)))  CLÉO DE 5 À 7 + DAGUERRÉOTYPES     
        
de Agnès VARDA   

> DOUBLE DVD  
COLLECTOR 

> Prix de la Critique 2006 du meilleur coffret DVD décerné par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des films de télévision.


 

  • 1961 / 1975 - France
    durées: 1h26 & 1h15 (+ 2h20 de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 5 Décembre 2005
    Editions Ciné Tamaris
  • Prix de vente conseillé : 39,50€
CLÉO DE 5 À 7
 
 
DU MÊME AUTEUR
   

SYNOPSIS

Cléo est chanteuse. Mais aujourd'hui, entre 17 et 19h, elle attend le résultat d'une analyse médicale. Elle craint le cancer. Pendant deux heures, elle va et vient, rencontre ses amis, son amant, son pianiste, se fait dire l'avenir, fait les magasins… Mais partout se dessine le visage de la mort et de la maladie…

POINT DE VUE

"Nous reconnaissons les choses,
nous ne les connaissons pas".   (Gilles Deleuze)

Dans son essai philosophique, Proust et les signes, Gilles Deleuze définit le signe comme l'élément fondateur pour déterminer la valeur esthétique d'une oeuvre artistique. Le narrateur de À la recherche du temps perdu est touché par des signes: la madeleine, la symétrie de deux clochers, un pavé mal scellé... ces signes renvoient à la corruption par le temps que seule l'oeuvre d'art arrive à vaincre.(1) La jeune Cléopâtre d'Agnès Varda est pareillement cernée par les signes. Des signes qui annoncent sa mort. Elle attend le résultat d'une analyse médicale et craint l'annonce d'un cancer. Présente dans les cartes de Madame Irma, présente dans les masques vaudou d'une vitrine d'antiquités, présente dans cette superstition qui force à dire qu'il ne faut jamais porter d'habits neufs le mardi (et Cléo vient de s'acheter un chapeau noir qu'elle arbore farouchement), présente dans cette enseigne 'Deuil' ou 'Pompes funèbres' au-dessus d'un immeuble, et présente même dans cette robe à pois que porte Cléo comme une contamination annoncée, la grande faucheuse va encercler la jeune et jolie Cléo d'un halo invisible et transformer ses quelques heures qui la séparent de ses résultats, en un véritable chemin de croix. Bien sûr, la question posée par la grande ordonnatrice, Agnès Varda, est la suivante: faut-il croire en ces signes ? Quand le monde qui vous entoure s'obstine à vous dire que la fin est proche, faut-il l'écouter ? Ou n'est-ce qu'une création de l'esprit de Cléo qui voit le monde se rétrécir à son obsession de la mort ?

Sans être une cinéaste conceptuelle, Agnès Varda s'est forgée au fur et à mesure de ses films une méthode toute personnelle qu'elle a appellé "cinécriture". L'idée est simple, son cinéma ne peut se faire qu'au hasard des rencontres, des envies soudaines et selon ses propres termes : des "inspirations très violentes". La construction même de Cléo de 5 à 7, son second long métrage, en est le reflet le plus fidèle. Arpentant les rues de Paris, le regard perdu dans ses pensées, Cléo semble s'abandonner à la ville comme une feuille au vent. Au gré de son périple, elle croise le jovial pianiste Bob (truculent Michel Legrand!), la pétillante Dorothée, modèle pour une école de sculpture, le projectionniste Raoul et Antoine, soldat permissionnaire en partance pour l'Algérie (nous sommes en 1961 !). Mais malgré ce sentiment de liberté, malgré cette belle journée de printemps ensoleillé, malgré la beauté de Paris (du café du Dôme au Parc Montsouris), malgré la légèreté et la pétulance de chacune de ses rencontres, tout n'est que présence de la mort qui rôde. À travers les différents personnages que Varda met sur le chemin de Cléo, ce sont les arts, ultime sublimation d'une réalité trop éprouvante, qu'elle convie au rendez-vous: la chanson, le cinéma, la sculpture, la littérature. Et Cléo de 5 à 7 devient une éclatante oraison funèbre chantée par Michel Legrand, mimée par Jean-Luc Godard et Anna Karina et déclamée par Antoine Bourseiller. En cela, Varda rejoint l'univers de Jacques Demy, son compagnon de toujours où la gaieté, l'enchantement, l'humour prennent le pas sur une gravité sous-jacente.


