raoul coutard
)))raoul coutard, chef opérateur

Le 17 mai 1999, Raoul Coutard me reçoit avec beaucoup de gentillesse et de simplicité chez lui, à Fadainville, pour un second entretien autour de son travail de chef opérateur. Cette fois, je lui propose de commenter quelques séquences de films parmi sa vaste filmographie, à partir de bandes VHS. Il a choisi 7 extraits de 5 oeuvres différentes parmi lesquelles 2 films de Godard (Passion et Week-end); un film de Philippe Garrel sur lequel il a récemment travaillé (Naissance de l'amour); Docteur Béthune, une oeuvre peu connue de Phillip Borsos et pour finir un passage du Crabe-tambour de son ami de longue date, Pierre Schoendoerffer.



Naissance de l’amour
de
Philippe GARREL (1993)
avec Lou Castel, Jean-Pierre Léaud, Johanna ter Steege.


Séquence choisie:
Nuit . Lou Castel marche dans la rue le long des vitrines.


Garrel aime beaucoup tourner avec des focales très longues, généralement des 100mm ou 150mm. Ici c’est même un 200mm. Le problème, c’est de trouver des focales longues avec des grandes ouvertures. L’autre difficulté, c’est le point. Ca implique d’avoir tout un marquage au sol et c’est très compliqué à faire parce qu’il y a 2 cm de profondeur de champ. Et là on ouvre à 1,2. C’est d’ailleurs pour ça qu’il marche le long de certaines vitrines. Dans ce genre de film, on fait la photo qu’on veut et qu’on peut parce que les trois quart du temps, il n’y a aucune répétition. On tourne une fois et il n’y pas de deuxième fois. Le truc avec Garrel, c’est que si jamais on a un problème à l’image, il faut tout de suite couper parce que sinon, il prend le casque, il écoute la prise et s’il n’y a pas de bavure sur le texte et sur le son, il garde la prise.
Pour le tournage on avait tous les objectifs du 35mm au 200mm. On n’avait pas de zoom parce que ça ne l’intéressait pas.Et puis, il a aussi ses lubies: par exemple, il n’aime pas le 85mm, il préfère le 75mm. Ou alors, il va nous expliquer que si on met un 50mm sur une Moviecam la photo sera différente que si on met le même 50mm sur une Arri-BL. Alors que c’est la même photo, puisque c’est l’objectif qui fabrique non pas la caméra. Ca fait partie de sa fabrication intellectuelle, psychologique des images.
De même,avec lui, on tourne exactement dans l’ordre. Par exemple, on va en Italie, le personnage revient en France, on revient en France et puis s'il retourne en Italie, on retourne en Italie. La deuxième fois qu’on est retourné en Italie, Garrel avait dans sa tête un gros plan d’une fille à tourner. On est allé à Rome pour faire un très gros plan sur un oreiller. C’était un gros plan où elle venait de faire l’amour. Alors, il a vérifié qu’elle avait bien enlevé son slip parce qu’on n’a pas la même gueule quand on a un slip et quand on n’en a pas. C’était un gros plan vertical sur un oreiller, on ne voyait même pas la piaule. C’est son truc, il a besoin de ça pour vivre. Alors évidemment ça fout en pète les producteurs.
Garrel, c’est un phénomène. Vous dites:" Tiens, je vais faire un film avec Garrel". Alors deux cas se présentent: d’abord, qui c’est ce mec-là ? Et puis les autres qui se roulent par terre: « Oh, quelle veine tu vas tourner un film avec Garrel ! ». Le producteur m’avait téléphoné pour me dire: « Tiens il y a un film avec Garrel ». Je ne savais pas qui c’était. Je me suis rencardé et on m’a dit : « Si, si, ça peut être intéressant, va le voir ». Je suis donc allé le voir. On a discuté. La discussion m’a relativement intéressée. J'aime travailler avec des gens qui ont un discours, tant que ça ne touche pas à un certain nombre de choses auxquelles je crois sur la photo. Et puis, il m’a donné deux cassettes: J’entends plus la guitare et une autre. Je n’aime pas quand un metteur en scène, avec qui je n’ai jamais travaillé, me montre ses films précédents. J’aime appréhender moi-même son système. Ne pas avoir vu un truc qui me dise ce qu'il aime. Alors, il me donne ses cassettes. Je jette un coup d’oeil en zappant. J’ai trouvé que la photo n’était pas très intéressante. Quand je vais le revoir, je lui dis que je n’aime pas la photo. Il me dit qu'il avait demandé qu’elle soit comme ça. Je répond: « Si c’est vous qui avez demandé qu’elle soit comme ça, alors je ne fais pas le film. Je n’ai pas envie de faire une photo comme ça, ça ne m’intéresse pas. ». Finalement, il me dit: « Vous faites la photo que vous voulez ». J'ai fait le travail que je voulais, que je pouvais. Il n’a pas rallé sur les rushes. Il m’a foutu relativement la paix.
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Docteur Béthune
de
Phillip BORSOS (1990)
avec Donald Sutherland, Anouk Aimée

