RETOUR  DE  FESTIVAL


    P A R K   C H A N - W O O K
    Lors de cette 9ème édition, le Festival du Film Asiatique de Deauville a rendu hommage au réalisateur et scénariste sud-coréen, Park Chan-wook en présentant l'intégralité de ses films. Après avoir écrit et réalisé deux films expérimentaux, son long-métrage Joint Security Area bat tous les records d’entrées en Corée du Sud en 2000 et remporte le Grand Prix du Festival du Film Asiatique de Deauville. Park Chan-wook entame avec Sympathy for Mr. Vengeance une trilogie consacrée à un thème de prédilection des films d’actions asiatiques, la vengeance. Old Boy, le second opus de cette trilogie, remporte le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 2004 – ce qui provoque quelques remous au sein de la critique. Il continue d'accumuler les récompenses avec son troisième volet, Lady Vengeance qui remporte le Lion d’Avenir et le Prix de l’innovation au Festival de Venise en 2005, signes de l'émergence d'un cinéaste passionnant dont les thrillers ultraviolents fascinent autant qu'ils interrogent et critiquent une société sud-coréenne en pleine mutation. Son septième long-métrage, I’m a Cyborg, But That’s OK, vient d’être présenté au Festival de Berlin où il a remporté le Prix Alfred Bauer. Voici l’exemple d’un réalisateur coréen très productif avec un film par an depuis une dizaine d’années, ce qu’on appelle une force créatrice. Park Chan-wook travaille déjà sur son prochain film, Evil Live. Nous n’avons pas obtenu d’entretien avec lui lors de son séjour à Deauville (juste 1 ou 2 clichés à la sauvette, voir ci-dessus). Fort heureusement, l’actualité le fera revenir sur le sol français très bientôt (sortie prévue en septembre), et soyez en sûr, l’entretien filmé, vous l’aurez !

    J E  S U I S   U N   C Y B O R G
    SAIBOGU JIMAN GWENCHANA
    (Je suis un cyborg - I’m a Cyborg, But That’s Ok)
    Young-goon est persuadée d’être un cyborg. Elle est internée, car elle refuse de s’alimenter, préférant sucer des piles! Dans l’asile, des cas pathologiques s’emmêlent et s’ordonnent dans un monde de folie douce. Un jeune homme, patient de l’asile, obsédé par la propreté de ses dents, va tomber amoureux d’elle et tenter de la ramener vers le réel.
    L’introduction du film fausse le genre : des jeunes femmes sont alignées dans une usine avec un décor et des personnages à dominante rouge, avec un cadrage en perspective renversé essayant de nous dire que nous sommes dans un film futuriste. En réalité, ce monde imaginaire n’est que le reflet de la folie de Young-goon. Cette dernière parle au distributeur de boisson et ne mange pas car un autre personnage boulimique se charge d’éliminer sa ration.
    Les spectateurs de Deauville sont un peu perplexes pour certains, amusés pour d’autres en découvrant ce dernier film du cinéaste sud-coréen ; On a du mal à imaginer cette œuvre faite par Park Chan-Wook, tellement, le genre est différent du précédent Old Boy. Pourtant si l’on cherche bien, il aborde de nouveau son univers paranoïaque mais d'une manière différente.
    Ce film est un délire maîtrisé et sobre avec de nouvelles techniques d’effets spéciaux utilisées avec parcimonie. De rares scènes de tueries d’une extrême violence nous rappellent Lady Vengeance. Certes, si l’on n’est guère sensible aux dérapages kitsch - signature évidente de Park Chan-wook, trait dominant de Trio - on risque d’être fortement décontenancé par ce curieux mélange, d’une histoire surréaliste d'inspiration bunuellienne. Le reproche qu’on pourrait faire est l’exagération et le jeu répétitif de chaque personnage : un peu trop évidentes pour être totalement comique.

    Le réalisateur essaye t-il de nous alerter sur le problème de l’anorexie ? Ou derrière cette histoire d’amour de Young-goon avec ce jeune homme se cacherait-il un désir de rapprochement des deux Corées ? Je suis un cyborg reste avant tout une histoire d’amour, mais pas du type "Amour, Robot et Folie", nenni, le sujet est bien plus abstrait : à travers la différence, malgré les maux de chacun, un espoir est toujours présent. Car le cinéma coréen comme ses habitants a besoin de croire en un monde meilleur. Le développement économique exponentiel de cette petite nation est sous la menace permanente de quelques frères ennemis de la Corée du Nord, qui narguent les occidentaux, policiers du monde, comme les chinois et les japonais, tortionnaires de naguère. Cet environnement inspire un peu la folie, des aspirations énergétiques, comme la puissance en mégawatt, malgré les mises en garde de la mère patrie unifiée (représentée par la grand-mère et son dentier), c’est un peu normal non ?
    Par Miyamoto



    G E T T I N G   H O M E  D E  Z H A N G   Y A N G
    Zhang Yang, le réalisateur de nationalité chinoise est venu présenter son nouveau film LUO YE GUI GEN (Getting Home) au Festival du Film Asiatique de Deauville. Discret et timide, ce jeune réalisateur s’est peu exprimé avec la claire intention de laisser parler son film.