Laurent Devanne


(1) Extrait de la théorie critique du ciné-club
















FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Prix Méliès 1962
    Sortie en salles le 29 novembre 1961

    Réalisation & scénario
    : Agnès Varda
    Avec:
    Corinne Marchand (Florence, 'Cléo Victoire')
    Antoine Bourseiller (Antoine)
    Dominique Davray (Angèle)
    Dorothée Blank (Dorothée)
    Michel Legrand (Bob, le pianiste)
    José Luis de Villalonga (l'amant)
    Loye Payen (Irma, la cartomancienne)
    Renée Duchateau
    Lucienne Le Marchand (la conductrice du taxi)
    Serge Korber (Plumitif, le parolier)
    Robert Postee (le docteur Valineau)
    Jean-Luc Godard, Anna Karina, Sami Frey, Jean-Claude Brialy (Les amants du Pont Mc Donald)

    Assistant-réalisateur: Marin Karmitz
    Image: Jean Rabier
    Décors: Bernard Evein
    Montage
    : Janine Verneau
    Compositeur : Michel Legrand
    Sociétés de production : Ciné Tamaris & Rome Paris Films
    Production:Carlo Ponti, Georges de Beauregard

DAGUERRÉOTYPES
 
SYNOPSIS
Année 1975. Entre le n°70 et le n°90 de la rue Daguerre, pittoresque rue du XIVe arrondissement, Agnès Varda filme en voisine les commerçants et les habitants du coin. Un spectacle de magie les réunit.

POINT DE VUE
Depuis ce film, la rue Daguerre du 14ème arrondissement de Paris est indissociable du nom d'Agnès Varda. Et comme le dit Corinne Marchand dans Cléo de 5 à 7, il faudrait rebaptiser le nom des rues avec des noms de vivants, et pourquoi pas commencer avec la rue Daguerre que l'on renommerait rue Varda ? Elle n'y est pas née mais elle y vit depuis 1951. Elle n'a pas inventée de technique photographique mais elle est devenue en 1956, la révélation féminine de la Nouvelle Vague avec son premier long métrage, La pointe courte.
En 1975, lorsque la chaîne allemande ZDF lui donne carte blanche, c'est tout naturellement qu'elle tourne sa caméra vers les petits commerçants de sa rue, le boulanger, le coiffeur, l'horloger, le quincailler, l'épicier, l'auto-école, le blanchisseur et le vendeur d'accordéon.
Monteuse dans l'âme, Agnès Varda jongle avec les idées et se dit qu'une rue qui s'appelle Daguerre ne peut être filmée que par le biais du... daguerréotype. Une belle façon de rendre hommage à ses premières amours(1) à travers un homme d'image, pionnier de la photographie: Louis Jacques Mandé Daguerre qui rachète en 1829 les procédés de Niepce et met au point le "daguerréotype", une épreuve unique sur plaque metallique de plus de 20 minutes de pose (2). Varda reprend à son tour la technique et l'applique au cinéma dans la séquence finale (d'hypnose collective) de son film: une série de longs plans séquences fixes sur les commerçants de sa rue, posant pour l'éternité devant la devanture de leur magasin; un regard frontal et tendre sur le Paris d'une époque, avec en arrière-plan, la douce illusion que le cinéma peut arrêter le temps.