B
éthune est un toubib qui a participé à la guerre d’Espagne et qui est un des premiers à utiliser la transfusion sanguine. Puis il est devenu communiste et a participé avec Mao Tsé Toung à la Longue Marche. En Chine, c’est un héros national, il a sa statue.
C’est un film co-produit par le Canada, la France et la Chine. L’opérateur était un australien (Mike Molloy, ndlr). Ils m’ont montré ce qu’il avait fait. C’était absolument génial, une superbe photo, magnifique. Quand je suis venu, ils m’ont dit: « Il faut amener des bas de Christian Dior !». Parce qu’ils avaient une combine: ils foutaient un bas de soie sur l’objectif de manière à ce que l’image ne soit pas trop piquée et qu’elle soit nette, mais sans plus. L’australien avait collé les bas sur la lentille de la Panavision. Moi, je n’ai pas voulu faire comme ça. D’une part parce que j’avais peur qu’on ne puisse pas les décoller et puis ça risquait de se barrer pendant le tournage. Je l’ai donc mis devant.
La spécialité de Borsos, quand il arrivait dans un décor -si le décor était rectangulaire- il se mettait dans la partie la plus longue, on installait la caméra et on faisait la chaîne en utilisant tous les objectifs qu’il y a dans la caisse. Ensuite, on va de l’autre côté et on refait la même chose.
Comme on tournait 15 heures par jour. J’avais fait construire un échafaudage autour de l’appartement au 3ème étage sur lequel j’avais installé des projecteurs. S’il faisait nuit et que c’était jour, on allumait pour avoir toujours une lumière de jour. C’était un truc de frapadingue.

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Séquence choisie: Club - 300 figurants

C'
était un endroit assez étonnant parce que tout était du staff, donc c’était compliqué à éclairer. J’ai entièrement éclairé avec des petits projecteurs de 300 watts, de manière à ce qu’il n’y ait pas de poids parce qu’on les accrochait sur des moulures. Le truc qui était drôle: j’utilisais assez peu de puissance électrique et on était dans un bâtiment où il y avait 200 ampères, soit une grosse puissance électrique. Et au début du tournage, après deux heures de tournage, tout pète ! Qu’est-ce-qui se passe ? En fait, il y avait 300 figurants à maquiller et c’étaient les fers à repasser et les fers à friser qui étaient branchés. Il y avait 50 bonnes femmes pour s’occuper des figurants...

Pour tourner cette scène, il a fallu une journée. Parce que ça se passait dans un club à Montréal. Il y avait 300 figurants. On a tourné 20 heures. Et on s’est tapé les gros plan à la 19ème heure. Alors c’est le drame parce que quand les bonnes femmes ont macérées pendant aussi longtemps et qu’on va faire des gros plans, en principe on les réexpédient au maquillage, on les démaquille complètement et on les remaquille. Ca prend deux heures. Et là il fallait se barrer, donc on a fait sans.

On est forcément obligé d’éclairer différemment un visage d’homme et un visage de femme. Il y a quelque chose que je dis toujours en rigolant: «Un homme, c’est toujours beau! ». On admet qu’un homme ait des défauts. Pour une femme, on est obligé de faire des efforts, de vérifier que la lumière soit correcte, qu’il n’y ait pas de bavures, que les lampes soient placées à des bonnes hauteurs. Là par exemple, la lampe est trop haute donc on a ces pattes d’oies que normalement on ne devrait pas avoir si la lampe était plus basse. Ca lui durcit le visage et ça la vieillit.

Sutherland, c’était un emmerdeur. Quand on faisait un gros plan, la caméra était face à lui, il tendait le bras, et si la caméra était trop près, il disait « Recule ! ». Il fallait le filmer au-dessus des yeux, il voulait savoir quel objectif on utilisait et il ne voulait pas qu’on soit en dessous du 75mm.