    Le film nous raconte l’histoire de deux amis et collègues de travail qui vont faire ensemble un curieux voyage : Zhao va traverser la Chine pour ramener la dépouille de son ami dans sa ville natale afin qu’il repose en paix. Va-t-il y parvenir ? tel est le suspens du film. En tout cas Zhao est bien décidé. Le premier plan est simple. Zhao est dans un bar avec son collègue Liu. Ils boivent verres sur verres. Liu est ko ? Non, il est mort. D’un point de vue occidental, on ne sait quel sentiment pousse Zhao à ramener son collègue et ami chez lui: l’amitié, la loyauté, le désespoir ? On suppose que c’est peut-être un peu tout ça. Il est à noter que la culture chinoise attache autant d'importance au domaine des morts qu'à celui des vivants car, pour eux, les morts exercent une influence déterminante sur les vivants. Mais ceci n’explique pas cette situation décalée.

    Dès le prologue du film le réalisateur nous fait vivre une autre scène tragicomique aux allures chaplinesque: Le braquage d’un bus au cours duquel nous sommes partagés entre rire et larmes. Zhao se découvre du courage, de la force au fil des ses rencontres, alors qu’il est lâche, paresseux, truqueur. On peut sans hésiter parler d’une leçon d’humanité qui montre la complexité des sentiments, de l’existence d’un homme voué à la déchéance, sur le point de vouloir finir sa vie en essayant maladroitement de se suicider. Chaque personnage rencontré lors de ce "parcours initiatique" est habité par son propre univers et par la profondeur des forces vives qui gardent dignes les êtres humains dans le chaos environnant. À aucun moment le réalisateur ne se joue du spectateur en lui imposant des facilités de scénario qui s’appuient sur des poncifs. Fraîcheur, humour, tendresse, amour, légèreté et profondeur, le cocktail est savoureux, sur fond de paysages vastes et enivrants.

    À travers son périple, Zhao rencontre des personnages touchants, des gens ordinaires, des bandits, des voyageurs, des arnaqueurs qui nous dévoilent la dureté de la vie en Chine. Une mise en scène qui a à voir avec le néo-réalisme italien des années 50. Le touriste moderne – symbolisé par le jeune vidéaste qui traverse la Chine en vélo - avare de son bien-être, ignore la souffrance et les malheurs de l’ouvrier. Mais le héros ne peut comprendre ce monde qu’il essaye de goûter en partageant le café amer. Cette scène est l’expression du cinéma de Zhang Yang: une critique sociale mêlant dérision et tragique. L'émergence du néo-réalisme italien est liée de près au contexte social et historique de son époque. À la fin de la guerre de 1945, ce cinéma n'est pas une interprétation servile de la réalité, une expression esthétique, mais une vision humaine, intérieure, de la réalité et dont les racines sont un désir de communication, de dialogue entre l’artiste d'une époque donnée et le public sensibilisé. Zhang Yang fait partie de cette race d’artiste, qui essaye d’amener le spectateur dE cinéma au plus près de la vérité, de la condition humaine, tout en offrant une lueur d’espoir dans un cinéma chinois immensément grand, productif mais aussi muselé.








    Voilà le genre de film que l’on voudrait vous faire découvrir. Getting Home n’a malheureusement pas eu de récompense mais le succès du film auprès du public, donne à penser qu'il connaîtra son heure de gloire à sa sortie sur les écrans français.

    Par Céline Attias – Pascal Malet – Miyamoto

   

PROGRAMMATION

Compétition Longs Métrages
Section compétitive de longs métrages asiatiques de fiction destinée à révéler de nouveaux auteurs.

Ad Lib Night de lee yoon-ki - corée du sud
avec han hyo-joo, Kim Young-min, choi iii-hwa, kim joong-ki, lee hyun-jeong, hin young-jin
Trois hommes persuadent une jeune fille de séoul de les accompagner à la campagne où elle doit se faire passer pour la fille d’un homme qui va bientôt mourir et dont la dernière volonté est de revoir sa fille, partie des années auparavant.

Big Bang Love, Juvenile A de miike takashi - japon
avec matsuda ryuhei, ando masanobu, kasuki shiro, ishibashi ryo, endo kenichi
Jun qui travaille dans un bar homosexuel est harcelé sexuellement par un client qu’il finit par tuer. n’exprimant aucun remord, il est envoyé en prison où il va faire la connaissance de shiro, un jeune détenu aux tatouages étranges et au regard pénétrant...

