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| POINT DE VUE | ||||
| De
l’œuvre de Billy Wilder on a peu vu ses deux premières
réalisations américaines présentées en masters
restaurés dans ce coffret double DVD Carlotta -Uniformes
et jupons courts (The Major and the Minor-1942) &
Les Cinq secrets du désert (Five Graves to Cairo-1943).
Le cinéphile moyen connaît surtout son œuvre à
partir de son troisième film, Assurance sur la Mort
(Double Indemnity-1944) qui marqua l’Histoire du cinéma
et les esprits à sa sortie par son originalité plastique,
stylistique, thématique ou simplement de narration qui initia
officiellement la naissance du film noir… Les trois premiers films hollywoodiens de Billy Wilder prédisent une carrière de quarante ans oscillant entre comédies et films sombres constituée de chefs-d’œuvre comme Sunset Boulevard (1950), Stalag 17 (1953), Sept ans de réflexion (1955), Témoin à charge (1958), Certains l’aiment chaud (1959), La Garçonnière (1960)… jusqu’en 1981. Ces deux œuvres de jeunesse devaient sans doute lui permettre de gagner la confiance de ses producteurs avant de révolutionner le cinéma et devenir un des piliers d’Hollywood. Il est toujours intéressant de découvrir ces premières œuvres aujourd’hui puisqu’on sait qu’elles comportent souvent, à l’état de germe, l’originalité des productions à venir. Uniformes et jupons courts (The Major and the Minor-1942) Cette première réalisation américaine de Billy Wilder restera sans doute davantage dans les esprits pour son scénario inventif ou sa direction d’acteurs atypique que pour une mise en scène somme toute très classique. Mais aurait-il pu en être autrement pour un premier film à Hollywood en pleine ère classique ? Avant, on ne connaissait à Hollywood de Billy Wilder que sa carrière de scénariste talentueux pour Ernst Lubitsch qui restera son modèle : La Huitième femme de Barbe-bleue (1938) ou Ninotchka (1939)… Naît ici un véritable regard de metteur en scène. Voici un exercice fort agréable de screwball comedy, c’est-à-dire une de ces comédies démentes et loufoques des années 30 héritées des Marx Brothers qui se sont policées avec des stars lisses telles que Cary Grant pour aboutir à un Monkey Business (Chérie, je me sens rajeunir-1952) de Howard Hawks. Uniformes et jupons courts naît au milieu de cet âge d’or du genre et en constitue donc un exemple archétypique… Billy Wilder qui en réalise une des plus belles réussites abandonnera aussitôt ce genre dont il avait sans doute senti les limites pour lui préférer les «comédies sophistiquées» dont il deviendra quelques années plus tard un des maîtres. Comme d’habitude dans le genre, derrière une histoire un peu bête et frivole se cache un discours assez surprenant… On peut imaginer que les scénaristes (Fanny Kilbourne, Edward Childs Carpenter mais surtout le fidèle Charles Brackett et Billy Wilder) se sont beaucoup amusés à jouer avec les limites des censeurs à une époque où le Production Code de Will H. Hays fut renforcé et imposait sa pruderie au cinéma américain. Ainsi, le film s’intéresse à une histoire plutôt absurde et improbable : Susan Applegate (Ginger Rogers) est montée à New York depuis son paisible village de Stevenson dans l’Iowa. Après avoir échoué dans vingt-cinq petits boulots en une année, Susan, une jolie femme d’une vingtaine d’années (Ginger Rogers étant née en 1911 elle a donc 31 ans !), décide de tout abandonner après avoir repoussé les énièmes avances libidineuses d’un de ses clients. Elle a gardé précieusement de côté 27,50 $ afin de pouvoir prendre le train pour Stevenson sur un coup de tête. Evidemment, si tout devait se dérouler normalement et logiquement il n’y aurait pas de film… Arrivée à la gare centrale de New-York avec sa valise elle apprend que le prix du billet de train vient d’augmenter de quelques dollars et elle ne peut donc plus quitter ce lieu de perdition ! Désespérée, elle décide de voyager avec un billet à demi-tarif et pour qu’on accepte de lui vendre, Susan doit prétendre qu’elle n’a que douze ans ! Uniformes et jupons courts annonce la «comédie de travestissement», un genre à part qui fit la gloire de Billy Wilder avec Certains l’aiment chaud (Some Like It Hot-1959). Dans le train elle joue les ingénues ce qui trompe un temps les contrôleurs qui finalement la démasquent et la poursuivent furieusement –encore des hommes qui veulent lui sauter dessus… On le verra le film est gonflé d’une tension sexuelle tout à fait délectable. Elle se réfugie dans