Anouk Aimée est arrivée un jour et elle s’est retrouvée devant cette équipe qu’elle ne connaissait pas. J’avais fait Lola avec elle, trente ans auparavant. À l’époque, elle ne me parlait pas, elle ne savait même pas que j’existais. On était des cloportes qui marchaient par terre et il fallait se garer pour ne pas se faire écraser. À l’époque, c’était une super-vedette. Le jour du tournage, je vais la voir comme je fais toujours avec les comédiens quand ils sont au maquillage. Pour les rassurer, pour qu’ils voient qu’on s’occupe d’eux. Elle arrive sur le plateau, très inquiète et elle me dit: « Dis moi Raoul, quand tu m’as filmé pour Lola, j’étais magnifique. Alors, j’espère que tu vas faire la même chose! ». Et je lui réponds: « Tu vois je suis un vieux monsieur, je suis désolé mais je ne rappelle plus
comment j’ai fait! ». Mais c’est vrai qu’elle est encore très jolie.
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Passion
de Jean-Luc Godard
(1982)
avec Michel Piccoli, Isabelle Huppert, Hanna Schygulla, Jerzy Radziwilowicz


Séquence 1: Tableau vivant "Ronde de nuit"

L'idée au départ c’était qu’on reconnaisse le tableau, qu’on puisse dire c’est un Delacroix ou un Rembrandt, mais que la lumière ne soit pas la même.
Le seul tableau qui était pareil, c’était la Ronde de nuit. Il fallait que ce soit la même lumière que le tableau, c’est-à-dire une légère ambiance avec un grand trait de lumière qui arrive sur le côté et qui éclaire tout le monde, plus la petite loupiotte de la petite bonne femme du milieu. J’avais déjà vu le tableau au Risjkmuseum à Amsterdam. Je le connaissais bien. Je pense que le peintre a fait ça chez lui, il a dû installer les gens dans une pièce près d’une fenêtre. Pour ce rai de lumière, on a utilisé un arc de 225 watts parce que plus on le met loin - la lumière diminuant comme le carré de la distance -moins on a de rectifications à faire d’un bout à l’autre. Le peintre, lui, fait ce qu’il veut, il fera passer la lumière où il veut. Si la lumière vient de la gauche et qu’il y a un autre mec dans un coin, ça ne gênera pas Delacroix de faire venir la lumière de la droite. Et ça ne se remarque pas, il faut vraiment analyser le tableau pour voir qu’il a triché. Il y a aussi la question de la perspective et du choix de l’optique. Comment on la fait ? Sur la Ronde de nuit, ça ne posait pas trop de problème parce que les personnages sont au même niveau, mais par contre quand on fait la maquette de Delacroix, il est évident que si on veut que les perspectives ressemblent au tableau, on est obligé de faire un choix d’optique. Parce que les peintres peuvent avoir deux ou trois sortes de perspectives qui vont dans des sens différents. En photo, c’est impossible, à partir du moment où on considère que le plan est fixe.

Jean-Luc disait: « Je fais du cinéma, je ne fais pas des films. Nom de Dieu, pourquoi faut-il raconter des histoires ? Quand on fait du cinéma, on n’a pas besoin de raconter des histoires.»
Il y a eu des moments où il arrivait en disant: « T’es prêt pour tourner ? ». « Oui. ». « T’as mis combien comme diaphragme ? » « J’ai mis 5,6 » « Mets 4 ». Jean-Luc c’est un mec qui connaît très très bien la technique.
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Séquence 2: Gros Plan sur Anna Schygulla

Un matin, on devait tourner un gros plan d’Anna Schygulla à côté d’un poste de télévision. Elle avait une gueule épouvantable. Alors j’avais foutu un petit projo avec de la diff’ dessus pour adoucir son visage. Jean-Luc arrive et il me dit :« Qu’est-ce-que c’est que ça ? ». Je lui dis de regarder. J’allume et puis j’éteins. « Je lui ai mis ça parce qu’elle a une gueule épouvantable! ». Il me dit: « Quoi ? Elle a baisé toute la nuit. Elle a quarante ans, elle a la gueule qu’elle mérite ». Oui, en même temps, c’est pas gentil.