Family Ties de Kim Tae-yong - corée du sud
avec Moon So-ri, goh doo-shim, uhm tae-woong, kong hyo-jin, kim hae-ok, Bong Tae-kyu
Mira, une femme célibataire qui tient un snack bar, tombe des nues lorsque réapparaît son jeune frère dont elle n’avait pas eu de nouvelles depuis cinq ans. par-dessus le marché, il est accompagné de sa femme qui a au moins vingt ans de plus que lui...

Getting Home de Zhang Yang - chine
avec zhao benshan, hong qiwen, Song Dandan, guo degang, hu jun, sun haiying
Zhao et liu, deux collègues de travail et amis de longue date, sont en train de s’enivrer lorsque liu meurt soudainement voulant honorer la promesse qu’il avait faite à son ami, zhao décide de parcourir des milliers de kilomètres à travers la chine afin de ramener le corps du défunt dans sa ville natale.

King And The Clown de lee jun-ik - corée du sud
avec karm woo-sung, jung jin-young, lee joon-gi, kang sung-yeon, jang hang-sun
Dynastie chosun vers 1500. jang-seng et gong-gil sont arrêtés après avoir joué une pièce satirique prenant pour cible le roi. conduits de force au palais royal, ils proposen au roi de jouer la pièce devant lui et d’être libérés s'ils arrivent à le faire rire...

Le Pensionnat de songyos sugmakanan - thaïlande
avec charlie trairat, jintara sukaphatana et sirachuch chienthaworn
« A l'âge de douze ans, j'ai quitté la maison pour aller en pension, et ainsi m'éloigner le plus possible de mon père…. Je n'avais qu'un seul ami avec qui je jouais de temps en temps derrière l'école. Il parait qu'il y avait auparavant une piscine à cet endroit, et qu'un élève s'y est noyé… Je connais une autre histoire étrange que je peux vous raconter si vous gardez le secret…»

Route 225 de nakamura yoshihiro - japon
avec tabe mikako, iwata chikara, ishida eri, shimada kyusaku, sai yoichi, umezawa masayo
La mère de eriko lui demande d’aller chercher son jeune frère daigo à la sortie de l’école. a leur retour, la maison est vide. la nuit passe et leurs parents ne reviennent toujours pas. bien que déboussolée, eriko décide de faire comme si de rien n’était.

Syndromes And A Century de Apichatpong Weerasethakul - thaïlande
avec Nantarat Sawaddikul, Jaruchai Iamaram, nu nimsomboon, Sophon Pukanok, Jenjira Pongpas
La première partie du film s’intéresse à une femme médecin, et se situe dans un environnement rappelant celui dans lequel le cinéaste est né et a grandi. la deuxième partie s’intéresse à un homme, médecin lui aussi, et se déroule dans un environnement plus proche du monde dans lequel nous vivons.

Teeth Of Love de zhuang yuxin - chine
avec yan bingyan, li hongtao, li naiwen, chi jia, wu jiaojiao
Qian yehong, une jeune femme originaire de pékin, va connaître les mutations importantes de la chine durant la période allant de 1977 à 1987. pendant ces dix années, elle connaîtra également trois histoires d’amour.

Compétition Action Asia

Section compétitive de longs métrages asiatiques de genre (action, arts martiaux, aventure…)

Panorama
Section non compétitive représentative de la diversité de la production asiatique de l’année.

Hommages et Rétrospectives

James Lee

& Park Chan-Wook

LE JURY

Section longs-métrages
Président du jury : Benoît Jacquot (Réalisateur et scénariste)
Bruno Coulais (compositeur)
Marina De Van (réalisatrice, comédienne et scénariste)
Jean-Pierre Dionnet
Mylène Jampanoï (comédienne)
Laure Marsac (comédienne, réalisatrice et scénariste)
Dominique Pinon (comédien)
Gilles Taurand (scénariste et écrivain)
Gaspard Ulliel (Comédien)

Action Asia
Président du jury : Alain de Greef
Aurore Auteuil (comédienne)
Julie Dreyfus (comédienne)
Loo Hui Phang (écrivain, scénariste films et bandes dessinées)
Gérard Pirès (réalisateur)
Jocelyn Guivrin (comédien)

LE PALMARÈS

Lotus d'Or - Grand Prix
Syndromes And A Century (Thaïlande) de Apichatpong Weerasethakul.

Lotus d'Argent - Prix du Jury
King And The Clown (Corée du Sud) de LEE Jun-Ik.

Lotus Prix de la Critique Internationale
Ad Lib Night (Corée du Sud) de LEE Yon-Ki.


Lotus Grand Prix Action Asia
Dog Bite Dog (Hong-Kong) de Soi Cheang.

 

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