Agnès Varda est une colleuse à la Prévert, s'amusant comme une collégienne à rapprocher, à faire rimer les images les plus inattendues. Dans son Daguerreotypes, elle monte le spectacle (donné dans le restaurant d'à côté) de l'illusionniste Mystag en parallèle avec les gestes quotidiens des commerçants de sa rue. Le magicien se tranche le bras avec un énorme couteau tandis que le boucher découpe une pièce de boeuf; le moniteur d'auto école répète qu'il faut bien se rentrer les panneaux de signalisation dans la tête quand Mystag, de son côté, fait pénétrer 33 lames d'épées et couteaux dans le crâne d'une jeune femme. Le personnage de Mystag est le pivot du film, apparaissant sur le parvis du Trocadéro tel un Fantômas du temps de Louis Feuillade ou un illusionniste à la Georges Méliès, il ouvre, clôt l'histoire et lui insuffle son rythme au fur et à mesure de ses tours. Est-ce à dire que la magie est au centre du film ? En un sens, Varda voudrait donner un coup de baguette magique sur cette réalité parfois triste de la rue Daguerre, à l'image de cette vieille dame de la boutique du Chardon Bleu dont le regard absent est un volet ouvert sur toute la tristesse du monde. La cinéaste n'éclipse pas la dûreté de la vie, la répétition des gestes, l'attente du client, elle veut aussi savoir de quelle matière sont faits leurs rêves quand ils arrivent à dormir. La réussite du film est d'avoir su transcender cette réalité brut pour en dévoiler la beauté secrète: la chorégraphie d'une fermeture de boutique, la danse des coups de balai en devanture de magasin, la valse des passants.
Un générique parlé, des fondus au noir manuels (à la prise de vue), une petite caméra Super 16mm (bien souvent à l'épaule), Agnès la "daguerréotypesse" (c'est ainsi qu'elle se définit) n'a rien perdu de sa méthode 30 ans après quand elle filme avec sa petite caméra DV ses Glaneurs et sa glaneuse, et se pose définitivement en ultime artisane et commerçante de la rue Daguerre dont elle a - d'ailleurs - pignon sur rue depuis l'ouverture en 2002 de sa boutique Ciné-Tamaris (3) au numéro 88.


Laurent Devanne



(1) Agnès Varda a d'abord été photographe au TNP à l'époque de Jean Vilar.
(2) Parmi les boni du film, une exposition de daguerréotypes filmée en 2003 au Musée d'Orsay.
(3) Fondée en 1954, Ciné-Tamaris est l’une des plus anciennes maisons de production indépendantes françaises, qui s’appelait auparavant Tamaris-films. Elle a produit la plupart de ses films.















FICHE TECHNIQUE
1975, France, 75 min, 16mm, Couleurs
Réalisation, Scénario : Agnès Varda
Commentaire : Agnès Varda
Image : Nurith Aviv, William Lubtchansky
Montage : Gordon Swire
Son : Antoine Bonfanti, Jean-François Auger
Interprétation : les habitants et les commerçants de la rue Daguerre, le magicien Mystag
Production : Ciné-Tamaris

 
 
  •  LES DVD (2 disques)
    DVD 9 - PAL - Zone 2- Tous publics - noir & blanc et couleurs
    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1/33
    Son: mono

    Langue:
    français
  • LES BONI  (2h20)

    Un bonus, des boni... rendons à César son latin. Merci Agnès pour cette petite leçon de langue pas tout à fait morte d'ailleurs. Les boni de cette édition-maison (Ciné-Tamaris) sont un régal pour tout cinéphile et méritent amplement le titre attribué par le syndicat de la critique de Meilleur Coffret DVD de l'année 2006.
    D'abord un agréable petit livret de 16 pages, scindé en 2 (une partie pour chaque film) ludique, très illustré, présentant quelques critiques de l'époque (de Jean-Louis Bory notamment), des extraits de dialogues et une petite carte centrale de Paris dessinant le trajet effectué par Cléo pendant la durée du film.

