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Ode
au pique-nique en famille, au verre de vin entre copains à la
Saint-Jean, au bisou donné à ses enfants avant le coucher,
au café en terrasse partagé avec une inconnue aux abords
du Château de Vincennes…
Le Bonheur est une ode aux plaisirs simples de la vie de tous
les jours. François mène ce qu’on appelle une «
vie sans histoires » entouré de sa femme Thérèse
et de ses deux enfants, Gisou et Pierrot dans la petite banlieue parisienne
de Fontenay-aux-roses. Un film sans histoire. Presque un anti-film,
sans nœud dramatique. Filmer le bonheur est quasi anti-cinématographique
car insipide et ennuyeux mais avec Agnès Varda, c'est l'inverse.
Elle aime poser sur la banalité, le quotidien, l'anodin, son
regard attentif et pictural. Comme un tableau de Monet, elle filme par
petites touches impressionnistes, des petits coups de pinceau serrés
et rapides. C'est aussi de la photo. Elle parsème son film de
plans fixes, très courts, comme des clichés: une devanture
de magasin, un pot de fleurs sur une table, puis une magnifique série
de poses d'un couple nu après l'amour et surtout ce petit plaisir
spirituel qu'elle a pris, à filmer sur un écriteau de
restaurant (le nom des glaces: la tentation, le mystère)
ou sur une affiche publicitaire (J'aime, azur) les mots de
l'intérieur, ceux qui disent le ressenti du personnage de François.
Varda joue avec les couleurs primaires (rouge, vert, bleu) comme avec
des gammes, les mélange et compose un petite musique visuelle
qui s'enchevêtre avec celle de Mozart qui, d'un quintette à
la clarinette gai comme un passereau à un adagio et une fugue
en c mineur plus sombres et mélancoliques, orchestre une variation
sur le bonheur et sa fragilité ou peut-être même
son impossibilité.
Le bonheur est aussi le positif de Cléo de 5 à
7, le précédent film d'Agnès Varda (1962).
L’un en noir et blanc, l’autre en couleurs. L’un féminin,
l’autre masculin. L’un hanté par l’angoisse
de la mort, l’autre débordant de vie. L’une chante
(Cléo), l’autre danse. Jean-Claude Drouot (héros
du feuilleton populaire Thierry la fronde et choisi parce qu’il
« semblait heureux de poser avec sa femme et ses deux enfants
sur une couverture de Marie-Claire » (1))
gracile tel Noureev, papillonne, charme, passe d’une femme à
l’autre, goûte aux multiples saveurs de la vie et croit
que "le bonheur s’additionne". Qu’il est possible
d’aimer, de vivre avec deux femmes sans en blesser aucune. Naturellement.
« Je ne sais pas ce que je préfère dit François,
l’odeur des bois, de l’herbe ou de la rivière ».
Il ne sait pas, ne veut pas trancher. Il a simplement choisit le bonheur.
François passera pour un égoïste au regard des femmes
et sans doute pour un être libre, épanoui et sincère
à celui des hommes. C'est là tout le paradoxe et la richesse
de ce film interdit aux moins de 18 ans à sa sortie (en 1965)
pour son discours parfaitement immoral (2) ou
plutôt dirions-nous aujourd'hui, amoral.
Laurent Devanne
(1)
extrait de Varda par Agnès, éditions Cahiers
du cinéma
(2) Jacques Demy, éternel compagnon de Varda trouva la fin du
film "monstrueuse"...
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LES
BONI
(48')
Après la qualité des boni du coffret Cléo
de 5 à 7 & Daguerréotypes, nous étions
en mesure d'en attendre sinon autant, voire mieux avec ce nouveau
double DVD consacré au Bonheur, film rare et méconnu
d'Agnès Varda. Mais l’on reste sur sa faim. Avant d’aborder
le fond des différents documents proposés, souligons
avec étonnement la très médiocre qualité
d’enregistrement (sonore et filmique) et de montage (totalement
amateur pour ce qui est de la discussion à 4 autour du Bonheur)
de certains des boni de cette édition.
Cela dit, la discussion autour du Bonheur est relativement
pertinente et propose une lecture du film à regards multiples
(homme, femme, féministe, critique de cinéma, exploitant).
Varda propose également quelques variations sur le thème
du bonheur : de sa définition par les habitants de Fontenay-aux-roses
à ceux qui le portent comme nom de famille (Yannick et Karène
Bonheur). Puis, elle filme le come-back triomphal, 40 ans après,
de Jean-Claude Drouot dans dans la petite ville de Fontenay, entouré
d’anciens membres de l‘équipe de tournage et toujours
fier de chantonner les paroles de la chanson de Thierry la fronde.
Quant aux deux héroïnes, Claire Drouot et Marie-France
Boyer-Zorbibe, celles-ci font l’objet d’une interview-souvenir
par la fille d’Agnès Varda, Rosalie.
Enfin, un très court reportage de l'ORTF, datant de 1964, nous
montre un petit bout de femme directif et autoritaire sur un plateau
de tournage… madame Agnès. LD
*Agnès Varda parle du Bonheur
(en 1998) : 3'
 

*Jean Claude Drouot revient à
Fontenay aux Roses : 10'23
 
*Le bonheur ? réponses des fontenaisiens
: 5'50
*Propos sur le bonheur (à quatre
voix) : 15'
avec Michèle Manceaux (écrivain-journaliste), Fadela
Amara, présidente du Mouvement Ni Putes, Ni soumises, Gérard
Vaugeois (producteur et exploitant) et Frédéric Bonnaud
(journaliste).
 
 
*Les deux femmes du Bonheur :
6'08
Claire Drouot et Marie-France Boyer-Zorbibe, interrogées par
Rosalie Varda-Demy.
 
*Bonheur : nom propre ou concept :
1'20
 
 
*Fragments d'un documentaire de 1964
: 4'08
 

*Le film annonce de 1965
*Les affiches du Bonheur
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