le compartiment couchette du Major Philip Kirby (Ray Milland) en prétendant avoir peur du contrôleur et besoin de s’allonger. Il ne voit en elle qu’une gamine de douze ans un peu grande pour son âge et l’invite naturellement à passer la nuit dans sa cabine. Susan se complait d’avoir réussi à tromper au moins un homme et accepte l’invitation. Elle est fascinée par ce gentleman –sans doute le premier homme à ne pas lui courir après ! En même temps, c’est sans doute le seul homme pour lequel elle aurait de l’attirance… Poursuivant cette logique d’une mécanique huilée où rien ne se passera comme il le faudrait, Pamela Hill (Rita Johnson) débarque par surprise dans la cabine et découvre cette femme dans le nid d’amour de son fiancé et s’enfuit épouvantée. Dès lors le Major devra prouver à sa fiancée qu’elle s’est fiée à des apparences trompeuses et entraîne Sousou –qui ne demande que ça- dans une Académie militaire où 300 garçons entre 12 et 15 ans apprennent à devenir des officiers. Il y est leur instructeur et Pamela la fille du directeur de l’Académie. Là encore, tous croient au déguisement de Sousou qui ne cache pourtant pas son corps de femme très sexuée. Par amour, Susan joue le jeu et, de plus, devient bien malgré elle la coqueluche des 300 garçons pleins d’hormones qui ne voient jamais de filles de leurs âges et la poursuivent de leurs assiduités ! New-York ou la province, tous les hommes sont-ils donc pris d’une frénésie sexuelle !? Et c’est ici que le film prend un tour plus que troublant… comme le titre nous y invite. Le « Major » du titre original c’est bien sûr le grade militaire mais surtout le majeur, l’adulte… The Major and the Minor devient ainsi un film sur l’attraction sexuelle d’un majeur pour une mineure bien avant le Lolita de Nabokov ou Stanley Kubrick ! D’un certain point de vue, on assiste ici à une fille nubile qui tente d’aguicher un adulte pour lui voler sa promise. À force de la voir désirée par les autres garçons mineurs qui à l’image de leurs parents tentent pour ainsi dire de la violer, le Major a le plus grand mal à résister à ses pulsions. Il voit en elle une femme attirante de douze ans mais ne peut se l’avouer. D’où le gag récurrent de l’«œil paresseux» qu’il exerce toujours en présence de sa jeune victime en tenant un crayon qui peut prendre subitement une valeur phallique ! En clair, il doit apprendre à corriger son regard qui se porte sur les jeunes filles… Au-delà même de la tentation de la pédophilie, Wilder s’amuse à y rajouter une touche d’inceste puisque Susan le rebaptise «Oncle Philip» et donc elle est aussi sa nièce… Aucune barrière sociale ou familiale ne saurait le retenir ! Il finira par céder à ses envies troublantes et troubles mais seulement quand elle lui aura avoué son véritable âge. Mais finalement, et à bien y réfléchir, d’un point de vue morale n’avait-il pas déjà succombé à l’inadmissible bien avant ce dénouement un peu trop attendu, rendu obligatoire par la censure. N’avait-il pas péché par l’esprit ? Une fin qui nous plonge dans de bons sentiments que le film fuyait pourtant –voilà pour la note douce-amère ou de déception que laisse le film. Cependant le plus troublant dans les sentiments malades du Major c’est de nous obliger à les partager sur le ton de la comédie. On retrouve ici l’esprit violent et cruel du burlesque muet qui ne faisait pas la différence entre une rigolade et une bastonnade… Ici on malmène nos sentiments et notre perception de la réalité et le pire c’est que l’on prend du plaisir non dissimulé à cette torture ! Les Cinq secrets du désert (Five Graves to Cairo-1943) Il y a trois courants principaux dans l’œuvre de Billy Wilder : les comédies –le plus connu-, les films noirs –le plus marquant- et les films dramatiques de guerre –le plus convenu- et Les cinq secrets du désert en fut le premier exemple. Comme dans Stalag 17, il s’intéresse davantage aux conséquences de la guerre qu’à elle-même. Sans doute parce que Les cinq secrets du désert est un des innombrables films de propagande réalisés par Hollywood pendant la Seconde Guerre Mondiale afin d’inciter l’opinion publique américaine à accepter et soutenir l’effort de guerre américain dans une guerre impopulaire, chère et surtout lointaine. Le principe de la guerre était accepté depuis l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 –le film sort aux USA le 4 mai 1943- mais comme le rappelle le récent Mémoires de nos pères (Flags of our Fathers-2006) de Clint Eastwood, il fallait entretenir