    Côté vidéo, Agnès Varda nous gratifie de nombreuses interviews évoquant ses souvenirs de tournages, et réalisant spécialement pour le coffret de courts boni-films : une ballade en moto, (en vitesse accélérée) du trajet réel de Cléo dans le Paris de 2006 avec Pierre William Glenn à l'oeilleton; un portrait des nouveaux commerçants de la rue Daguerre; un documentaire sur l'ancienne boulangerie de Mr Piednoir et sa façade rénovée à l'ancienne avec la technique de la feuille d'or dans le goût des années 1900; deux documents sur les inspirateurs de chaque film: Daguerre vu à travers une expo au musée d'Orsay et les peintures de Hans Baldung Grien. De quoi assouvir toutes les curiosités qui entourent ces deux films.

    Et puis, 4 cerises sur le gâteau: quatre films courts méconnus d'Agnès Varda à découvrir absolument où l'on poursuit la visite de Paris sous son regard toujours fantaisiste et inventif:
    * Les Fiancés du Pont Mac Donald
    , le petit film burlesque en noir et blanc tourné avec un petit couple d'amoureux, Jean-Luc Godard et Anna Karina, nous sommes en 1961.
    * Du modèle figé dans l'atelier de sculpture dans Cléo de 5 à 7, aux femmes statues des Dites Cariatides, il n'y qu'un pas...
    * En 1958, Agnès Varda a 30 ans et attend un bébé (sa fille Rosalie), en découle l'Opéra mouffe ou les divagations d'une femme enceinte sur la rue Mouffetard et son marché.
    * Donner un os à manger au lion de la place Denfert-Rochereau, le tour de passe passe surréaliste enfin accomplit dans le Lion volatil.   LD



    DVD1 / CLÉO DE 5 À 7
    (72')


    * "Que reste t-il d'un film plus de quarante ans après son tournage" ? (36min)
    Documentaire Souvenirs et anecdotes de Agnès Varda, Marin Karmitz (alors assistant-réalisateur) et des comédiens Corinne Marchand et Antoine Bourseiller.




    * Interviews de Madonna et Agnès à propos de Cléo (2min)



    * Documentaire Trajet réel de Cléo dans Paris, filmé depuis une moto, en accéléré, sur une musique de jazz de Pierrick Pedron. (9min)


    * Documentaire sur Hans Baldung Grien, peintre allemand du XVIe s, célèbre pour ses allégories comme La Beauté et la Mort... qui ont inspiré Agnès Varda.


    * Interview d'Agnès Varda à propos des Fiancés (du Pont) (3min). Agnès Varda raconte pourquoi et comment Karina et Godard ont tourné un burlesque.



    *Les Fiancés du Pont Mac Donald. (court-métrage de A. Varda 1961 / 4min52)


    * Bande-annonce française de 1962, de Cléo de 5 à 7 (2min)

    *Les Dites Cariatides, Femmes statues, colonnes humaines.
    (documentaire de Agnès Varda 1984 / 12min)




    *Les dites Cariatides bis, quelques Cariatides qui avaient échappé à Agnès Varda en 1984. (2min)




    DVD2 / DAGUERRÉOTYPES
    (68')




    * Documentaire sur la rue Daguerre en 2005, quelques commerçants dans les boutiques mêmes du tournage de 1975, du côté de l'avenue du Maine. (22min)



    * Documentaire Pain, Peinture et Accordéon, entre voisins, de la boulangerie au magasin d'accordéons (et avec Jane Birkin)... (8min)



    * Documentaire Daguerréotypes, objets photographiques, découverte de ces photographies « primitives » au Musée d'Orsay... (6min)



    * Documentaire Fête de la musique rue Daguerre (3min)



    * Documentaire L'opéra Mouffe, carnet de notes d'une femme enceinte au quartier de la Mouffe : la bouffe, les clodos... (1958/ 16min)
    + Portfolio de photographies prises par Agnès quand elle préparait le film.



    *Court-métrage Le Lion volatil, courte aventure près du Lion de Belfort avec Julie Depardieu. (12min)
    +Cartes postales anciennes du Lion de Belfort.

     

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