et candide, elle va petit à petit faire ressortir ses
démons intérieurs, s'assombrir et laisser apparaître
son vrai visage de femme. On regrettera que ce rôle si complexe
ait été donné à la jeune Simone Simon qui
manque d'étrangeté et de profondeur. La simple et brève
apparition d'une autre femme au "visage de chat" dans la scène
du restaurant suscite bien davantage le mystère.
À force de jouer avec cet espace invisible qu'est le hors-champ,
Tourneur nous invite à nous questionner sur ce que l'on a vu
ou cru voir durant tout le film. La féline ne serait-elle pas
que le fruit de notre propre imagination ?
Laurent
Devanne |




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