régulièrement cette envie de participer à la guerre. Comme beaucoup de films de propagande, le deuxième film de Billy Wilder n’œuvre pas dans la finesse et a beaucoup vieilli aujourd’hui. Ici, afin de ne pas montrer de pertes humaines trop douloureuses pour les Américains, Les cinq secrets du désert ne montrera pas un seul Américain. Il nous ramène en juin 1942 et s’attarde sur le sort du Caporal John J. Bramble (Franchot Tone), membre de l’armée britannique engagée en Afrique du nord contre les Panzerdivizion de Rommel, le fameux loup du désert. Les cinq secrets du désert ne s’articule que sur des symboles et cela commence dès le début… Notre héros est à moitié mort, harnaché à son tank qui vogue sur les dunes. Son équipage est décimé et lui se réveille comme d’un cauchemar à moins qu’il ne soit un mort-vivant revenant à la vie –faut-il comprendre que les armées alliées sont exsangues et que seule les forces US pourront les aider ? Après avoir erré dans le désert, il rejoint une ville fantôme et entre dans un hôtel qui a subi de sérieux bombardements au nom très symbolique : «Hotel Empress of Britain» : l’Angleterre est bien mal en point ? Il vient d’être repris par un propriétaire égyptien, Farid (Akim Tamiroff) et une bonne à tout faire française, Mouche (Anne Baxter). Bramble délire, se croit chez lui… et s’évanouit. Aussitôt, arrivent les forces allemandes et italiennes d’occupation qui viennent investir –sans payer pour le séjour- l’hôtel… Revenu à lui, grâce à la solidarité des propriétaires de l’hôtel, Bramble se fera passer pour un domestique français mort dans les bombardements pour échapper à la suspicion de Rommel interprété par un Erich von Stroheim qui reprend son éternel rôle du prussien sadique. Ce qu’il ne sait pas c’est que Davos dont il a repris l’identité était un espion à la solde des allemands ! Il y avait donc des collaborateurs mais aujourd’hui la résistance vaincra les "boches"… Mouche qui est tentée au départ de se vendre aux Allemands, non pas par appât du gain mais seulement pour sauver ses frères en camps de travail en Allemagne, finira par accepter de se sacrifier pour un Anglais qui ne lui ressemble pas, qu’elle ne connaît guère et qui ne lui est même pas sympathique… tout cela au nom de l’effort de guerre contre l’ennemi commun. Au détriment de la vérité historique et après avoir sauvé l’Afrique des hordes de Rommel, grâce au sacrifice de la petite Française, l’Anglais revient sur sa tombe pour que le public puisse enfin pleurer dans une grande scène cathartique… Comment devant un tel déluge de symboles peu discrets et de bons sentiments ne pas être pro-guerre – d’un point de vue américain ?! Admettons pour ne pas trop attaquer une histoire qui se voulait volontairement grossière, que le film garde une certaine force grâce à la photographie noir et blanc de John F. Seitz. Ce dernier sera un des fidèles collaborateurs de Billy Wilder et un des fondateurs de l’esthétique du film noir. Les cinq secrets du désert demeure d’une beauté plastique extraordinaire plongeant les protagonistes dans un crépuscule morbide qui ne fait qu’annoncer une aube finale pleine d’espoir. Un film de propagande ridicule sur le papier mais particulièrement puissant si l’on fait abstraction de son discours et que l’on se laisse porter par sa puissance plastique. Nachiketas Wignesan |
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UNIFORMES
ET JUPONS COURTS
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| SYNOPSIS |
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| Après être venue saisir sa chance à New York, Susan Applegate rentre au pays. Prenant les traits d’une adolescente pour ne pas avoir à payer un ticket plein tarif, elle doit déjouer la vigilance des contrôleurs du train. Là, elle trouve refuge dans le compartiment du major Kirby… |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| LES
CINQ SECRETS DU DÉSERT
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| SYNOPSIS | ||||
| John
Bramble, un caporal anglais, arrive seul et épuisé à
une oasis. Dans cet endroit perdu où la vie ne semble pas avoir
de prise, il rencontre Farid, un égyptien, gérant du seul
hôtel et lieu habité de l’endroit. Il lui propose
alors de prendre la place de Davos, le maître d’hôtel
récemment décédé et ancien membre des services
secrets allemands ...
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| L I R E A U S S I D U M Ê M E A U T E U R | ||||
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