     Sur ce film, il y avait deux opérateurs, un suisse et moi. Lui devait faire tous les extérieurs et moi tous les studios. Le gars voulait me rencontrer parce qu’il était très inquiet, il voulait savoir comment ça allait se passer avec Jean-Luc. Je lui ai expliqué en gros comment il était, qu’il ne fallait pas se formaliser, qu’il cherchait toujours des crosses parce qu’il avait envie de bouffer quelqu’un. Finalement ils ont commencés à tourner. Puis un jour j’arrive sur le tournage. Jean-Luc me présente l’équipe. Dans un coin, il y avait une caméra Aaton 35, légère, qui était un prototype et il me dit: « Cette caméra-là, c’est les suisses qui s’en servent. L'équipe française n’a pas le droit d’y toucher! Toi par contre tu feras le cadre, tu mettras ton oeil dessus mais tu ne changes pas les diaphragmes. Par contre là-bas, il y a une caisse dans laquelle il y a une Arri-BL, les suisses n’ont pas le droit d’y toucher, c’est seulement pour les français.». Je passe rapidement sur les incidents à mourir de rire qui se passent. À un moment donné, pendant une prise, la caméra s’arrête. Je dis « Coupé ! la caméra est arrêté ». Jean-Luc s’emporte: « Pourquoi elle est arrêté ? ». « J’en sais rien. » . « Ben, regarde! ». « Non, non, je ne regarde pas , je ne suis pas suisse! ». Alors le gars regarde et dit : « Jean-Luc, malheureusement elle est cassée. ». Alors, les français vont chercher l’Arri-BL et on a été obligé de tout changer parce que l’Aaton était toute petite et l’Arri-BL nécessitait un gros pied. Une fois la caméra installée, Jean-Luc regarde et dit: « C’est une caméra boche, elle est affreuse, comment est-ce-qu’on peut faire du cinéma avec une caméra aussi moche... Bon, on ne tourne plus, c’est fini pour aujourd’hui! ». Et sur ce, silence radio, on n’entend plus parler de Jean-Luc pendant deux mois. Après cet incident, il avait décidé de tourner en vidéo. Mais quand le producteur et le distributeur ont vus les rushes sur écrans télé, et qu’ils ont appris qu’il avait tourné en vidéo, ça a été un clash épouvantable. Alors on a recommencé le film avec une Mitchell.
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Week-end
de Jean-Luc Godard
(1967)
avec Jean Yanne, Mireille Darc, Jean-Pierre Léaud, Jean-Pierre Kalfon

Séquence choisie: Le couple Darc-Yanne remonte à voiture un gigantesque embouteillage
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C'est tourné pas très loin d’ici, du côté de Saint-Cyr. On a mis une semaine pour installer le travelling parce que le champ était en devers. Il y avait à peu près 1,50m de dénivelé entre le départ du travelling et l’arrivée du travelling.
Il a fallu faire une construction assez solide pour pouvoir supporter deux chariots de travelling, plus une Dally de manière à ce qu’on récupère le dénivelé en montant le bras afin de donner l’impression qu’on était à la même hauteur.
Le tournage lui-même a pris une petite journée. On a du faire 5 ou 6 prises, pas plus. La distance a été choisi en fonction du nombre de rails qui étaient disponibles. Donc on a fait un travelling de 300 mètres. C’est un plan étonnant mais à la limite ça n’a pas beaucoup d’imagination.
C’était l’époque où il n’y avait toujours pas de scénario. C’était donc relativement difficile de savoir ce que Jean-Luc avait l’intention de faire. Il aime bien dire: « Le cinéma, c’est l’art du mouvement, donc on peut changer d’avis ! ».
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Le Crabe-tambour
de Pierre SCHOENDOERFFER
(1977)
avec Jacques Perrin, Claude Rich, Jean Rochefort, Jacques Dufilho.

Séquence 1: Départ du port
Au
départ du bateau, le jour tombe et il arrive en mer quand la nuit est tombée. C’est un truc qu’on ne pouvait pas faire dans la continuité parce qu’il y avait des changements de caméra. Donc on l’a fait sur trois soirs. À chaque fois on faisait un calcul pour savoir à quelle heure il fallait partir pour être à tel endroit avec telle lumière. Et comme on était dans le chenal on ne pouvait pas manoeuvrer pour sortir de Lorient. Donc on ne pouvait pas faire marche arrière. il fallait être en pleine mer pour faire demi-tour.
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Séquence 2: En pleine mer, très mouvementée, la coque du bateau fend les vagues.
Pour avoir un plan du bateau avec l’étrave, on avait préparé un espèce de grand bras avec des positions pour avoir soit le bateau décentré, soit le bateau complètement centré. On avait vérifié sur le bateau toutes les places-caméra de manière à fixer les pieds de caméra. Pour faire ces plans en déport, on avait construit un gros bras très rigide avec un support sur lequel il y avait des graduations d’inclinaisons pour avoir plus ou moins de mer dans le plan.Ponton avec mer déchaînée
Alors là on avait fait faire une fixation à roulement mécanique sur le télémètre de tir qui reste toujours horizontal. Le bloc carré qui est à l’avant, c’est un caisson étanche avec un hublot tournant dans lequel il y a une caméra qu’on pouvait commander de la passerelle et qui nous a permis de faire ce fameux plan où on voit la mer qui vient sur le pont. Et quand on voit la stabilité qu’a le télémètre, c’est extraordinaire parce que c’est tourné au 250mm.
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Propos recueillis par Laurent Devanne